En guise de mise en bouche avant la soirée Balanchine/Millepied/Robbins, l’Opéra de Paris propose aux spectateurs une balade dans les espaces publics du Palais Garnier pour venir découvrir des grands solos du répertoire du XXème siècle. Ce concept, c’est le chorégraphe Boris Charmatz, directeur du Musée de la danse de Rennes*, qui l’a créé. Vingt-quatre danseurs sont répartis dans les différents espaces de Garnier, du grand foyer à la rotonde des abonnés. Ils proposent des solos de trois-quatre minutes, du classique au plus contemporain en passant par le voguing, qui ont marqué le répertoire au siècle dernier. George Balanchine, Pina Bausch, Trisha Brown, Carolyn Carlson, Charlie Chaplin, Isadora Duncan, Rudolf Noureev et bien d’autres sont au programme.

Marie-Solène Boulet

Marie-Solène Boulet dans la Mort du Cygne

Un exercice inédit pour les danseurs de la compagnie, qui, sans costume, sans artifice, et tout simplement en tenue de répétition, se retrouvent à quelques mètres du public seulement. Chacun d’entre-eux expliquant à l’assistance ce qu’ils vont interpréter. On déambulera donc dans les couloirs de Garnier, au gré de ses envies. On ne manquera pas la pétillante Myriam Kamionka en jean baskets dans une variation de Who cares de George Balanchine, avant que Noëmie Djiniadhis ne s’élance dans une danse Bollywood, extrait qu’elle a appris exprès pour le spectacle. Dans le salon du soleil, on s’arrête devant Marie-Solène Boulet interprétant le célèbre solo La mort du cygne, immortalisé par Maïa Plissetskaïa. Avant d’aller voir Alexandra Cardinale dans un extrait de In the middle somewhat elevated de William Forsythe. Plus tard, la ballerine incarne Nikiya et nous plonge au deuxième acte de la Bayadère (Noureev), en attendant le mois de décembre. Changement d’ambiance dans la loggia où les jeunes pousses Caroline Osmont et Marion Gautier de Charnacé se déchaînent sur des danses empruntées au voguing et au hip-hop. Dans le grand escalier, Juliette Gernez se déhanche sur la danse de Brigitte Bardot dans le film « Et Dieu créa la femme », avant que Samuel Murez se lance dans une interprétation réussie de Petrouchka (Nijinsky), puis dans des cartoons. Sans oublier Jean-Baptiste Chavignier dans un solo de Marta Graham dans la rotonde des abonnés. Et pour clôturer cette promenade chorégraphique en beauté, pas question de manquer les improvisations du bondissant Hugo Vigliotti dans le salon du Glacier.

Au final, une expérience intéressante, qui permet d’avoir une grande proximité avec les danseurs et de porter un autre regard sur les chorégraphies. Ces derniers sont d’ailleurs très accessibles, ce qui laisse aux intéressés le temps de leur poser quelques questions sur ce qu’ils viennent d’interpréter, et même à de plus jeunes d’aller demander discrètement un autographe. Et s’il n’est pas possible de voir tous les solos (qui mis bout à bout pourraient durée quatre à cinq heures!), on en ressort au bout d’une heure et demie avec le sentiment d’en avoir bien profité. Il est juste dommage que les distributions, où sont indiqués les emplacements de chaque prestation, ne soient pas données au public dès le début de la représentation. Enfin, une autre remarque concernant l’horaire : 18 heures en semaine c’est un peu tôt.

Stéphanie Romberg dans le Grand Foyer

Stéphanie Romberg dans le Grand Foyer

*Centre chorégraphique National de Rennes et de Bretagne