Il faut certainement être bien passionnée pour prendre un aller et retour direction Paris uniquement dans le but d’assister au Concours de promotion. Hélas, quand il s’agit de ballet et d’opéra, la « passion a ses raisons que la raison ignore »… Sans plus attendre, retour sur cette journée du 3 novembre au cours de laquelle se sont déroulées les épreuves du concours interne de promotion des danseuses.

Cette année, de nombreux postes étaient à pourvoir : 5 chez les Coryphées, 4 chez les Sujets et 2 chez les Premières danseuses. Et bonne nouvelle, tous ont été pourvus (contrairement à l’an passé). On retrouvait dans le jury – outre Stéphane Lissner, Benjamin Millepied et Benjamin Pech (et son nouveau titre de « collaborateur artistique du Directeur de la danse ») – Laura Hecquet, Ludmila Pagliero, Lucie Clément, Sabrina Mallem, Alexis Renaud et Muriel Zusperreguy (suppléante). Sans oublier, le directeur du Ballet du Théâtre du Mariinsky, Yuri Fateyev, et la danseuse Etoile Noëlla Pontois.

Classe des Quadrilles

  1. Roxane Stojanov (promue)
  2. Katherine Higgins (promue)
  3. Sophie Mayoux (promue)
  4. Leïla Dilhac (promue)
  5. Alice Catonnet (promue)
  6. Julia Cogan

Dix-huit candidates se sont élancées ce matin sur la périlleuse variation du Grand pas classique de Victor Gsovsky. Une imposée qui n’est pas passée sans encombre avec des hauts et des bas, notamment chez les plus jeunes candidates chez qui la tension et le stress étaient plus que palpables. Parmi mes coups de coeur, il y a Roxane Stojanov (classée première), qui a réussi à la fois son imposée et sa libre. La danseuse avait opté pour la variation de l’automne dans Four Seasons de Jérôme Robbins. Je l’y ai trouvée très féminine, et j’ai beaucoup aimé sa proposition. Sans surprise, Katherine Higgins arrive en seconde position. L’américaine, qui avait choisi la variation de l’automne en libre, s’est clairement détachée du lot, et notamment sur le plan technique, sans pour autant me convaincre totalement sur le plan de l’interprétation. Bonne nouvelle également pour Leïla Dilhac, une danseuse dont j’admire toujours les lignes, et qui passait ce concours depuis déjà un petit moment. Cette promotion est amplement méritée, d’autant plus que la danseuse nous gratifie à chaque fois de très belles prestations lors de ses concours. Elle avait choisi cette année la première variation d’Emeraudes, tiré du triptyque Joyaux de George Balanchine. Sont également récompensées Sophie Mayoux, qui a proposé un pétillant Who Cares? (Balanchine) et Alice Catonnet, qui s’est élancée dans la variation du Printemps de Robbins.

Hors classement, d’autres danseuses m’ont marquée. A commencer par Eugénie Drion dont j’ai beaucoup aimé la personnalité dans la fameuse variation de la cigarette extraite de Suite en blanc de Lifar. Une danseuse à suivre. Sans oublier, la lumineuse Amélie Joannidès et l’Esmeralda endiablée de Clémence Gross. En revanche, dommage pour Awa Jonnais qui est totalement passée à côté de son concours.

Classe des Coryphées

  1. Marion Barbeau (promue)
  2. Ida Viikinkoski (promue)
  3. Fanny Gorse (promue)
  4. Lydie Vareilhes (promue)
  5. Letizia Galloni
  6. Aubane Philbert

Plus homogène, plus de maturité, le niveau était relativement élevé chez les coryphées cette année. Chacune des danseuses nous a proposé une belle imposée (la variation « Pizzicati » de Raymonda). Ma favorité était Marion Barbeau. J’ai beaucoup aimé son imposée et son choix (audacieux) de libre. La danseuse s’est lancée dans la difficile variation de la vision de La Belle au bois dormant chorégraphiée par Rosella Hightower. Une très belle proposition, et une promotion méritée pour cette danseuse que l’on a eu l’occasion de voir à la rentrée dans la création de Millepied. Félicitations également à Fanny Gorse, une belle danseuse qui a tout autant sa place chez les sujets. Idem pour la piquante et pétillante Lydie Vareilhes qui s’est imposée aujourd’hui dans la variation de la danseuse verte de Dances at a gathering de Robbins. En revanche, la libre d’Ida Viikinkosky (Diane et Actéon d’Aggripina Vaganova) m’a moins emballée.

C’est du côté de Letizia Galloni que vient la déception, la danseuse, qui partait pourtant favorite, n’a pas été promue. Elle a tout de même proposé un concours équilibré, sans pour autant se démarquer complètement. Pensée également pour Laurène Lévy et Aubane Philbert qui a réalisé deux belles libres.

Classe des Sujets

  1. Hannah O’Neill (promue)
  2. Léonore Baulac (promue)
  3. Héloïse Bourdon
  4. Sae Eun Park
  5. Charline Giezendanner
  6. Éléonore Guérineau

Ambiance plus tendue dans le Palais Garnier avant le passage des huit candidates. Deux postes sont en jeu et, comme toujours, cette classe fait toujours débat, d’autant plus que chacun a sa (ses) favorites. Avec trois candidates attendues – à savoir Héloïse Bourdon, Hannah O’Neill et Léonore Baulac – déjà distribuées dans des rôles de solistes par le passé. Ce sont finalement Hannah O’Neill et Léonore Baulac qui raflent les deux postes. Un vrai tandem de choc, puisque depuis leur promotion de coryphées, les deux danseuses ont toujours été promues ensemble. Hannah O’Neill est une grande danseuse en devenir, une future étoile sans aucun doute. Sa variation de la claque manquait certainement d’autorité, mais globalement c’était un sans faute. Quant à Léonore Baulac, la grande favorite de la direction (notamment au vu des distributions à venir), elle ne se démarque pas par sa technique (en deçà d’autres sujets), mais plus par sa maturité. Sa libre (la première variation d’Other Dances de Robbins) ne se démarquait pas assez à mon goût de l’imposée (variation du printemps de Four Seasons).

Bien entendu, la grosse déception vient surtout de la non promotion d’Héloïse Bourdon, dont beaucoup se souviennent de sa série de Lac des Cygnes en mars dernier. C’est un gros coup dur pour cette danseuse, soliste indéniable, qui pour beaucoup n’a plus sa place dans le corps de ballet. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé son interpréation de la seconde variation d’Other Dances. Elle y était musicale et féminine, tout en y apportant de subtiles nuances. J’ai également adhéré à l’interprétation de Sae Eun Park qui avait choisi la même variation tout en lui insufflant une autre émotion. Cette danseuse me touche difficilement et, pourtant aujourd’hui, elle a su me transporter. Difficile de voir ses deux talents se retrouver aux troisième et quatrième places. Espérons que le vent tourne pour elle l’an prochain ! Une pensée également pour Éléonore Guérineau qui a réalisé un très beau concours, avec une variation des mirages (Lifar) poignante, ainsi que pour Marine Ganio qui a proposé une jolie variation du printemps.

En attendant, rendez-vous vendredi pour la suite du concours des danseurs (où rassurons-nous, il y aura un peu moins de Robbins et Balanchine).