Parmi les cinq programmes présentés cette année par le New-York City Ballet aux Étés de la danse, celui réunissant le Western Symphony de George Balanchine et le West Side Story Suite de Jérôme Robbins me tentait particulièrement. De plus, à quelques ballets près, cette soirée ressemblait à celle vue en 2008 lors de la tournée de la compagnie à Bastille. Retour sur la matinée du 9 juillet.

Western Symphony ouvrait la parade. Entré en 1954 au répertoire de la compagnie, le ballet a été chorégraphié sur des musiques américaines traditionnelles. Si le côté kitch de ce ballet – avec ses costumes qui vous ramènent tout droit dans l’ambiance des saloons – m’effrayait un peu au départ, je me suis vite pris au jeu et me suis laissée emporter par la frénésie des danseurs. Humour et technique sont au rendez-vous avec quelques références aux ballets classiques. Chase Finlay troque ici son costume d’Apollon de la veille (compte-rendu à lire incessamment sous peu) pour les santiags, la chemise à carreaux et le chapeau de cow-boy. Lui et sa partenaire Lauren King mettent l’ambiance sur la scène du Châtelet. Dans l’adagio, Brittany Pollack et Sean Suozzi s’en donnent à coeur joie. Clin d’œil au romantisme de Giselle, la danseuse quitte la scène en petite menée, bras croisés à la manière des willis. Elle réapparaît et vient se pencher délicatement en arabesque sur l’épaule de son partenaire, avant de s’éclipser dans la coulisse, laissant le danseur seul sur scène qui ira vite se consoler. Le Rondo met en scène l’une des stars de la compagnie, Sarah Meanrs aux côtés de Zachary Catazaro. Cette danseuse se distingue par sa carrure athlétique, son énergie et cette façon de s’élancer en scène, sans se poser de questions. Sa diagonale de relevés en développé à la seconde et en arabesque est d’une maîtrise totale, elle est effectuée avec brio et se finit en piqué penché arabesque sans ciller. On aurait presque envie de lui demander de bisser… Mais la danseuse se dirige déjà vers son partenaire sur pointes en roulant des hanches. Le final arrive presque trop vite et on a envie de continuer l’ensemble des danseurs tourner à l’infini. Ce ballet donne décidément la pêche!
Après l’entracte, place à Tarentella, pas de deux enlevé réglé par Balanchine qui parodie Napoli d’August Bournonville. Plein de petite batterie et de pas rapides, ce court ballet de huit minutes est un concentré de bonne humeur. Erica Pereira et Gonzolo Garcia, deux danseurs que je ne connaissais pas ont réalisé une belle prestation.

Barber Violin Concerto

Barber Violin Concerto

Après les deux Balanchine, suivaient deux pièces de Peter Martins, l’actuel directeur de la compagnie. Deux ballets, qui à la lecture du programme paraissent un peu décousus du reste de la soirée. Le premier, The Infernal machine est un court pas de deux de sept minutes qui plonge dans une ambiance plus sombre, plus tourmentée. Il y a du rythme et les mouvements s’enchaînent. On se laisse prendre par cette chorégraphie, regardant évoluer la longiligne Ashley Laracey et Amar Romasar, découvert la veille dans le programme noir et blanc. Une bonne surprise.
Barber Violin Concerto est en revanche plus long, plus fade par rapport aux couleurs de Western Symphony, moins vivant que Tarentella et moins percutant que The Infernal machine. Ce ballet ne m’avait déjà pas laissé un souvenir impérissable en 2008, et pourtant j’avais eu la chance d’y voir Ashley Bouder, l’une des principal dancers de la compagnie new-yorkaise. Le scénario est pourtant intéressant : Peter Martins fait interférer deux styles de danse : le classique et le contemporain. Ils sont symbolisés par deux couples, l’un plus classique et l’autre plus contemporain qui s’observent avant d’échanger leurs partenaires. Les classiques (voire balanchiniens) Teresa Reichlen et Russel Janzen se retrouvent face aux contemporains Megan Fairchild et Jared Angle. Mention spéciale à ce dernier qui dégage une forte présence en scène. Un ballet plaisant mais finalement moins percutant.

Pour conclure cette matinée, la compagnie présentait West Side Story Suite, tiré de la comédie musicale éponyme chorégraphié par Jérôme Robbins. Chose étrange, il s’agit du seul ballet du chorégraphe présenté par la compagnie lors du festival. J’avais eu l’occasion de voir ce spectacle en 2008 à Bastille (avec un certain Benjamin Millepied dans le rôle de Tony…). Il m’avait laissé une forte impression et j’en étais ressortie enchantée. Une fois encore, je n’ai pas été déçue. Côté danseurs, on retrouvait Amar Ramasar dans le rôle de Bernado, le chef du gang des Sharks. J’aime beaucoup Mimi Stacker dans le rôle de Maria. Dommage que Robert Fairchild ne soit pas en scène cet après-midi là, j’aurais été curieuse de le voir après son expérience dans la comédie musicale Un américain à Paris. Tous les danseurs se donnent à 100% : ils chantent, dansent, jouent la comédie ! Il est presque difficile de ne pas se mettre à fredonner ces chansons qui sont devenues des classiques. Ma voisine de derrière ne s’en prive pas et ferait presque concurrence à Ana Sophia Scheller dans le tableau America ! Le public est plus que conquis !

West Side Story Suite (Jérôme Robbins)

West Side Story Suite (Jérôme Robbins)