Face à La Bayadère à la Bastille, le Ballet de l’Opéra de Paris propose au Palais Garnier une soirée en hommage au compositeur et chef d’orchestre Pierre Boulez qui reprend des œuvres qu’il a créées ou dirigées lors de sa carrière. Au programme : une entrée au répertoire, Polyphonia de Christopher Wheeldon, une création de Wayne McGregor, Alea Sands, et pour clore cette soirée le mythique Sacre du Printemps de Pina Bausch.

Lydie Vareilhes et Pierre-Arthur Raveau

Lydie Vareilhes et Pierre-Arthur Raveau

La soirée s’ouvrait avec Polyphonia, ballet de Christopher Wheeldon créé en 2001 pour le New-York City Ballet, qui met en scène quatre couples. Huit danseurs qui évoluent en solo, duo, trio et quatuor sur la partition pour piano de Ligeti. Le chorégraphe présente son œuvre comme « un ballet romantique pour piano avec des liens plus contemporains entre les couples ». La construction du ballet, l’enchaînement des pas, les costumes, de simples tuniques mauves pour les filles et des académiques pour les garçons, font écho à l’univers de George Balanchine. La distribution du 5 décembre mettait en avant les belles plastiques de Laura Hecquet et Audric Bezard, duo très esthétique chez qui les portés, parfois acrobatiques, sont maîtrisés et précis. Ces deux danseurs sont décidément bien assortis. Lydie Vareilhes et Pierre-Arthur Raveau forment également un beau couple, vif et mélodieux. Sans oublier les deux « anciens » de cette distribution, Emmanuel Thibault et Mélanie Hurel, et leur prestation piquante et enlevée. Même si le ballet est plaisant à regarder, il se rapproche trop à mon goût de la démonstration technique et il m’a manqué ce petit « quelque chose » pour être complètement transportée.

Laura Hecquet et Audric Bezard

Laura Hecquet et Audric Bezard

Suivait la création de Wayne McGregor, sa quatrième collaboration pour le ballet de l’Opéra de Paris après Genus, l’Anatomie de la sensation et plus récemment Tree of Codes, pièce qui réunissait des danseurs de l’Opéra de Paris et ceux de sa propre compagnie. Le chorégraphe britannique a choisi Anthèmes 2 de Pierre Boulez, pièce pour violon et électronique. Pour la scénographie, il a collaboré avec le plasticien Haroon Mirza. Avec les jeux de lumière sur le cercle de perles autour du lustre plaçant directement le public à être au cœur de l’action, l’ouverture de cette création fait son effet. A cela s’ajoute l’entrée réussie de Marie-Agnès Gillot, rapidement rejoint en scène par Audric Bezard. Les autres danseurs arrivent à leur tour par petits groupes. Tout s’enchaîne et petit à petit, tout se mélange, s’écrase et se confond. La chorégraphie, pourtant fidèle à McGregor et à son exploration des corps, lasse et disparaît dans le dispositif scénographique mis en place. Et en fin de compte, le rendu final tombe à plat. Il y a bien un sursaut ou deux qui attirent l’attention pendant ces trente minutes, comme ce passage où l’on voit évoluer Marie-Agnès Gillot ou Mathieu Ganio (il est d’ailleurs dommage de voir ce danseur uniquement dans cette création pour la programmation de fin d’année). Les costumes, des académiques beige et noir aux formes géométriques, rendent les danseurs méconnaissables (Vincent Chaillet notamment) et ne servent pas la chorégraphie. A la fin, survient ce sentiment d’être passée à côté de cette création.

Saluts d'Alea Sands

Saluts d’Alea Sands

La soirée se terminait par le Sacre du Printemps de Pina Bausch. Ce Sacre qui m’a envoyé une onde de choc quelques années plus tôt lorsque je l’avais découvert. Une œuvre puissante et symbolique sur la partition saisissante de Stravinsky. Eleonora Abbagnato, l’élue ce soir, y est particulièrement émouvante et bouleversante. Tremblante, apeurée, quand elle se voit désigner, avant d’entrer complètement en transe jusqu’aux dernières notes de la musique. Les danseurs sont superbes, la pièce poignante. On repère Letizia Galloni, animale, et Alice Renavand, qui excelle dans ce répertoire. Toutes les deux sont également prévues dans le rôle de l’élue au cours de la série.

Un chef d’oeuvre pour clôturer cette soirée, un peu décousue et déséquilibrée par l’inégalité des pièces proposées.

Eléonora Abbagnato

Eléonora Abbagnato