Retour sur la première de la soirée Peck/Balanchine du 2 juillet 2016. Au programme : une entrée au répertoire d’un ballet peu connu à Paris et la toute première création du jeune surdoué Justin Peck pour le ballet de l’Opéra de Paris.

Le chorégraphe en résidence au New-York City Ballet dévoilait samedi soir Entre chien et loup, sa première chorégraphie pour l’Opéra de Paris créée sur le concerto pour deux pianos et en ré mineur de Francis Poulenc. Le public est directement plongé dans l’ambiance avec le rideau de scène tiré d’une photo de l’artiste John Baldessari sur laquelle les visages de jeunes sont masqués par des cercles de couleur. Les danseurs apparaissent en scène le visage caché par un masque de couleur similaire. Comme il l’explique dans le programme, le chorégraphe prend ici le parti « d’amener le danseur à utiliser son corps différemment ». Il observe aussi comment se tissent les relations entre les danseurs. Finalement, que retient-on de cette création ? In Creases m’avait laissé une forte impression en avril dernier. Très attendue, cette création m’a laissé hier un sentiment plus mitigé. Il y a de beaux ensembles, des mouvements qui évoquent incontestablement Balanchine et une chorégraphie qui suit le moindre changement de rythme de la partition. La pièce est sympathique mais pas aussi percutante que l’était In Creases. Peut-être que la grande scène de Bastille n’est pas adaptée à cette création ? Côté danseurs, on retrouve de belles personnalités avec une partie des danseurs ayant participé à l’entrée au répertoire d’In Creases. En réalité, c’est surtout Sae Eun Park qui attire le regard. Elle révèle ici un autre aspect de sa personnalité et montre un beau travail sur la musique. L’un des moments forts de cette création est notamment le pas de deux harmonieux entre Sae Eun Park et le musical Arthus Raveau. Deux danseurs qu’il ne faudrait pas hésiter à associer plus souvent. Il y a aussi ce duo entre Marion Barbeau et Antonio Conforti, ou encore Marc Moreau, qui avait déjà montré son aisance dans ce style en avril dernier.

Saluts d'Entre Chien et Loup de Justin Peck

Saluts d’Entre Chien et Loup de Justin Peck

Après l’entracte, Brahms-Schönberg Quartet de George Balanchine nous ramène au cœur de l’empire austro-hongrois. L’occasion de découvrir les costumes signés Karl Lagerfeld et spécialement commandés pour cette création. En ce soir de première, quatre couples d’étoiles se succèdent. Le premier mouvement est l’occasion d’admirer les lignes et les ensembles composés par George Balanchine, avec en supplément l’élégant couple formé par Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio. Sabrina Mallem mène le corps de ballet avec autorité tout en incarnant la danseuse féminine comme le souhaitait Balanchine. Dans le second mouvement, Amandine Albisson s’abandonne dans les bras de son partenaire Stéphane Bullion. Leur partenariat m’avais moins convaincue dans Giselle, les deux sont ici très bien assortis. Seuls les costumes (trop roses à mon goûts) m’ont gênée dans ce tableau. Ma préférence va aux troisième et quatrième mouvements. Certes il y aura eu quelques déséquilibres et quelques réceptions loupées, mais le duo formé par Myriam Ould Braham et Mathias Heymann est plein de charme et attachant. Giselle n’est pas loin quand l’évanescente Myriam Ould Braham est toute en retenue élevée dans les airs par son partenaire, puis posée à terre avec délicatesse. N’oublions pas également la belle prestance de Marie-Solène Boulet. Changement d’ambiance dans le quatrième mouvement, les danseurs vêtus de costumes hongrois accueillent Laura Hecquet, éclatante, et Karl Paquette, en grande forme et toujours aussi bon partenaire. Bien dans leurs rôles, les deux danseurs enchaînent les pas avec entrain et rapidité. De quoi nous mettre de bonne humeur pour le reste de la soirée !

Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio, 1er mouvement

Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio, 

Myriam Ould Braham et Mathias Heymann, 3ème mouvement

Myriam Ould Braham et Mathias Heymann, 

Mathieu Ganio, Amandine Albisson et Stéphane Bullion

Mathieu Ganio, Amandine Albisson et Stéphane Bullion

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