Pour fêter la fin d’année, le ballet de l’Opéra présente Play du suédois Alexander Ekman au Palais Garnier. Le chorégraphe en vogue avait présenté sa version du Lac des Cygnes au Théâtre des Champs-Élysées au printemps dernier, qui avait alors reçu un accueil mitigé. Qu’en est-il de Play? La pièce est divisée en deux parties. La première fait référence à l’enfance, l’insouciance, lorsque le jeu est le seul maître à penser. La seconde marque le passage à l’âge adulte et tient le postulat suivant : « on vieillit parce que l’on arrête de jouer ». Une idée de départ intéressante, qui donne de la matière à creuser mais qui finalement s’essouffle vite.

Pourtant, l’ouverture du ballet est prometteuse. Telle une œuvre cinématographique, une (longue) introduction présente la pièce et l’ensemble des protagonistes ayant participé à sa conception. Leurs noms sont projetés sur le rideau de scène de Garnier. Le rideau se lève ensuite sur une scène blanche immaculée. Seuls des blocs blancs en suspension ou au sol, un arbre et même un cosmonaute viennent de temps à autre compléter le décor. Particularité de Play, l’orchestre habituellement logé dans la fosse est installé en hauteur en fond de scène. Pendant un peu moins d’une heure, les danseurs entrent et sortent, sur des blocs, dans des chariots, en courant, enlacés ou roulant l’un sur l’autre… Tantôt par deux ou trois, tantôt par groupe. Car dans Play, il n’y pas d’individualités mais  plutôt des mouvements de groupes.

Retour en enfance

Deux personnages se détachent néanmoins. Simon Le Borgne, que l’on connaît par ses prestations au sein du groupe 3ème étage, est le chef d’orchestre de cette joyeuse pagaille, tandis que la stricte et sévère Caroline Osmont, en tailleur-lunettes, veille à ce que tout rentre dans l’ordre. Ce premier acte dédié au jeu réserve quelques longueurs mais aussi de beaux passages. Le duo composé par Silvia Saint-Martin et Vincent Chaillet se démarque, tout comme Adrien Couvez et Andréa Sarri (remplaçant François Alu souffrant le samedi 16 décembre). L’ensemble des amazones mené par Muriel Zusperreguy fait aussi son effet. Les danseuses sont parfaitement synchronisées, ce qui accentue le sentiment de puissance et de détermination. Ce tableau évoquerait presque le ballet Sylvia de Neumeier.

La pluie de balles vertes tombant des cintres conclut cette partie de jeux, alors que Caroline Osmont, imperturbable dans sa rigueur, attend juste en dessous à l’abri sous parapluie. Les danseurs courent dedans, créent des figures géométriques et finissent par se jeter dans la piscine de balles qu’ils se sont fabriqué dans la fosse d’orchestre. Le rideau se ferme sur cette partie de jeu, alors que Caroline Osmont essaye tant bien que mal de ramasser les balles restant sur la scène tout en s’écriant « la vie c’est pas un jeu, c’est carré ». Une référence aux cubes suspendus juste au-dessous de sa tête ? Simon Le Borgne se retrouve finalement seul allongé dans la fosse d’orchestre. Au début de l’entracte, certains enfants s’amuseront à lui lancer des balles.

 

Changement de ton et d’ambiance dans la deuxième partie. Les lumières sont plus sombres – associées à un quotidien plus gris ?- place au monde du travail. Le premier tableau s’intitule « Men at work ». Le visage de Simon Le Borgne est régulièrement projeté sur le rideau de Garnier, avec en fond des images montrant des gens pressés se rendant à leur travail. Cette partie balaie des thèmes déjà vus et revus, comme le couple qui s’effrite, la routine du quotidien… On retrouve le duo Silvia Saint Martin et Vincent Chaillet, la danseuse a revêtu un tutu noir. Muriel Zusperreguy et Stéphane Bullion ont aussi droit à un beau duo. Là encore, certains mouvements d’ensemble sortent du lot. Toutefois, la chorégraphie fait souvent écho à d’autres pièces ou à d’autres concepts déjà vus, on pense à Forsythe notamment.

Saluts de Play, le 16 décembre 2017

Le rideau se ferme avant de se rouvrir sur la chanteuse Callie, seule en scène. C’est le passage que l’on retrouve sur les réseaux sociaux où ballons géants et balles sont lancés dans le public. Une dernière partie qui met en avant l’orchestre, l’une des bonnes surprises de cette création (et soit dit en passant la partition de Karlsson est très agréable à écouter). Ce final « dans la joie et la bonne humeur » semble plaire au public, qui se lève pour applaudir musiciens et danseurs. Une création, loin d’être révolutionnaire, qui se laisse découvrir, mais dont la durée de vie pose question. Car une fois l’effet de surprise passé, a-t-on vraiment envie de la revoir ? Autre interrogation, n’aurait-elle pas méritée d’être un peu plus condensée ? Et pour cela, fallait-il vraiment dédier une soirée complète à ce chorégraphe ?