La Dame aux Camélias fait son grand retour sur la scène du Palais Garnier. Après cinq ans d’absence, le grand classique de Neumeier, qui met sur pointes le roman d’Alexandre Dumas fils, est donné avec de nouvelles distributions, mêlant nouvelle génération et danseurs plus expérimentés. La dernière reprise a été marquée par les adieux d’Agnes Letestu et le départ depuis d’une autre grande tragédienne, Isabelle Ciaravola. Pour la sixième reprise, le cast 2018 a d’abord surpris, mettant de côté des danseuses connues pour leurs qualités dramatiques (à l’instar de Ludmila Pagliero et Dorothée Gilbert, toutes deux sur Cendrillon). Le ballet exigeant de grandes qualités d’interprètes.

La représentation du vendredi 7 décembre a réuni Mathieu Ganio et Léonore Baulac, toute nouvelle Marguerite. Une chance pour la danseuse d’avoir pour partenaire Mathieu Ganio, qui interprète le rôle d’Armand Duval depuis l’entrée au répertoire du ballet. Et qui incarne l’Armand idéal à l’Opéra de Paris, de part son physique et sa sensibilité. Après avoir dansé le rôle aux côtés de Clairemarie Osta, de Laëtitia Pujol et d’Isabelle Ciaravola (en gala), c’est la première fois qu’on le découvre avec une Marguerite plus jeune que lui. Il s’agissait vendredi de la deuxième représentation de ce couple, choisi par Neumeier en personne d’après Resmusica. Le premier acte révèle une Léonore Baulac / Marguerite Gauthier, très cocotte, un peu frivole, mais plus demoiselle que dame. Ce qui s’est ressenti lors du premier pas de deux dans le boudoir de Marguerite.

 

Il aura fallu attendre le deuxième acte et le pas de deux sur le largo de la sonate en si mineur pour sentir les deux danseurs se libérer. L’image qui restera de ce pas de deux sont les longs cheveux blonds de la ballerine volant dans les airs lors des innombrables portés, marque de fabrique de Neumeier. À ce titre, on ressentait beaucoup de bienveillance de la part Mathieu Ganio envers sa partenaire. Ce deuxième acte s’est terminé en beauté avec la variation de la lettre, dans laquelle Marguerite annonce à Armand qu’elle le quitte. Mathieu Ganio y est bouleversant.

 

Saluts de la Dame aux Camélias du 7 décembre 2018

 

La représentation est ainsi montée crescendo jusqu’au troisième acte et au mythique black pas de deux. Un extrait des répétitions avait été montré lors du World Ballet Day. On sent le travail depuis. Léonore Baulac est plus convaincante dans cette dernière partie. Et le partenariat gagne en intensité. Nul doute qu’au fil des représentations il devrait continuer à s’affiner.

Ce qui n’a pas empêché d’autres rôles secondaires de briller ce soir là à l’instar d’Eve Grinsztajn, superbe Manon, et de son trio de soupirants. La danseuse y est souveraine et forme un beau duo avec son Des Grieux Marc Moreau. Dommage qu’elle n’ait pu terminer la représentation. Marc Moreau et Léonore Baulac ont donc improvisé un duo à la fin du troisième acte. Espérons que rien de grave ne lui soit arrivé. Muriel Zusperreguy reprenait aussi le rôle de Prudence, aux côtés de Paul Marque qui faisait quant à lui des débuts convaincants en Gaston Rieux. Karl Paquette avait mis la barre haute dans la variation de la cravache, Paul Marque assure, associant humour et technique. Muriel Zusperreguy n’est pas en reste. Elle fait rire la salle lorsqu’elle glisse le collier de Marguerite dans son décolleté.

 

Héloïse Bourdon s’est quant à elle glissée dans la peau de la chipie Olympia. Un plaisir de la voir danser, aussi bien dans les scènes de bal que sur les Champs Elysées au troisième acte ou lors de la scène du bal au cours de laquelle Armand humilie délibérément Marguerite. Espérons que l’on verra bientôt la nouvelle première danseuse dans un rôle de soliste.
Cette nouvelle série permet aussi de retrouver Yann Saïz en scène. Il incarne le rôle du père d’Armand et semble ne rien avoir perdu de ses qualités. Sans oublier le pauvre Comte, moqué sans cesse par Marguerite, campé par l’excellent Simon Valastro.

 

 

La Dame aux Camélias plait toujours autant. Même si du fait des multiples reprises, le ballet reste attaché à des souvenirs (et à des interprètes) bien imprégnés. Cette nouvelle série réserve néanmoins de belles surprises. Et on ne se lasse pas de la musique de Chopin et de ses magnifiques costumes. Mais surtout, on ne se lasse vraiment pas de l’Armand Duval de Mathieu Ganio.

 

La Dame aux Camélias, représentation du 7 décembre 2018