Pas de répit pour les balletomanes en ce début de série d’Onéguine. A peine remis de la bouleversante première, retour à Garnier le dimanche 11 février en matinée. Dorothée Gilbert et Audric Bezard y interprétaient les rôles-titres  du roman en vers de Pouchkine.

Ces dernières saisons, Dorothée Gilbert, s’est imposée comme une grande interprète dans les rôles dramatiques. Sa Manon et sa Juliette en sont l’illustration parfaite. Sa Tatiana s’inscrit dans la même lignée. Elle incarne tour à tour la jeune fille rêveuse et naïve, tendrement amoureuse d’Onéguine. Elle se montre extatique et passionnée lorsqu’elle rêve que le dandy apparaît dans son miroir, puis brisée lorsque ce dernier lui déchire sa lettre pendant sa soirée d’anniversaire. On la voit ensuite se métamorphoser après la scène du duel qui signera la mort de Lenski. Et au deuxième acte, on la retrouve aimante et souveraine lorsque dix ans plus tard, elle revient en tant que princesse mariée à Grémine à Saint-Pétersbourg.

À ses côtés, Audric Bezard faisait sa prise de rôle dans le rôle du ténébreux dandy. Le danseur, qui avait déjà eu l’occasion d’interpréter Lenski, a bien cerné le personnage. Il est cynique à souhait et faut bien saisir les nuances et l’évolution du jeune homme, qui finit par se repentir et implorer Tatiana. Le partenariat avec Dorothée Gilbert fonctionne, même si cette dernière domine le duo (on l’aurait bien revu dans ce rôle avec Hugo Marchand). Dans le pas de deux de la chambre, les deux danseurs jouent le registre de la passion. Les portés sont tellement rapides que Dorothée Gilbert semble voler dans les bras de son partenaire. Et pour l’anecdote, les plombs en ont sauté au Palais Garnier.

Ce qui manque sans doute à cette distribution est l’homogénéité du quatuor Tatiana-Onéguine-Lenski-Olga, qui faisait la force de la distribution de la première, avec des danseurs plus expérimentés. Le Lenski de Jérémy-Loup Quer n’a pas la même prestance, ni la profondeur d’un Mathias Heymann. Son interprétation est intéressante, même si encore un peu verte par moment. Il forme un duo touchant avec Muriel Zusperreguy, qui incarne une Olga vive et pétillante. Florian Magnenet montre une fois de plus une belle prestance en Prince Grémine.

Un ballet intemporel

Le dernier pas de deux, sommet de ce ballet, est l’occasion pour Dorothée Gilbert de montrer une fois de plus toute l’étendue de son talent. Elle y est magistrale, à la fois forte et fébrile face à Onéguine. De quoi vous laisser la gorge serrée à la fermeture du rideau. Une deuxième distribution à découvrir donc, qui devrait se bonifier au fil des représentations. Difficile en tout cas de se lasser de ce ballet, à l’argument intemporel et efficace, aux magnifiques costumes. Sans oublier la partition de Tchaïkovsky, un patchwork demandé par Cranko, et aux dernières notes de ce déchirant pas de deux qui vous restent en tête…longtemps…

Saluts d’Onéguine

Muriel Zusperreguy et Jérémy-Loup Quer

Les belles robes de la cour de Saint-Pétersbourg.

Saluts d’Onéguine le dimanche 11 février