La série de Giselle 2016 a touché à sa fin. Pas moins de six distributions différentes se sont succédées dans la version adaptée par Patrice Bart et Eugène Polyakov présentée à l’Opéra de Paris. Pour ma part, sur quatre représentations, j’en aurai vu trois : la première et l’avant-première avec Amandine Albisson et Stéphane Bullion, Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio quelques jours plus tard avant de terminer en beauté avec le couple formé par Myriam Ould Braham et Mathias Heymann.

Malgré une première fortement attendue (le ballet n’avait pas été dansé sur la scène de Garnier depuis 7 ans!), cette série de Giselle a vraiment pris son envol le mardi 31 mai avec la distribution réunissant Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio. A l’unisson, les deux Étoiles ont offert un spectacle de haute volée. Déjà superbe dans Bayadère et Roméo et Juliette en avril dernier, Dorothée Gilbert s’est illustrée à nouveau dans Giselle, par sa fraîcheur et sa spontanéité au premier acte, puis par son spectre immatériel au second. Et l’on se souviendra longtemps de ses équilibres sans fin, si bien que la danseuse semblait rester en apesanteur, comme suspendue dans les airs. A ses côtés, Mathieu Ganio campait un Albretch d’une grande élégance.Leur adage était émouvant, la Willi-Giselle de Dorothée protégeant l’Albrecht de Mathieu Ganio de la vengeresse Myrtha. A noter que le danseur se confie sur son interprétation du personnage dans Resmusica.

Autre belle interprète du rôle de Giselle, la fantomatique Myriam Ould Braham le 10 juin dont le spectre diaphane faisait illusion parfaite. Du bout des doigts jusqu’à la pointe des pieds, la danseuse était évanescente. Une superbe représentation au cours de laquelle elle était associée à Mathias Heymann, aérien et touchant Albrecht au second acte. Un couple parfait en osmose. C’est un peu cette magie qui a manqué au duo Albisson/ Bullion, dont la Giselle aura peiné à décoller.

Dorothée Gilbert, Mathieu Ganio, Valentine Colasante

Dorothée Gilbert, Mathieu Ganio, Valentine Colasante

Du côté des seconds rôles, le public se sera régalé avec les Myrtha campées par les altières et impitoyables Héloïse Bourdon et Hannah O’Neill. Cette dernière s’est notamment distinguée lors de l’avant-première. Nul doute que sa reine des Willis devait être encore plus implacable en fin de série. N’oublions pas Valentine Colasante, plus terrienne que ses deux collègues certes, mais tout aussi autoritaire. Dans le rôle d’Hilarion, Audric Bezard aura fait forte impression à l’avant-première. Le personnage de Vincent Chaillet aura quant à lui gagner en épaisseur au fil des représentations. Dans le pas de deux des paysans, François Alu nous aura régalés à plusieurs reprises aux côtés de la délicate Charline Giezendanner, puis avec Lydie Vareilhes.

Myriam Ould Braham, Mathias Heymann et Héloïse Bourdon

Myriam Ould Braham, Mathias Heymann et Héloïse Bourdon

Quant aux autres distributions, je n’ai malheureusement pas pu voir les « jeunes talents » avec Éléonore Guérineau et Arthus Raveau. Éléonore Guérineau avait été superbe l’an dernier dans La fille mal gardée. Cette danseuse a un sens inné de la scène assez bluffant (et déjà elle se détache par sa vivacité du corps de ballet). Pour se faire une idée de sa prise de rôle, quelques vidéos sont à voir ici. En fin de série, Ludmila Pagliero a fait ses débuts en Giselle aux côtés de Karl Paquette. Fanny Gorse interprétait à cette occasion le personnage Myrtha dans cette distribution. Enfin, Dorothée Gilbert a également dansé deux représentations avec Vadim Muntagirov, principal au Royal Ballet de Londres.

Finalement, c’est sans doute en fin de série que le public a découvert la distribution « idéale » formée par Myriam Ould Braham et Mathias Heymann, François Alu en Hilarion et Hannah O’Neill en Myrtha, avec en supplément Éléonore Guérineau et Pablo Legasa dans le pas de deux des paysans.

Espérons maintenant qu’il ne faudra pas à nouveau attendre sept ans avant que le ballet ne soit dansé à nouveau sur la scène de Garnier. Bravo à l’ensemble du ballet pour cette série !

Les Willis

Les Willis