Après le romantisme et les tutus vaporeux de Giselle, changement d’ambiance au Palais Garnier, et place aux pirates, aux odalisques et aux rêves d’Orient. La compagnie anglaise, l’English National Ballet, présentait du 21 au 25 juin pour la première fois sa version du Corsaire sous les ors de Garnier. Cette production, entrée au répertoire en 2013, à la demande de Tamara Rojo, ancienne Principal du Royal Ballet et actuelle directrice de la compagnie, a été chorégraphiée  par Anne-Marie Holmes.

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La dernière représentation de la tournée parisienne réunissait le samedi soir une distribution de haute volée. Alina Cojocaru et le cubain Osiel Gouneo interprétaient les rôles de Médora et de Conrad. Isaac Hernandez (invité en décembre pour danser la Bayadère avec Héloïse Bourdon) dansait Ali. On retrouvait également le bondissant César Corrales en Birbanto, Shiori Kase en Gulnare et Fernando Bufalá dans le rôle Lankedem.
Dans les grandes lignes (l’argument du Corsaire est loin d’être évident à résumer!), le ballet, inspiré par le poème de Lord Byron, compte l’histoire du pirate Conrad qui cherche à récupérer son amour Médora. Cette dernière a été enlevée par Lankedem. Le premier acte se déroule ainsi au bazar. Le Pacha (interprété par l’excellent Michael Coleman!) vient choisir ses favorites, pendant que Conrad demande à son fidèle esclave Ali de libérer Médora. Mais leur tentative échoue et le Pacha tombe sous le charme de Médora. Gulnare, préférée de Bilbanto, le commandant second de Conrad, est également vendue. Dans un dernier subterfuge, Conrad et ses acolytes libèrent Médora et l’emmènent avec eux. Ce premier acte, très animé et dont les décors sont assez chargés, permet de mettre en scène un à un les personnages. Alina Cojocaru, danseuse que j’ai eu l’occasion de voir lorsqu’elle était au Royal Ballet, et sa brillante technique tiennent la vedette. Elle est bien épaulée par Osiel Gouneo. Les deux danseurs affichent une belle complicité. Ce premier acte est aussi l’occasion de découvrir la danse moelleuse et la belle ligne de Shiaori Kase, une très jolie ballerine.

Isaac Hernandez

Isaac Hernandez

Le deuxième acte se déroule dans l’antre des pirates. Conrad, éperdument amoureux de Médora lui promet tout son or, mais Bilbanto qui n’est pas de cet avis se rebelle. Morceau de bravoure, le pas d’action qui ouvre cette deuxième partie allie virtuosité et technicité. Isaac Hernandez impressionne par sa vélocité, la hauteur de ses sauts et la vitesse de rotation de ses pirouettes. C’est agréable de le voir s’élancer avec autant d’entrain ! Le Palais Garnier est en émulation, et que cela fait du bien! Alina Cojocaru est aussi superbe dans sa variation avant de s’élancer sans ciller dans la série de fouettés. Le pas de deux qui suit entre Conrad et Médora est un délicieux moment, tendre et superbe techniquement qui se termine par ce porté à une main où Osiel Gouneo montre ses qualités de partenaire. Mais Bilbanto n’est pas décidé à laisser les deux amants en paix et il fait amener une rose empoisonnée à Médora qui  l’offre à Conrad. Lorsqu’il hume son parfum, celui-ci tombe dans un profond sommeil. Bilbanto en profite pour enlever Médora. Ce deuxième acte donne un aperçu des qualités de César Corrales, déjà impressionnant par sa puissance et sa prestance scénique ( et que j’aurais également aimé voir dans le rôle d’Ali).

Le troisième et dernier acte s’ouvre sur le Palais du Pacha où Gulnare danse. Médora est ramenée à ce dernier qui la choisit comme favorite. Il tombe dans un profond sommeil et rêve de son harem, c’est le tableau du jardin animé. Ce tableau, doux et poétique, met en avant les solistes Alina Cojocaru et Shiaori Kase, toutes les deux sont superbes dans leurs variations respectives. Un très beau tableau formé par les danseuses de la compagnie. Le rêve prend fin : le Pacha est réveillé par Conrad et ses amis, qui sèment le trouble dans le Palais et libèrent Médora et Gulnare. Médora révèle la trahison de Bilbanto à Conrad. Ce dernier le tue sans pitié, avant de s’enfuir avec ses amis sur le bateau. Malheureusement, une tempête fait couler le bateau et le rideau se ferme sur Médora et Conrad, seuls sur scène.

Saluts du Corsaire, samedi 25 juin

Saluts du Corsaire, samedi 25 juin

Des morceaux de bravoure, de la virtuosité et des sauts à n’en plus finir, ce Corsaire réunit tous ces ingrédients pour passer une belle soirée d’été. Le tout, avec une compagnie pleine d’entrain qui partage son enthousiasme et sa joie d’être en scène.

Pour conclure la soirée en beauté, à la fin des saluts, Tamara Rojo est venue remercie le public pour l’accueil réservé toute la semaine aux danseurs et remercier les équipes techniques de l’Opéra de Paris avant de nommer « Principal » Shiaori Kase. Une belle promotion pour cette danseuse, très émue, et dont on imagine le bonheur d’avoir été promue sur cette scène si symbolique du Palais Garnier. Bravo à elle !

Tamara Rojo

Tamara Rojo

Shiaori Kase, promue "Principal"

Shiaori Kase, promue « Principal »

Shiaori Kase après sa nomination

Shiaori Kase après sa nomination