Quatre chorégraphes, quatre compositeurs, tel était le thème de cette nouvelle soirée mixte présentée à l’Opéra de Paris du 24 mars au 2 avril dernier. Sous le même format que les programmes précédents, cette courte série aux accents américains réunissait des pièces des chorégraphes Jérôme Robbins, Alexeï Ratmansky et Justin Peck autour d’une nouvelle entrée au répertoire de George Balanchine. Une soirée intimiste avec pour seul élément de décor un piano en scène.

Seven Sonatas de Ratmansky

Seven Sonatas de Ratmansky

Créé en 2009 pour l’American Ballet Theater, Seven Sonatas d’Alexeï Ratmansky met en scène, au son des sonates de Domenico Scarlatti, trois couples de danseurs (Alice Renavand et Florian Magnenet, Laura Hecquet et Audric Bezard, Aurélia Bellet et Marc Moreau). Quelques enchaînements, quelques pas attirent l’attention, mais passées les quinze premières minutes, la chorégraphie s’essouffle et la pièce traîne vite en longueur. Et une question vient vite à l’esprit et reste en suspend : où veut vraiment en venir le chorégraphe ? Pour ma part, la question restera sans réponse. On repère néanmoins le joli duo formé par Alice Renavand (qui avait déjà dansé le rôle de Venus dans Psyché du chorégraphe) aux côtés de Florian Magnenet.

Mathieu Ganio et Amandine Albisson dans Other Dances

Mathieu Ganio et Amandine Albisson dans Other Dances

La rêverie poétique d’Other Dances de Jérôme Robbins  nous fait entrer dans le vif du sujet. Ces dix-sept minutes de danse portées par l’élégant couple formé par Amandine Albisson et Mathieu Ganio sont un délice. Et c’est un plaisir de regarder les deux danseurs. Mathieu Ganio est toujours superbe et élégant dans le style Robbins, apportant les nuances justes à son interprétation. Amandine Albisson nous laisse admirer ses jolies lignes. Le partenariat Albisson/Ganio n’est pas mon préféré, mais les deux danseurs s’accordent bien dans cette chorégraphie. Le duo semble mieux fonctionner dans le Robbins et j’aime ce qu’ils nous proposent en scène (même s’il est difficile de comparer une pièce de dix-sept minutes avec un grand ballet de trois heures comme le Roméo et Juliette de Noureev).

Myriam Ould Braham et Karl Paquette dans Duo Concertant

Myriam Ould Braham et Karl Paquette dans Duo Concertant

Après l’entracte, Duo Concertant de George Balanchine nous plonge dans l’univers de Stravinsky. Le ballet alterne entre les soli de la violoniste et les passages dansés, un dialogue entre musique et danse. « Voir la musique et écouter la danse », comme le suggérait Balanchine. Ce ballet illustre à merveille cette citation. Les yeux suivent la frêle et délicate silhouette de Myriam Ould Braham, bien mise en valeur par son partenaire Karl Paquette.

Hannah O'Neill et Vincent Chaillet

Hannah O’Neill et Vincent Chaillet

Mais s’il y a un nom qui attisait la curiosité des spectateurs, c’est bien celui de Justin Peck. Le chorégraphe tendance de New-York clôturait cette soirée avec sa première pièce pour la compagnie. Sur la partition de Philip Glass, In Creases est un ballet brillant et ingénieux. Les combinaisons de pas, les ensembles formés par les danseurs, l’architecture de la pièce, ces deux pianos qui se font face en fond de scène… tout est pensé intelligemment. C’est beau, c’est fluide et c’est dynamique ! La pièce met parfaitement en valeur la plastique d’Hannah O’Neill, souveraine ici, ainsi que les qualités du danseur Marc Moreau, très à son aise dans ce style. Dommage que la pièce ne dure que douze minutes. On aurait presque envie d’en voir plus.

Vincent Chaillet, Valentine Colasante et Marc Moreau

Vincent Chaillet, Valentine Colasante et Marc Moreau

Au final, ce programme mixte semble plus équilibré et plus homogène que les précédents, les ballets s’articulant mieux entre eux que la soirée Wheeldon/Mc Gregor/Bausch par exemple où Polyphonia se faisait écraser par le Sacre. In Creases de Justin Peck reste indéniablement la découverte de la soirée. Le chorégraphe sera à nouveau à l’affiche à Bastille en fin de saison, lors d’une soirée où il sera associé à Balanchine.