La représentation de la Bayadère du vendredi 18 décembre donnait l’occasion de découvrir sur la scène parisienne deux solistes principaux du Mariinsky dans les rôles de Solor et de Nikiya : Kristina Shapran et Kimin Kim. Une distribution prestigieuse sur le papier, avec en bonus, Héloïse Bourdon en Gamzatti.

Dès son entrée en scène, le soliste coréen – attendu par le public parisien –  donne le ton avec ce magnifique grand jeté où il semble comme suspendu dans les airs. La scène est son terrain de jeu, c’est indéniable. Kristina Shapran est quant à elle une Nikiya plus intérieure et toute en sensibilité. Leur premier pas de deux, un peu timide au départ, est dansé dans la version du Mariinsky. Après avoir incarnée, le rôle de la Bayadère sacrée la semaine précédente, Héloïse Bourdon se glissait dans la peau de la princesse Gamzatti. Et la danseuse, Nikiya dans l’âme, se métamorphose avec succès en princesse altière autoritaire et implacable. Illustration avec ce premier acte principalement fait de pantomime et avec la scène de la confrontation avec Nikiya où ses expressions rendant ses intentions très lisibles. Et il aura fallu de la volonté à Gamzatti pour faire tomber à terre Nikiya pour lui donner cette claque (un manque de fluidité certainement du au peu de répétitions).
Héloïse Bourdon, Kimin Kim et Kristina Shapran

Héloïse Bourdon, Kimin Kim et Kristina Shapran

L’acte des fiançailles de Gamzatti et Solor est l’occasion de revoir l’idole dorée bondissante de François Alu, l’indienne enflammée de Sabrina Mallem (toujours au top!), et dans le grand pas d’action, la danse ciselée d’Eléonore Guérineau (en violette) et la brillante Hannah O’Neill (en verte). La variation de Solor est une démonstration de technique et de virtuosité, Kimin Kim enchaîne les pirouettes à une allure folle et ne semble jamais toucher terre. S’il est époustouflant en solo, le danseur parait moins à son aise avec ses partenaires. Et le pas de deux avec Gamzatti manque de fluidité (ce qui s’explique à nouveau par le peu de répétitions). Héloïse Bourdon est de son côté superbe dans sa variation. Dommage que l’orchestre ne s’emballe trop dans les fouettés et n’en casse le rythme. L’acte II se termine sur une subtile variation du serpent, toute en nuances, interprétée par Kristina Shapran.

Rêve de Solor, l’acte III, nous fait entrer au royaume des ombres. Malgré l’entrée revisitée par Kimin Kim et l’allure longiligne et aérienne légère de Kristina Shapran, le partenariat entre les deux artistes du Mariinsky reste fragile et ce dernier acte est en deçà des deux précédents. Cela enlève un peu de magie à cette Bayadère. Et finalement, malgré les prouesses techniques, la représentation perd en intensité. Dommage, car la Bayadère c’est avant tout l’histoire de Nikiya, Solor et Gamzatti. Et c’est finalement, cette cohésion entre les rôles principaux qui m’a manquée au cours de cette soirée,  et qui à fait que je n’en suis pas ressortie aussi convaincue. Ceci est sans nul doute lié au manque de répétitions entre les protagonistes. La soirée de demain devrait être différente, les danseurs seront plus rodés.

 

Héloïse Bourdon

Héloïse Bourdon

Les ombres

Les ombres