La saison 2015-2016 des retransmissions en direct du Théâtre du Bolchoï a débuté le 11 octobre dernier avec Giselle. Quintessence du ballet romantique, ce ballet créé sur la scène parisienne en 1841 avec dans le rôle titre la célèbre Carlotta Grisi, raconte l’histoire d’une jeune paysanne, Giselle, qui tombe sous le charme d’Albrecht, jeune comte fiancé à Bathilde. Naïve, la jeune fille ne se rendra pas compte de la supercherie. Et lorsque la véritable identité du jeune homme sera révélée, sous le choc, elle sombrera dans la folie et en mourra. Onirique, le second acte, dit acte blanc, voit la réincarnation de Giselle en Willis, fantômes de jeunes femmes mortes avant leurs noces. Menées par leur reine Myrtha, elles se vengent en faisant danser les hommes venus se recueillir sur leur tombe jusqu’à la mort.

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Crédit : Damir Yusupov

C’est la version de Youri Grigorovitch que le Bolchoï présente depuis quelques saisons, avec un premier acte inspiré de Jules Perrot et un second plus en phase avec celui de Petipa. Pour cette retransmission, la compagnie russe a convié deux « stars » du ballet, l’indétrônable Svetlana Zakharova et le rebelle Sergueï Polounin. Si Svetlana Zakharova m’a souvent fait forte impression, sa Giselle m’aura moins convaincue lors de ce premier acte, où la candeur et les traits juvéniles de son personnage manquent un peu à l’appel. Il faut dire que les gros plans, très nombreux lors de cette retransmission, ne pardonnent rien. Son partenaire est discret, les scènes de pantomime étant minimes dans le premier acte de Grigorovitch. Les scènes des villageois sont impeccablement réglés. La danseuse du pas de deux des paysans Daria Khokhlova est charmante mais étonnamment son partenaire, Igor Tsvirko paraît en dessous (pourtant ce danseur m’avait fait forte impression lors de la retransmission de Marco Spada de Lacotte en 2013 ou, plus récemment, lors de la retransmission du Lac des Cygnes en janvier où il jouait le rôle du bouffon).

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Crédit : Damir Yusupov

De cette représentation, c’est le deuxième acte qui m’aura le plus transportée. Svetlana Zakharova y est aérienne, évanescente et immatérielle. La furtive chute survenue au cours du premier pas de deux aura été vite balayée. A ses côtés, Sergeï Polounin émeut en Albrecht. Le danseur se montre très attentif envers sa partenaire. Sa série d’entrechats six aura fait sensation. Mais ce deuxième acte n’aurait pas été aussi intense sans la présence d’Ekaterina Shipulina, qui, interviewée à l’entracte racontait la difficulté du rôle de myrtha, les arabesques penchées à répétition et la concentration que cela demandait pour la danseuse. Véritable souveraine, son personnage est inflexible, intangible. Cette ballerine a une présence incroyable et a une autorité si naturelle, elle est tout simplement parfaite dans le rôle de la reine des Willis. Mention spéciale également à Denis Savin, très convaincant interprète de Hans (le garde chasse), et encore une fois, bravo au corps de ballet et aux beaux ensembles de Willis dont on ne se lasse pas.

Autre intérêt de ces représentations, avoir de plus amples informations sur les ballets. On aura notamment appris qu’Adolphe Adam, compositeur de ce ballet, aurait mis quinze jours pour écrire l’intégralité de la partition.

Un avant-goût de Giselle avant les représentations parisiennes à venir fin mai.

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Impériale Ekaterina Shipulina. (c)Damir Yusupov

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(c) Damir Yusupov