Quel plaisir de revoir La Bayadère, ses danseuses sacrées, son temple indien, son Idole dorée, ses décors et costumes colorés! Mais surtout quel enchantement d’assister à une Bayadère de haute volée, avec dans le rôle-titre Héloïse Bourdon. Sa prestation en 2012 m’avait déjà marquée, sa Nikiya version 2015 m’a encore plus touchée et fascinée.

Car cette danseuse, on le sait déjà, a tout d’une soliste. Elle en a l’aura,  la présence, la prestance et la justesse d’interprétation. Elle est magnétique. Dès que le grand Brahamme, soulève son voile (déclenchant les applaudissements nourris du public), le regard est directement attiré vers elle. Elle n’interprète pas seulement mais incarne cette danseuse sacrée, totalement éprise de son Solor. On ne peut que tomber sous le charme de son travail de ports de bras. Quel lyrisme dans la variation du serpent, où le temps semble suspendu sur la scène de Bastille, jusqu’à ce qu’elle refuse l’antidote au poison que lui tend le grand Brahmane, et agonise. Elle revient au troisième acte, évanescente et vaporeuse, pour un dernier acte de toute beauté.

Héloïse Bourdon et Isaac Hernandez

Héloïse Bourdon et Isaac Hernandez

À ses côtés le danseur principal invité de l’English National Ballet, Isaac Hernandez est un partenaire de premier choix, qui sait mettre en valeur notre Bayadère. En peu de répétitions (Yannick Bittencourt, Solor d’origine d’Héloise s’est blessé une semaine avant leur première date), ils ont réussi à créer une jolie complicité. Tous les portés passent sans accroc, les deux danseurs sont beaux à voir. Seul en scène, Isaac Hernandez campe un guerrier à la fois doux et vaillant, mais pas si explosif et par moment, sa Nikiya l’éclipsait un peu.

Dans le rôle de la princesse Gamzatti, promise à Solor, Ida Viikinkoski interprète son premier grand rôle. Si elle est encore un peu verte au niveau de l’interprétation, la jeune danseuse s’en sort techniquement très bien dans la variation du grand pas de deux du mariage au deuxième acte et enchaîne avec une belle série de fouettés. Elle semble en revanche moins à l’aise dans les pas de deux avec quelques tours qui ont du mal à finir. La scène de la confrontation avec Nikiya est en revanche très réussie. Une vraie guerre des castes.
Cette représentation était aussi marquée par l’idole dorée d’Emmanuel Thibault. Bravo à lui de la danser encore avec autant d’engagement, il nous donne littéralement cette impression que la statue s’anime et prend vie sous nos yeux. À signaler aussi le fakir de Pablo Legasa et la dynamique et sensuelle Sabrina Mallem en danseuse indienne. La danseuse menait la descente des ombres, tableau où le temps semble toujours se suspendre. Toujours virtuose, Eléonore Guérineau se distingue dans la deuxième ombre. En un mot, une très belle soirée.

Ida Viikinkoski, Isaac Hernandez et Héloïse Bourdon

Ida Viikinkoski, Isaac Hernandez et Héloïse Bourdon

Les ombres de La Bayadère

Les ombres de La Bayadère

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Héloïse Bourdon

Héloïse Bourdon