La rentrée balletomane 2018-2019 était marquée par le retour au Palais Garnier de la Martha Graham Dance Company, après trente ans d’absence. Sa directrice Janet Eilber est venue présenter cette soirée destinée à montrer un aperçu de l’œuvre de l’icône de la danse moderne. Au programme, des pièces majeures du répertoire et des créations inspirées du travail de la danseuse. Illustration avec le projet Lamentations Variations, auquel a pris part le danseur de l’Opéra de Paris Nicolas Paul.

Appalachian Spring

La représentation du 7 septembre s’ouvrait avec Appalachian Spring, une pièce jusque-là inédite en France. Ce ballet a été créé par Martha Graham juste après la seconde guerre mondiale. Inspiré des musiques traditionnelles de l’époque, il met en scène l’arrivée et l’installation d’un couple de jeunes mariés dans un village de pionniers américains. Le décor est simple, la gestuelle et ses formes circulaires interpellent mais la pièce paraît vite datée. On essaye de se projeter dans le passé, dans l’état d’esprit dans lequel le ballet a été créé. Mais c »est finalement le sentiment d’avoir vu un témoignage de l’œuvre de Martha Graham, une plongée dans l’Amérique à une époque aujourd’hui révolue, qui reste lorsque le rideau se ferme.

Ektasis

En deuxième partie, Ektasis permet de mieux comprendre la technique de la danseuse, qui a travaillé ici sur la relation entre la hanche et l’épaule. Mis à part quelques clichés, il n’existait aucune vidéo de ce solo. C’est ce qui a conduit Virginie Mécène à en créer une nouvelle version en 2017. Son interprète pour cette série de représentation parisienne n’était autre qu’Aurelie Dupont. La danseuse et directrice de la danse expliquait récemment dans des interviews le besoin qu’elle avait ressenti après ses adieux à la scène en 2015 de retourner à la technique de Martha Graham.

Vêtue d’une longue robe en forme de tube, la danseuse apparaît dans une lumière bleutée sur la scène de Garnier. Elle semble tenter de s’extraire de ce costume au rythme des contractions et des release (inspiration/expiration dans la technique Graham comme expliqué dans ses mémoires*). Ses postures évoquent de temps à autre les statues grecques, ce solo est à la fois sensuel et hypnotique.

Lamentation Variations

Une autre illustration du modernisme de la plus ancienne compagnie américaine est la création du projet Lamentation variations. Celui-ci est né en 2007 pour la commémoration des attentats du 11 septembre. Il a permis à des chorégraphes de s’inspirer du solo Lamentation de Martha Graham pour proposer leur chorégraphie. Dans ce solo de 1930, Martha Graham apparaît enserrée dans une robe triangulaire et qu’elle ne se déplace jamais mais reste en contact avec un banc. La chorégraphe y aborde les thèmes de la perte et de la solitude. Quelques images de l’icône de la danse américaine dans ce solo sont projetées au début du ballet.

À l’occasion de la tournée parisienne, le danseur de l’Opéra de Paris Nicolas Paul a pu proposer sa propre interprétation. Le résultat est intéressant. Le chorégraphe, qui n’en est pas à son premier essai, a fait intervenir trois danseuses. Ce trio semble à reproduire les mêmes mouvements de façon cyclique. Au final, les trois variations présentées s’articulent bien entre-elles et forment un ensemble homogène. La dernière, signée Larry Keigwin, est particulièrement émouvante avec cette unité de danseurs en scène.

Le Sacre du Printemps

La soirée s’achevait avec la découverte du Sacre du printemps dans la version Graham. Elle met en scène un chaman jeune et musclé qui laisse tomber la cape pour envelopper l’élue pour le sacrifice. On y retrouve les codes du sacrifice, le choix de l’élue, les danses de groupe. Pourtant crée en 1984 (soit neuf ans après le Sacre de Pina Bausch), cette version paraît moins moderne et datée. Toutefois, on retient le duo sensuel entre le charismatique chaman (Ben Shultz) et l’Élue (Peiju Chien-Pott), consciente de son destin. A la fin, c’est une ovation pour les dix-huit danseurs. Un bel aperçu du travail de cette chorégraphe, qui a inscrit son nom dans l’histoire de la danse, et du modernisme de sa compagnie.

 

*Mémoire de la danse, Martha Graham, Éditions Babel 2003