Entre mes deux représentations de la Sylphide, j’ai profité de la tournée parisienne du ballet de Cuba à la salle Pleyel pour découvrir leur Giselle. Chorégraphié en 1841 d’après le livret de Théophile Gauthier, ce grand classique est souvent dénommé le ballet des ballets. Ce n’est pas un hasard si cette compagnie le présente puisque le ballet est intimement lié à sa directrice Alicia Alonso qui s’est illustrée dans le rôle-titre et qui possède sa propre version. La représentation du 8 juillet en soirée était l’occasion de découvrir cette production et la belle énergie des danseurs dont une perle rare.

À première vue, la Giselle du ballet de Cuba semble désuète tant les décors et costumes paraissent dater d’un autre temps. Un sentiment renforcé par la musique enregistrée qui grésille dans les hauts-parleurs. Mais très vite on se laisse prendre par l’action et par la belle énergie des danseurs. Ce qui frappe dans cette version, c’est la place laissée à la pantomime, bien plus présente que dans la Giselle parisienne. Celle de Berthe notamment, est très longue et détaillée, ce qui permet au spectateur non initié de comprendre le destin funeste que risque la jeune paysanne. Les danseurs de Cuba déploient une folle énergie en scène. Tous sont heureux de danseur, illustration avec le passage « pas de deux des paysans » remplacé ici par des danses avec les vendangeurs.

Yolanda Correa, une Giselle d’exception

Pour autant, une soliste attire rapidement l’attention dès son entrée. Il s’agit de Yolanda Correa, une Giselle d’exception. Sa variation au premier acte est un délice : ports de bras moelleux, équilibres et jolie diagonale de ballonnés sont au rendez-vous. Sa scène de la folie, lorsque Giselle découvre la vérité sur Albrecht est saisissante.

Une belle promesse pour le deuxième acte. Toujours attendu par le public, l’acte blanc de Giselle est la quintessence du ballet romantique. Si l’on fait l’impasse sur le vert fluo présent sur les longs tutus du corps de ballet, on retrouve la magie de cet acte. Yolanda Correa répond à nos attentes. Sa Giselle est diaphane et éthérée. Un vrai spectre. Elle forme un joli partenariat avec Yoel Carreno. Il est juste dommage que les hauts-parleurs mal réglés par moments ne gâchent la délicatesse de ce moment.

Le ballet de Cuba est à Paris jusqu’au 20 juillet avec Don Quichotte. J’en profite également pour signaler la présence de la compagnie Alvin Ailey à la Seine Musicale dans le cadre des Étés de la danse.