Trois nouvelles pièces de la chorégraphe belge Anne Teresa de Keersmaeker sont entrées au répertoire du ballet de l’Opéra de Paris cet automne. Après l’énigmatique Rain en 2011, les danseurs s’attaquaient cette fois-ci à Quatuor n°4 (Bartok), à la Grande Fugue (Beethoven) et à la Nuit Transfigurée (Schönberg). Trois œuvres clés du répertoire de la chorégraphe, créés dans les années 80-90.

Pièce juvénile, le Quatuor n°4 met en avant quatre jeune filles, vêtues de petites jupes et godillots. Joueuses et presque insolentes, elles vont et viennent de chaque côté de la scène de Garnier, s’amusent et déboulent soudain dans une autre direction, toujours en rythme avec les musiciens placés juste derrière elles. La soirée du 7 novembre réunissait les complices Laura Bachman, Juliette Hilaire, Charlotte Ranson et Sae Eun Park. On repère tout de suite Laura Bachman, très à son aise, qui semble s’être parfaitement approprié le vocabulaire et le style de la chorégraphe. Sans oublier la belle énergie de la lumineuse Charlotte Ranson, qui s’affirme elle aussi dans ce quatuor. La chorégraphie paraît presque simple et donne envie de danser et de virevolter avec les demoiselles. Une belle entrée en matière.

Saluts de la Grande Fugue

Sur la partition de Beethoven, la grande fugue réunit essentiellement des danseurs en scène, seule Alice Renavand représente la gente féminine. Les lignes s’opposent, se juxtaposent, les danseurs dansent en miroir puis en opposition avec de nombreux passages au sol. La mise en scène est intéressante, mais l’ensemble me lasse rapidement, et les dix-huit minutes sont un peu longues. C’est finalement la Nuit Transfigurée qui m’aura le plus captivée. Déjà par la partition signée Schönberg, tout simplement magnifique, puis par l’ambiance, à la fois tourmentée et intimiste qui se dégage de cette pièce et de ce décor fait d’arbres et de feuilles mortes. Le public est projeté dans l’intimité de six couples qui se déploient, se séparent puis se retrouvent. L’argument est le suivant : une femme annonce à son amant qu’elle est enceinte d’un homme qu’elle n’aime pas. En retour, l’homme lui annonce généreusement qu’elle doit le porter comme si l’enfant était de lui. Cette pièce est l’occasion de retrouver en scène Marie-Agnès Gillot et sa forte personnalité. Autre beau moment, le pas de deux entre les solaires Léonore Baulac et Karl Paquette. Un duo profond, émouvant et un moment qui reste suspendu dans le temps. La chorégraphie met également en avant les belles personnalités de Letizia Galloni, Takeru Coste et Alexandre Gasse.

Une soirée qui m’a finalement permis de découvrir le travail d’Anne Teresa de Keersmaeker sous un nouveau jour. Les danseurs de l’Opera y paraissent plus à l’aise que dans Rain (Il faut dire qu’ils sont en scène depuis le 21 octobre dernier).

Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de la voir (ou ceux qui désirent tour simplement la revoir), la soirée est disponible sur Concert.Arte.Tv

Karl Paquette, Léonore Baulac, Alexandre Gasse

Karl Paquette, Léonore Baulac, Alexandre Gasse

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