Il est parfois difficile de ne pas comparer le style et le physique des danseurs, lorsque l’on va voir une autre compagnie, même si c’est loin d’être l’objectif premier. Ce qui est le plus intéressant en revanche, c’est de voir leur manière d’interpréter et de faire vivre une œuvre, surtout lorsqu’elle a été créée chez eux. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que je tenais particulièrement à voir le programme « Noir et blanc », essentiellement composé des ballets de Balanchine dans lesquels les danseurs arborent des tuniques noires et blanches, lors de la tournée du New York City Ballet au Théâtre du Châtelet dans le cadre des Étés de la danse.

La soirée s’ouvrait avec Apollo. Dansé par la compagnie new-yorkaise depuis 1951, c’est l’un des plus vieux ballets de Balanchine à son répertoire, même si le chorégraphe l’a remanié depuis sa première version Apollon Musagète (qui figure au répertoire du ballet de l’Opéra de Paris). Créé en 1928 lors de la période des ballets russes de Diaghilev, celui-ci marque la première collaboration de George Balanchine avec le compositeur Igor Stravinsky. Le sculptural Chase Finlay incarne le dieu de la beauté autour duquel gravitent ses trois muses : Callliope, Polymnie et Terpsichore. Avec son physique apollinien, le danseur sied parfaitement au rôle sans pour autant camper un beau gosse niais. Ce ballet est très esthétique et je trouve toujours ce final avec les trois muses en arabesque d’une grande beauté.

S’il y a un ballet qu’il me tardait de voir interprété par le New York City Ballet, c’est bien les Quatre tempéraments. Sur la partition de Paul Hindemith, les danseurs solistes incarnent tour à tour un des quatre tempéraments : mélancolique, sanguin, flegmatique et colérique. Ce que j’aime le plus dans ce ballet, c’est la force et l’énergie qui s’en dégagent. Parmi les danseurs, ma préférence va aux poétiques Amar Ramasar dans Flegmatique et Robert Fairchild dans Mélancolique, tandis que Sara Mearns et Tyler Angle donnent le tempo dans Sanguin.

Autre découverte, Symphony in three movements où les tuniques roses des solistes viennent se mélanger aux tuniques blanches des danseuses du corps de ballet. Avec leurs queues de cheval et la musique de Stravinsky, on a l’impression que le Sacre du printemps de Maurice Béjart va surgir d’un instant à l’autre. La pièce est organique, les danseurs sont investis et savent transmettre leur énergie.

Parmi les quatre ballets programmés, j’étais curieuse de revoir Duo Concertant. Ce ballet avait été présenté à l’Opéra de Pars lors de la soirée mixte Ratmansky/Robbins/Balanchine/Peck en avril dernier et ce n’était pas celui qui m’avait le plus marqué. De surcroît, j’appréhendais un peu les vingt minutes à venir après l’entracte. Au contraire, j’ai passé un excellent moment en compagnie de Megan Fairchild et Anthony Huxley. Là où en avril, je me concentrais sur la plastique des danseurs, l’esthétique du mouvement, j’ai découvert, voire redécouvert, un autre ballet avec les danseurs new yorkais plein d’espièglerie et de malice. Les deux interprètes s’amusent et se font plaisir, créant un véritable jeux de questions-réponses entre eux et avec les musiciens. Et finalement ce ballet qui m’avait complètement échappé il y a trois mois a trouvé tout son sens. Une belle découverte et finalement mon meilleur moment de cette soirée !