Après trois semaines de détente, de soleil et de Dolce Vita, il est (enfin) temps de dresser le bilan de la saison danse 2015-2016 du ballet de l’Opéra de Paris. Une saison avec des hauts et des bas aussi. Une alternance de soirées mixtes américaines et de grands classiques avec les attendus Giselle, Bayadère et Roméo et Juliette. Une saison mouvementée aussi, avec la démission inattendue de Benjamin Millepied début février et la nomination d’Aurélie Dupont au poste de directrice de la danse, qui a pris ses fonctions début août.

Au final, plus d’un mois après la fin de cette saison, ce sont les soirées de grands ballets qui me restent en mémoire. Comment rester insensible au duo formé par Dorothée Gilbert et Hugo Marchand? Deux Roméo et Juliette à l’unisson, poignants, tirant les larmes… Cette représentation du 3 avril fait partie de celles qui m’ont le plus marquées la saison passée. Dorothée Gilbert est aujourd’hui une grande interprète : magnifique Juliette, Nikiya lyrique à souhait dans Bayadère… Son partenariat avec Hugo Marchand est l’un des plus attrayants à l’heure actuelle. Le 31 mai, la danseuse étoile se métamorphosait en Willi éthérée pour une Giselle d’anthologie aux côtés du superbe Albrecht de Mathieu Ganio. Un duo émouvant. Un merveilleux souvenir. Quelques jours plus tard, je découvrais pour mon plus grand plaisir la délicate Myriam Ould Braham aux côtés de Mathias Heymann, également superbe dans le rôle (même si je lui préfère la fragilité que Mathieu Ganio apporte à son personnage). Une magnifique représentation à nouveau! Et chaque soir, au premier acte, François Alu répondait présent pour le pas de deux des paysans (quel regret qu’il n’ait pas eu plus de représentations en Hilarion, mais surtout quel dommage d’avoir raté son Solor dans Bayadère en décembre). Dans la Bayadère justement, Héloïse Bourdon s’est à nouveau illustrée en décembre, dans le rôle de Nikiya dans la Bayadère justement, aux côtés d’Isaac Hernandez de l’English National Ballet. Puis en Gamzatti aux côtés du danseur à la vitesse de rotation hors norme, le dénommé Kimin Kim et de Kristina Shapran du Théâtre Mariinsky. Il faut avouer qu’en termes d’artistes invités, le public parisien a été relativement gâté la saison passée. L’English National Ballet et sa directrice artistique Tamara Rojo sont venusen juin présenter le Corsaire. Dans un Garnier survolté, Alina Cojocaru, Isaac Hernandez, Osiel Gouneo et César Corrales ont fait des merveilles. L’ultime représentation du 25 juin fut l’occasion d’assister à l’unique nomination de la saison avec Shiori Kase, qui a été promue principal de la compagnie! N’oublions également pas de citer la Batsheva Dance Company (que je n’ai pu aller voir) mais que j’ai pu découvrir par l’intermédiaire du pertinent documentaire sur Ohad Naharin « Mr Gaga ».

Outre les grands classiques, cette saison a vu les soirées mixtes s’enchainer.  Certaines intéressantes, d’autres plus ennuyantes, voire vraiment déséquilibrées. Et c’est ainsi qu’un puissant Sacre aurait presque pu passer aux oubliettes. Malgré sa forte médiatisation, il ne me reste que de maigres souvenirs de Clear, Loud, Bright, Forward de Millepied présenté en septembre dernier (sauf peut-être la scénographie et les tuniques irisées des danseuses). Les ensembles et les tutus de Thème et Variations de Balanchine m’ont au contraire plus marquée. Parmi les belles découvertes, In Creases de Justin Peck m’a interpellée. Première pièce que je voyais de ce chorégraphe pourtant si jeune mais à la réputation déjà bien solide. J’ai hâte de la revoir la saison prochaine. En revanche, je suis un peu passée à côté d’Entre chien et loup, sa création pour le ballet de l’Opéra de Paris présentée début juillet à Bastille. Il y a eu d’autres bons moments avec les Robbins comme Other Dances et le poétique In the night donné à l’occasion des adieux à la scène du danseur Étoile Benjamin Pech. Toutefois, attendre 22h30 pour enfin voir les couples d’étoiles des Variations Goldberg était un peu long. Balanchine était également omniprésent cette saison avec Thème et Variations avec Valentine Colasante et le bondissant François Alu. Sans oublier Brahms-Schoenberg-Quartet. Venu en juillet dans le cadre des Étés de la danse, le New-York City Ballet m’aura permis de redécouvrir et mieux apprécier Duo Concertant et de découvrir l’amusant et entraînant Western Symphony. Enfin, la saison s’est conclue avec la très pertinente soirée William Forsythe, avec deux souvenirs mémorables : Approximate Sonata et sa gymnastique du vocabulaire classique, ainsi que la création Blake Works I, super souvenir de voir les danseuses se déhancher, les danseurs s’éclater, heureux d’être là sur scène. Une création que l’on retrouvera fin septembre pour une nouvelle saison, construite sur le même modèle que la précédente, à nouveau riche en programmes mixtes…

En attendant, très belle fin d’été !

Clin d'oeil du Teatro San Carlo de Naples visité au cours de l'été

Clin d’oeil du Teatro San Carlo de Naples visité au cours de l’été