Suivre un artiste, c’est le voir évoluer, aborder de nouveaux rôles et tenter de nouvelles expériences. Il y a deux ans, j’ai manqué la création du Rappel des Oiseaux. Cette adaptation met en scène le danseur Étoile Mathieu Ganio dans une version dansée et théâtralisée du Journal d’un fou de Gogol. Par chance, le spectacle, dont la mise en scène est signée Oriane Moretti et la chorégraphie Bruno Bouché, était repris les 6 et 7 avril derniers à la Maison de la Culture du Japon à Paris.

Dans l’ambiance feutrée, presque intime, au troisième sous sol du bâtiment, un piano attend sur scène. Un banc et une chaise sont disposés non loin. Le pianiste Kôtarô Fukuma prend place. Il est rejoint par Mathieu Ganio pour une introduction dansante. Le personnage de Poprichtchine, héros de la célèbre nouvelle de Gogol, prend vie au travers des traits du danseur étoile.

Il reprend mot pour mot le texte de Gogol, qui n’est autre que le journal de ce fonctionnaire, tailleur de plumes au quotidien, qui sombre dans la folie. On le suit dans ses tergiversations et ses excès de démence. Lorsqu’il se met à rêver de la vie de son employeur ou qu’il fantasme sur Sophie, la fille du patron. Le danseur prête aussi sa voix à la petite chienne Medji avant de finir par s’autoproclamer roi d’Espagne et de terminer interner. C’est intéressant de découvrir Mathieu Ganio dans ce registre, dans une pièce où le théâtre prédomine et où la danse est plus secondaire. Le danseur se met à nu et se livre complètement. Il impressionne par son interprétation et sa faculté à se fondre dans ce personnage.

La mise en scène d’Oriane Moretti est réussie, sobre et efficace. Elle nous fait entrer dans l’intimité de ce personnage au triste destin et dont la condition amène à réfléchir aussi. Les différentes entrées du journal sont entrecoupées par les passages au piano. Un songe, une rêverie, une pause dans cette folie. Le choix de l’accompagnement musical (des pièces de Bach et Rameau) s’accorde avec les états d’âme de ce personnage tourmenté. Il y a une jolie complémentarité entre le pianiste japonais et la sensibilité du danseur. Cette reprise a rencontré un beau succès.

Un nouveau film de Marlène Ionesco

Dans le dernier film de Marlène Ionesco, « Mathieu Ganio, une étoile romantique » (à paraître dans quelques semaines), le danseur exprime son envie d’explorer de nouveaux univers et d’aller vers le contemporain. Il participera d’ailleurs à la création de la pièce The Male dancer d’Ivan Pérez, à l’affiche dès le 18 mai. Une chose est sûre, Mathieu Ganio montre qu’il est un artiste complet, qui n’hésite pas à sortir de sa zone de confort. Espérons qu’il continuera à explorer de nouveaux horizons.