Retour à l’Opéra de Paris le week-end dernier avec une plongée dans l’histoire du ballet. Compagnie invitée pour inaugurer cette saison 2016-2017, l’American Ballet Theatre, l’autre grande compagnie de New York avec le New-York City Ballet, présentait la Belle au bois dormant dans la version reconstruite par le russe Alexeï Ratmansky. Le chorégraphe a relevé ici un ambitieux défi : s’appuyer sur les notations de Vladimir Ivanovitch Stepanov pour remonter la chorégraphie telle qu’elle a pu être présentée à Saint-Pétersbourg par le français Marius Petipa en 1890. Quant aux décors et costumes, ils s’inspirent de ceux conçus par Léon Bakst en 1921 pour les Ballets russes de Diaghilev.

Si au départ j’appréhendais d’être enfermée pendant trois heures tout un après-midi par ce beau temps, je me suis vite prise au jeu et laissée convaincre par cette production attachante et très belle avec ses décors et costumes rappelant les fastes de la cour de Louis XIV, sans pour autant être lourds et pompeux. Et puis, il faut bien l’avouer, qui peut bouder le plaisir d’écouter la si belle partition composée par Tchaïkovsky (et cela même hors période de fin d’année)? Ce qui interpelle dans la version réhabilitée par Alexeï Ratmansky, c’est la technique, si différente de celle à laquelle on est habitué aujourd’hui. Comme l’expliquait le chorégraphe dans une interview accordée au journal La Terrasse, les pas sont plus rapides et l’on suit avec attention le travail du bas de jambe, à l’instar de la variation de la fée Lilas lors du baptême de la princesse, ou la première variation d’Aurore au premier acte. Il y a aussi plus de pas de liaison, qui, comme l’explique le chorégraphe, ont été supprimés au fil du temps. Ce qui surprend surtout, c’est l’usage répété des demi-pointes, auquel on est encore une fois moins habitué. Autre point intéressant, c’est le lien entre la chorégraphie et l’histoire du ballet. L’exemple le plus pertinent est certainement celui des variations des fées lors du prologue, au cours duquel la chorégraphie est en lien avec le don octroyé à la princesse. On pense alors à la frénétique fée Canari, ou aux ports de bras si marqués et atypiques de Violente. Cette Belle au bois dormant se laisse décidément bien apprécier et au troisième acte, on se surprend à sourire devant les divertissements mettant en scène les petit chaperon rouge, loup et Cendrillon (supprimés dans la version Noureev).

Sarah Lane et Herman Cornejo

Sarah Lane et Herman Cornejo

Côté danseurs, la matinée du 10 septembre réunissait dans les rôles titres Sarah Lane et Herman Cornejo. Sarah Lane est une délicate et gracieuse Aurore aux ports de bras moelleux. Elle est poétique dans l’adage à la rose et raffinée dans la variation du pas de deux du mariage. Son partenariat avec Herman Cornejo est très attachant, notamment dans celui du troisième acte. Là encore, on découvrait une autre chorégraphie, comme ce geste tendre lorsque Aurore qui pose sa tête sur l’épaule de son partenaire. Le public a pu réellement découvrir le danseur Principal de la compagnie lors de sa variation (le prince ne dansant que très peu dans cette version, au contraire de la version Noureev par exemple et sa variation lente du deuxième acte). Herman Cornejo apparaît très solide techniquement, et très à l’aise dans sa variation malgré la rapidité des pas. N’oublions pas le pas de deux de l’oiseau bleu avec Isabella Boylston et Blaine Hoven (qui manquait un peu d’élévation à mon goût), ainsi que les malicieux Rachel Richardson et Sean Stewart dans le pas de deux de la chatte blanche et du chat Botté. Mention spéciale également à la fée Carabosse de Nancy Raffa. La représentation se termine sur l’Apothéose, morceau qui n’est (malheureusement) pas donné dans la version présentée à l’Opéra de Paris, et qui réunit une dernière fois l’ensemble des protagonistes. Seul bémol, ce rideau baissé trop vite qui ne nous laisse pas profiter plus longuement de ce dernier tableau et de cette jolie rêverie.

Les pierres précieuses

Les pierres précieuses

Isabelle Boylston et Blaine Hoven

Isabelle Boylston et Blaine Hoven

 

Sarah Lane et Herman Cornejo

Sarah Lane et Herman Cornejo