Rennes accueillait ce week-end la deuxième édition des Beaux jours de la danse au Couvent des Jacobins. L’occasion de revoir le groupe Gala d’Étoiles, réunissant des danseurs de l’Opéra de Paris et ceux de la compagnie de Julien Lestel, sous la houlette d’Alexandra Cardinale. Les danseurs ont proposé comme l’an dernier un programme alternant pas de deux classiques et des duos contemporains. Côté opéra de paris, Sae Eun Park, Héloïse Bourdon, Antonio Conforti, Vincent Chaillet et… Karl Paquette ont fait le déplacement. En introduction, Isabelle Chénais, organisatrice de l’événement, a invité le public à rendre hommage au danseur Étoile qui a fait ses adieux un mois plus tôt.

Et c’est sur les silhouettes de l’Étoile masculine et de sa partenaire Sae Eun Park que le rideau s’est ouvert. Les deux danseurs ont interprété l’adage de l’acte IV du Lac des cygnes, juste avant qu’Odette et Siegfried ne soient définitivement séparés. Un joli moment tout en suspension révélant le lyrisme de la danseuse et la bienveillance de Karl Paquette envers sa partenaire (et l’occasion pour moi d’avoir un extrait de Karl Paquette en Siegfried car je ne l’avais vu qu’en Rothbart à Paris). Héloïse Bourdon et Antonio Conforti ont présenté le pas de deux du Corsaire, et celui de l’acte III de la Belle au bois dormant.

La joie de danser d’Héloïse Bourdon fait plaisir à voir, que ce soit dans le pas de deux de l’esclave, plus virtuose, que dans la Belle. Son Aurore est toute en élégance et en raffinement. On sent également les regards vers Antonio Conforti, son partenaire du jour, pour l’encourager et le mettre en confiance. Le jeune danseur, qui est l’un des héros de la saison 2 de Graines d’Étoiles, a incarné un bel esclave, puis un prince convaincant. Mention spéciale à ses manèges bien enlevés.

Côté contemporain, on retrouvait avec plaisir Vincent Chaillet dans un nouveau solo « Eyes Shut » de la chorégraphe espagnole Alba Carbonell. Le duo She is back, réunissant Julien Lestel et Alexandra Cardinal, a de nouveau été présenté. J’avais beaucoup aimé ce pas de deux l’an dernier. C’est avec plaisir que je l’ai revu (notamment la deuxième partie). Les deux danseurs sont revenus ensuite pour le sensuel Milanga Del Angel. Parmi mes coups de coeur, le fascinant duo Misatango avec Gaël Alamargot et Iva Juillard. Le Boléro de Julien Lestel a de nouveau fait son effet avec la présence magnétique de Gaël Alamargot, bien soutenu par l’ensemble de la compagnie de Julien Lestel.

Karl Paquette et Sae Eun Park ont ouvert ce gala, ils sont revenus pour le clôturer. Au programme, le pas de deux d’Esmeralda. Un très beau moment de complicité. Les deux danseurs ont tout donné, s’amusant et prenant beaucoup de plaisir en scène. Le danseur Étoile est superbe dans le pas de deux. Dans sa variation, il enchaîne avec fougue tours en l’air puis ceux à la seconde. Bravo également à sa partenaire Sae Eun Park,  rayonnante dans la variation du tambourin. La ballerine est toujours aussi superbe techniquement (quels développés à la seconde, et cette série de fouettés!). A la fin, le public se lève pour une standing ovation. Et on sent le danseur Étoile très ému.

Une session de rattrapage pour les personnes, qui, comme moi, n’ont pu assister à ces dernières représentations fin décembre. Et une nouvelle occasion de se dire qu’il va nous manquer. Car, à quarante-deux ans et demi, beaucoup aimeraient danser comme lui les grands classiques. Et surtout élever avec une aussi grande aisance leur partenaire dans les airs !

D’une manière globale, le gala était plus homogène que l’an dernier (moins d’hésitations de placement et de manèges rognés). Cette année, les danseurs étaient arrivés la veille. Ils ont certainement eu plus de temps pour prendre connaissance de la scène. Encore une fois, le contemporain se tire plus facilement de ce format que les pas de deux académiques. L’émotion y est plus présente que dans les morceaux classiques, souvent choisis pour leur virtuosité et qui sont ici dépourvus de leur contexte. Ce qui permet difficilement au danseur d’apporter son interprétation.

Standing ovation pour Karl Paquette

Toutefois, le succès du pas de deux d’Esmeralda et l’enthousiasme global du public rennais tapant des mains en rythme avec le tambourin font plaisir à voir. C’est encourageant de voir la danse classique (jusque-là quasi inexistante) s’installer progressivement à Rennes. Une troisième édition des Beaux jours de la danse est d’ores et déjà prévue l’an prochain. Et face au succès de cette manifestation, un autre événement s’annonce déjà pour mai. On suivra cela avec grand intérêt !

Héloïse Bourdon et Antonio Conforti après la Belle au bois dormant

Karl Paquette, ovationné, aux côtés de sa partenaire Sae Eun Park