L’année 2018 marque le centenaire de la naissance de Jerome Robbins. Après les Étés de la danse en juin dernier, c’est au tour du Ballet de l’Opéra de Paris de lui rendre hommage. Il faut dire que la compagnie a un lien très fort avec le chorégraphe qui lui a légué bon nombre de ses ballets. Pour l’occasion, la compagnie fait entrer Fancy Free (1944) à son répertoire et reprend A suite of dances, Afternoon of a faun et Glass Pieces. Un petit film sur le chorégraphe est présenté en introduction.

La première, le lundi 29 octobre, marquait également, la rentrée du ballet. La soirée était précédée du défilé, le premier pour Valentine Colasante en tant qu’Étoile et le dernier pour Karl Paquette, chaleureusement applaudit. Le danseur fera ses adieux le 31 décembre prochain dans Cendrillon. Josua Hoffalt a fait ses adieux le lendemain. Le défilé et la célèbre marche des Troyens sont un rituel balletomane incontournable, chacun venant applaudir les danseurs.

Un défilé assez dépeuplé côté hommes ( cinq étoiles masculines pour dix étoiles féminines). En l’absence de Mathieu Ganio (qui danse Onéguine au Japon avec le Stuttgart Ballet), Mathias Heymann a fermé la marche. Ce dernier, Dorothée Gilbert, Hugo Marchand, Karl Paquette et Myriam Ould Braham ont été très applaudis. Et côté premiers danseurs, c’est la ligne de François Alu et Paul Marque qui a été ovationnée.

Place ensuite aux ballets de Jerome Robbins. Fancy Free fait entrer un peu de Broadway au répertoire de la compagnie. Ce ballet marque la première collaboration entre Jerome Robbins et le compositeur Leonard Bernstein. Ce fût aussi le ballet qui donna à Robbins le déclic pour se lancer dans la comédie musicale avec On the Town, avant le célèbre West Side Story dix ans plus tard. Dans Fancy Free, trois marins en permission rencontrent deux jeunes filles dans un bar.

Les rythmes jazzy de Broadway conviennent parfaitement à la personnalité de François Alu. Le danseur, expressif à souhait, est explosif dans sa première variation, qu’il danse avec l’humour qu’il faut, sans en faire trop. Lui et ses compères Karl Paquette et Stéphane Bullion forment un sacré trio. Stéphane Bullion nous propose une belle rumba et Karl Paquette une belle variation. Alice Renavand et Éléonora Abbagnato se glissent de leur côté avec succès dans les rôles des deux chipies. Une belle distribution, qui donne le sourire aux lèvres.

Mathias Heymann, A suite of Dances

La soirée se poursuivait avec A suite of dances interprété par Mathias Heymann (dont on avait eu un avant-goût des répétitions lors du World ballet Day). Quinze minutes sur les suites de Bach, quinze minutes à se délecter devant la danse déliée, légère et aérienne de ce danseur. Dommage cependant qu’il semble évoluer indépendamment de la violoncelliste présente sur le plateau, même si le danseur a tenté à plusieurs reprises d’instaurer un dialogue avec la musicienne.

Après l’entracte, retour dans la salle de classe avec Afternoon of a faun, l’interprétation de Robbins du faune de Nijinski. Ici, les danseurs évoluent non pas de profil mais face au public. Le ballet sur le prélude de Debussy est une mise en abime des danseurs. De même, tout est suggéré, pudique et presque poétique. Hugo Marchand, qui faisait ses débuts dans ce rôle, campe un faune charismatique, aux côtés d’Amandine Albisson. Le couple est très esthétique et fonctionne bien.

Amandine Albisson et Hugo Marchand, Afternoon of a faun

 Le retour de Glass Pieces

La soirée se concluait avec le retour de Glass Pieces sur la musique de Philip Glass. Le retour également du corps de ballet, et de certains solistes à l’instar d’Axel Ibot et de Florimont Lorieux. L’occasion de revoir dans un rôle de demi-soliste Héloïse Bourdon. Une danseuse, très à l’aise dans ce style et que l’on prend plaisir à revoir en scène.

Glass Pieces avec Ludmila Pagliero et Stéphane Bullion

Les ensembles de Glass Pieces sont frappants. Le ballet fait son effet et ne semble pas avoir vieilli. Bien qu’il n’ait pas été dansé depuis plusieurs années, le ballet semble se l’être bien approprié. Le pas de deux central avec Ludmila Pagliero et Stéphane Bullion  est l’un des meilleurs moments, comme une respiration dans ce rythme effréné et cette musique entêtante. Ludmila Pagliero y est fascinante et hypnotique.

Une jolie soirée, équilibrée et pertinente. Cela faisait longtemps que je n’étais pas sortie d’une telle soirée aussi enthousiaste. Chaque danseur était à sa place, investi dans son rôle. Cela donne envie de voir les autres distributions, qui se succèderont d‘ici le 14 novembre.

Les jolies lignes du défilé