Après une semaine agitée, retour à l’Opéra Garnier ce vendredi 5 février pour la première du triple bill proposant  trois entrées au répertoire, dont deux créations, Tombe de Jérôme Bel, et La nuit s’achève de Benjamin Millepied, suivies de l’entrée au répertoire des Variations Goldberg de Jérôme Robbins.

Difficile de parler de Tombe, sans ôter tout effet de surprise au spectateur. Il s’agit de la deuxième création de Jérôme Bel, après son solo pour les adieux à la scène de Véronique Doisneau en 2004. Pour cette nouvelle pièce d’une trentaine de minutes, le chorégraphe avait demandé aux danseurs (Grégory Gaillard, Sébastien Bertaud et Benjamin Pech) de choisir une personne avec laquelle ils n’auraient jamais pu partager la scène. Point de départ commun, le décor du deuxième acte du ballet Giselle et la fameuse tombe, d’où certainement le titre de la pièce. C’est ainsi que dans le premier duo, Grégory Gaillard, présente à la caissière qu’il rencontre fréquemment lorsqu’il fait ses courses, la salle de l’Opéra Garnier, son histoire, avant de raconter celle de Giselle, puis de partager quelques pas de danse avec son « invitée ». Le second duo réunit Sébastien Bertaud et une jeune femme en fauteuil. Pour ma part, c’est ce second duo qui m’a le plus touché et j’ai trouvé que cette jeune Giselle avait du cran et une jolie présence. À souligner également, l’élégance du prince Albrecht campé par Sebastien Bertaud. Dans le dernier duo, Benjamin Pech montre quelques extraits de ses répétitions avec une dame âgée, aujourd’hui hospitalisée. Certes ces prestations sont touchantes, mais est-ce la place d’une telle pièce à l’opéra? L’accueil de la salle en ce soir de première est plus que mitigé, les artistes et leurs invitées respectives mi-acclamés, mi-hués.

Tombe de Jérôme Bel

Tombe de Jérôme Bel

En seconde partie, Benjamin Millepied présentait La nuit s’achève, sa nouvelle création sur l’Appassionata de Beethoven dont nous avions découvert les prémices lors de la répétition publique du 23 janvier. Plaisante, sans être toutefois innovante , la nouvelle pièce du chorégraphe multiplie les références : ces longs regards qui rappellent ceux des trois couples d‘In the night de Robbins (jusqu’aux couleurs des costumes), ou encore ces tuniques blanches et ce porté, clin d’œil direct au Parc et au pas de deux de l’abandon d’Angelin Preljocaj. Le chorégraphe laisse peu de répit à ses danseurs, qui enchainent les pas au rythme de la partition, sans réel moment de suspension (une note un pas, clin d’œil à Noureev cette fois-ci?). Dommage, la musique bien servie par le pianiste Alain planès est tellement belle. Et finalement, on ne peut regarder partout et on a constamment cette impression de rater un mouvement, un détail. Benjamin Millepied l’avait expliqué lors de la rencontre : il recherche à mettre en avant la personnalité de ses danseurs, l’objectif n’est pas de les faire jouer un rôles. On aime la féminité et la sensualité d’Amandine Albisson, son duo avec l’élégant Hervé Moreau reste suspendu dans l’espace et le temps. C’est sans conteste l’un de mes moments préférés de ce ballet, qui laisse un peu de répit au spectateur. Cheveux lâchés, Sae Eun Park est sublime. Elle est à la fois légère et profonde, aux côtés d’un Jérémy-Loup Quer, très à son aise. A la fin, Benjamin Millepied est accueilli par des bravos par un public visiblement acquis à sa cause.

Ida Viikinkoski, Hervé Moreau, Benjamin Millepied et Jérémy-Loup Quer

Ida Viikinkoski, Hervé Moreau, Benjamin Millepied et Jérémy-Loup Quer

Hervé Moreau et Amandine Albisson

Hervé Moreau et Amandine Albisson

Un nouvel entracte laisse place aux Variations Goldberg de Jérôme Robbins, une heure et vingt minutes de spectacles ininterrompues. Un exercice de style où, au fil de thème et de variations, sont déclinés les pas de danse classique. On repère Katherine Higgins esquissant quelques pas de danse baroque au départ. La première partie met en avant les danseurs Valentine Colasante, Pierre-Arthur Raveau ou encore Germain Louvet. Au départ captivantes, les scènes du corps de ballet son de plus en plus longues. La seconde partie ravive l’intérêt avec l’entrée en scène des couples d’étoiles. On retrouve Ludmila Pagliero aux bras de Karl Paquette pour un duo plein de charmes. La mutine Myriam Ould Braham, tout de rose vêtu, danse aux côtés de Josua Hoffalt avec une jolie pointe d’humour. Enfin, Laura Hecquet est mise en valeur par Mathieu Ganio, toujours aussi élégant dans le style Robbins, et qui nous gratifie d’une belle variation. Plus courte que la première, cette seconde et dernière partie des variations Goldberg passe (presque) à toute allure. Le public est enthousiaste. Quelques levers de rideaux plus tard, il faut rentrer (et oui, avec tous ces triple bill, les soirées à l’ONP finissent de plus en plus tard).

Ludmila Pagliero, Karl Paquette, Myriam Ould Braham, Laura Hecquet et Mathieu Ganio

Ludmila Pagliero, Karl Paquette, Myriam Ould Braham, Laura Hecquet et Mathieu Ganio

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Pierre-Arthur Raveau, Valentine Colasante et Mickaël Lafon

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Ludmila Pagliero et Karl Paquette

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Laura Hecquet et Mathieu Ganio

Myriam Ould Braham et Josua Hoffalt

Myriam Ould Braham et Josua Hoffalt