L’année 2020 était au départ pleine de promesses : Natalia Ossipova au Théâtre de Paris, la programmation des Étés de la danse (finalement reportée à 2021), la venue de Svetlana Zakharova au TCE, l’entrée au répertoire de Mayerling et la fameuse soirée d’adieux d’Eléonore Abbagnato (pour ne citer que ces programmes). Mais l’épidémie de Covid-19 en aura décidé autrement. Et les balletomanes auront finalement passé plus de temps derrière leurs écrans que dans les salles de spectacle. L’année 2020 a toutefois réservé de bons moments.

En salle tout d’abord, l’année a bien commencé avec trois belles représentations de Giselle au Palais Garnier. Pour continuer le 28 février avec la venue du Béjart Ballet Lausanne au Palais des Congrès. Une représentation marquée par l’invitation de Diana Vishneva en Guest Star dans le Boléro et toujours ce plaisir de voir cette compagnie débordante d’énergie ! Et sans le savoir, le dernier spectacle avant une longue période sans théâtre.

Car, il aura fallu attendre l’automne pour profiter d’une respiration et retrouver l’Opéra. Les deux programmes Étoiles de l’Opéra et la soirée dédiée à Rudolf Noureev ont mis à l’honneur les Étoiles et les Premiers Danseurs. Le rideau de fer étant en travaux, cette série s’est déroulée sur le proscenium, à l’avant-scène. Ce qui forcément enlevait un peu de la beauté de la salle, mais permettait néanmoins d’être plus près des danseurs, d’entendre les respirations, les bruissements de tutu, de sentir les corps se contracter, et finalement, après des mois derrière les écrans, de retrouver la magie du spectacle vivant. Quelques mois après, j’en retiens le poétique Mathieu Ganio dans le solo Clair de Lune, Sae Eun Park dans la Mort du Cygne, Ludmila Pagliero et Hugo Marchand dans les trois Gnossiennes ou encore les détonnants Hannah O’Neill et Vincent Chaillet dans le Forsythe. Retour au répertoire classique ensuite avec le programme Noureev, qui mettait en valeur Dorothée Gilbert, impériale Clara, ou encore Myriam Ould Braham dans le romantique pas de deux du balcon extrait de Roméo et Juliette aux côtés de Germain Louvet. Sans oublier les fougueux Valentine Colasante et Francesco Mura dans Don Quichotte, Alice Renavand en Cendrillon, Amandine Albisson et Audric Bezard dans le Lac et Mathias Heymann, héros torturé dans Manfred.

Myriam Ould Braham et Germain Louvet dans Roméo et Juliette (16 octobre 2020)

L’une des plus belles initiatives pourra être attribuée au Théâtre des Champs-Élysées, qui, face aux annulations successives de sa saison, a su rebondir en proposant la soirée FranscenDanse. Le pitch : réunir sur la scène du théâtre de l’Avenue Montaigne les grandes compagnies françaises, avec pour chacun quinze minutes de scène dans le but de mettre en avant son répertoire. Coup de coeur pour le solo Period Piece du Ballet de l’Opéra de Lyon interprété par Kristina Bentz, ainsi que pour la subtilité du Mozart à 2 du Malandain Ballet Biarrritz, sans bouder le plaisir de revoir les invités de dernière minute Ludmila Pagliero et Hugo Marchand dans les trois Gnossiennes. Une soirée festive et galvanisante, qui restera sans aucun doute parmi mes meilleurs souvenirs de 2020.

Saluts de la soirée FranscenDanse le 15 octobre

Une année digitale

Privée de théâtre entre mars et septembre, il a fallu se rabattre sur les écrans et sur les retransmissions des différentes compagnies. Merci au Stuttgart Ballet d’avoir mis en ligne sa Belle au bois dormant dans la version de Marcia Haydée, ainsi que Mayerling et Oneguine (de quoi reprendre un shot supplémentaire de Friedemann Vogel !). Merci également au New York City Ballet, pour sa saison digitale, attendue tous les mardis. Sans oublier le Royal Opera House pour ses streamings ( et la découverte de la délicate Fumi Kaneko dans la Belle au Bois Dormant). Citons également les diffusions du Bolchoï, du ballet de Perm, de l’Opéra de Rome, de l’Opéra de Vienne (et de son gala Noureev), de l’English National, du ballet du Capitole qui ont su proposer des alternatives en attendant de meilleurs jours.

Saluts du Programme Etoiles le 7 octobre

Mi-décembre, l’Opéra de Paris a fini par lancer sa propre plate-forme l’Opéra chez soi avec la diffusion en live de la Bayadère. Un an auparavant cela m’aurait semblé totalement improbable de regarder un ballet en direct de mon canapé ! Pour l’occasion, la grande Maison a proposé un casting multi-Etoiles, changeant à chaque acte. Un choix contesté mais qui a permis de revoir une Dorothée Gilbert grandiose, de découvrir l’interprétation personnelle et touchante d’Amandine Albisson dans la variation du serpent, mais aussi d’être transporté par le Solor de Mathias Heymann au troisième acte, toujours aussi bien assorti avec Myriam Ould Braham (remplaçant Ludmila Pagliero en dernière minute). Une représentation qui a surtout permis de retrouver le corps de ballet, que l’on avait pas vu depuis (trop) longtemps en scène. Et pour finir cette drôle d’année sur une belle note, le ballet s’est terminé avec la nomination de Paul Marque, qui interprétait de façon magistrale l’Idole Dorée au second acte. Une nomination dans un drôle de contexte, mais très attendue et amplement méritée.

Espérons à présent que 2021 soit l’année du retour (pour de bon) dans les salles de spectacle. Car si les écrans restent une belle alternative, ils ne remplaceront pas la chaleur des théâtres et la magie du spectacle vivant. En attendant, tous mes voeux pour cette nouvelle année.

Le Grand Foyer du Palais Garnier