La série 2016 de Giselle s’est ouverte samedi soir au Palais Garnier, (enfin, plus exactement le vendredi 27 mai avec l’avant-première réservée aux jeunes de moins de vingt-huit ans). Après cinq ans d’absence, ce ballet créé en 1841 à Paris sur la partition d’Adolphe Adam était très attendu sur la scène de l’Opéra. Giselle, c’est le ballet romantique par excellence, avec son premier acte « terrien » et le second onirique au royaume des Willis, ces jeunes filles mortes avant leurs noces. L’argument est simple : la jeune et naïve Giselle s’éprend d’Albrecht, un jeune homme noble déguisé en paysan. Mais Hilarion, également amoureux de Giselle, s’aperçoit de la supercherie et dénonce Albrecht. Lorsque Giselle découvre la véritable identité du prince, elle sombre dans la folie et meurt. Le deuxième acte met en scène les immatérielles Willis et leur reine Myrtha, qui font danser les hommes jusqu’à l’épuisement. Un acte blanc au cours duquel Giselle, devenue Willi, fera tout pour sauver Albrecht. Giselle est également l’un de mes ballets préférés (et pour la petite anecdote c’est aussi à l’occasion de la dernière reprise en 2009 que j’ai ouvert ce blog). Samedi dernier, les retrouvailles avec le ballet furent un brin chamboulées, suite à l’annonce sur les réseaux sociaux une demi-heure avant le lever du rideau du changement de distribution des deux rôles principaux : Myriam-Ould Braham et Mathieu Ganio (qui à l’origine était prévu aux côtés de Laetitia Pujol) ont été remplacés par Amandine Albisson et Stéphane Bullion. Les deux danseurs étaient déjà sur scène la veille lors de l’avant-première. L’occasion de revenir sur ces deux représentations.

Giselle, c’est le rôle que rêve d’interpréter toute ballerine, et certaines l’ont marqué par leur interprétation de la célèbre scène de la folie ou par leur immatérialité au deuxième acte. Cette année, le public parisien découvrait pour la première fois la Giselle d’Amandine Albisson sur la scène de l’Opéra, (la jeune Etoile ayant déjà eu l’occasion de l’interpréter à Rome avec Mathias Heymann en septembre dernier). Techniquement, il faut bien le souligner, Amandine Albisson est irréprochable, que ce soit dans le premier ou le deuxième acte. Les développés, les arabesques penchées, figure emblématique de ce ballet, sont solides et maîtrisés. L’Etoile a une belle danse mais c’est sur le plan dramatique qu’il manque ce petit quelque chose. Au premier acte, on aimerait plus de fraîcheur, comme plus de bras évanescents au second. Peut-être que je suis tout simplement moins sensible au personnage qu’elle compose, mais sa scène de la folie ne me bouleverse pas autant. A ses côtés, Stéphane Bullion, que j’avais découvert dans le rôle avec Isabelle Ciaravola en 2009, semble éteint et en retrait. Je l’avais déjà trouvé « peu démonstratif » il y a cinq ans. Difficile de cerner son Albrecht et de savoir ce qu’il veut nous raconter. Le partenariat avec Amandine Albisson fonctionne mais sans émouvoir complètement.

Amandine Albisson et Stéphane Bullion

Amandine Albisson et Stéphane Bullion

Côté seconds rôles, le personnage d’Hilarion était dansé par Audric Bezard le vendredi et par Vincent Chaillet le samedi. Tous deux donnent de l’épaisseur à leurs personnages (même si ma préférence va au premier). Le pas de deux des paysans au premier acte permettait de retrouver le soir de la première François Alu, qui s’élève toujours avec autant d’aisance et de naturel dans les airs, aux côtés de Charline Giezendanner. L’acte blanc est toujours aussi magique et fait toujours son effet, et cela malgré le changement de distribution, avec ces ensembles de Willis et leurs tutus vaporeux qui se croisent sur scène, déclenchant à deux reprises les applaudissements du public le samedi. Valentine Colasante est une Myrtha autoritaire, mais peut-être encore trop terrienne. Hannah O’Neill le vendredi est implacable. Évanescente, elle semble glisser sur la scène de Garnier. Parmi les Willis, on repère les silhouettes graciles d’Héloïse Bourdon et de Fanny Gorse, distribuées en fin de série sur le rôle de Myrtha. Seule déception, l’absence d’entrechats-six à la fin du deuxième acte. Une première chamboulée donc, avec un beau corps de ballet (plus en place que la veille) mais avec un couple principal qui manquait de magie.

Les Willis, Giselle

Les Willis, Giselle

Hannah O'Neill, implacable Myrtha

Hannah O’Neill, implacable Myrtha le vendredi 27 mai

Héloïse bourdon, qui interprétera Myrtha les 5 et 10 juin

Héloïse bourdon, qui interprétera Myrtha les 5 et 10 juin