À quelques jours de l’arrivée du printemps, les elfes, fées et papillons sont de sortie à l’Opéra Bastille. Programmé par l’ex-directeur de la danse Benjamin Millepied, Le Songe de nuit d’été de George Balanchine est à l’affiche depuis le 9 mars. Tiré de l’oeuvre éponyme de W. À Shakespeare, le ballet fait son entrée au répertoire de la compagnie. Au programme, querelles de roi et reine des fées pour un petit page, méli-mélo amoureux d’un quatuor athénien, un mariage en grande pompe, le tout orchestré par le facétieux lutin Puck. Pour l’occasion, la scène de Bastille s’est revêtue de ses plus belles parures dans des décors et costumes signés Christian Lacroix. Une production très américaine, fidèle aux maquettes originales de Barbara Karinska, qui vous en met plein la vue. Rappelons que la pièce a été créé à l’origine en 1962 pour le New-York City Ballet.

Célèbre pour ses ballets abstraits, Mister B avait à l’époque surpris en s’essayant à un ballet narratif – à l’argument plutôt complexe – que les Balletonautes ont fort bien résumé ici.
Le chorégraphe a pris le parti de concentrer l’essentiel de l’histoire au premier acte, plus théâtral que le second transformé en divertissement, avec toutefois de beaux tableaux dansés et des passages virtuoses à l’instar des soli de l’aérien roi des fées Obéron ou de la guerrière Hippolyte, reine des fouettés. Au total, plus de douze rôles différents se partagent la scène dans cette forêt enchantée. De quoi perdre complètement le spectateur ! D’où l’intérêt d’une petit révision en amont…

Hugo Marchand et Hanna O’Neill

La soirée du vendredi 17 mars était l’occasion de voir les premiers pas du nouvel Etoilé Hugo Marchand dans le rôle d’Obéron. Le danseur assure par sa présence souveraine et nous ravit par ses soli et son impeccable petite batterie. Léger et aérien, il semble rester en apesanteur. Sa reine du soir, Titania, était campée par l’élégante et racée Hannah O’Neill. Les deux danseurs forment un duo plein de fraîcheur et fort bien assorti. N’oublions pas le cavalier de Karl Paquette, véritable chevalier servant. Mais le Songe d’une nuit d’été ne serait rien sans les facéties du malicieux Puck, qui, avec sa rose magique, est à l’origine des tourments des quatre amants athéniens. Le lutin était incarné hier soir par le jeune Antoine Kirsher, excellent dans le rôle, qui aura à plusieurs reprises tirer les rires du public, ce qui n’est pas une mince affaire quand on connaît la grandeur de la salle. La pétillante Alice Catonnet interprétait quant à elle un papillon aérien et virevoltant.
Du côté des athéniens, on retrouvait les amants Hermia et Lysandre (Simon Valastro et Muriel Zusperreguy )ainsi que Hélena et Démetrius. Sae Eun  Park, que l’on connaît bien pour sa technique bluffante, dévoile de belles qualités d’interprètes en Helena, repoussée par Demetrius (Vincent Chaillet) au départ avant que Puck ne s’en mêle (ou plutôt ne s’emmêle…).
Le passage de l’âne, dans lequel Titania, sous l’effet de la fleur magique de Puck, tombe sous le charme de l’âne Bottom (Kateru Coste) aura fait sourire le public, qui, à en croire les commentaires à la sortie s’est un peu perdu en route. Alors que Puck a semé la confusion et que les épées sont de sortie, Hippolyte entre à son tour en scène. Un rôle qui sied bien à l’athlétique et énergique Ida Viikinkoski. Fort heureusement, tout rentre dans l’ordre : les amants athéniens se réconcilieront, le roi et la reine feront la paix et Thésee (Audric Bezard) demande même Hippolyte en mariage.
Après l’entracte, place au divertissement et aux mariages d’Hippolyte et Thésee ainsi que des couples d’amoureux athéniens. Caricature de l’époque de Louis XV, celui-si s’ouvre sur la marche nuptiale, le retour des tutus plateaux et de la technique balanchinienne pure et dure. Le pas de deux est dansé par Marion Barbeau et Florian Magnenet toute en retenue et en poésie, le tout porté par la belle partition de Mendelssohn.
Ce Songe se laisse décidément bien apprécier, et c’est d’autant plus le cas lorsqu’il est servi avec une distribution équilibrée. Une production printanière, un peu kitch certes, mais tellement rafraîchissante et qui change bien les idées!

Marion Barbeau et Florian Magnenet

Sae Eun Park et Vincent Chaillet, Muriel Zusperreguy et Simon Valastro, Ida Viikinkoski et Audric Bezard