Vendredi 18 septembre, 22 heures. Avenue Montaigne. C’est face à un parterre debout, avec sa jupe jaune et son chemisier gris telle une petite fille, que Sylvie Guillem a dit au revoir à la scène parisienne. Après Lyon et les Nuits de Fourvière, Londres et le Sadler’s Wells, la tournée d’adieux de la danseuse à la personnalité si singulière s’arrêtait au Théâtre des Champs-Elysées du 18 au 20 septembre pour quatre ultimes représentations dans la capitale.

« Life In Progress« , c’est le titre du spectacle. Pas de best of, mais un spectacle qui va de l’avant. Une vie en mouvement qui se décline en une succession de courtes pièces comprenant deux créations et deux reprises, signées par les chorégraphes fétiches de la danseuse.

Techne d’Akram Khan s’ouvre sur une scène noire, avec au centre un arbre, autour duquel la danseuse ne cessera de se mouvoir. Mi-humaine mi-araignée, elle déploie ses membres avec une agilité, une force et une énergie qui lui sont propres.

Duo de Forsythe est confié à deux danseurs de la compagnie du chorégraphe. Un bel et brillant exercice de construction et déconstruction du mouvement, de questions/réponses avec deux danseurs très doués. Un hommage au chorégraphe qui a tant donné à la danseuse (à l’image de cette éternelle vidéo de In the middle Somewhat elevated qui restera bien longtemps dans les mémoires).

Avant l’entracte, Here & After réunit Sylvie Guillem et la danseuse de la Scala de Milan Emmanuella Montanari pour un duo inédit. Les deux artistes s’essayent à des mouvements inspirés de la Capoeira, une expérimentation qui plait (mais qui lasse un peu), jusqu’à ce que le rythme et la musique s’accélèrent, laissant place à de jolies combinaisons de pas.

C’est de loin le solo Bye, chorégraphié par Mats Ek en 2011 pour la danseuse, qui m’a le plus transportée et bouleversée au cours de cette soirée. Au delà de la prouesse technique, et de cette synchronisation parfaite (au millimètre près) entre l’artiste et la vidéo diffusée sur un écran blanc au centre de la scène, il y a la beauté et la vérité du mouvement. Cette danseuse qui paraît soudain si nature, si vraie, si libre et si insolente…! Sylvie Guillem est dans cette pièce touchante et attachante, tellement jeune qu’il est impossible de penser qu’elle va s’arrêter de danser (et est-ce vraiment possible de réaliser de telles prouesses et d’avoir une telle maîtrise de son corps à cinquante ans ?!).

Les dernières notes des Adieux de Beethoven restent en suspens, la danseuse rentre dans l’écran et se fond dans la foule. Elle revient en scène, bien réelle cette fois, pour un dernier salut, sans artifice, en toute sincérité et sobriété face à un public venu l’applaudir et la remercier. Pierre Lacotte, Ghyslaine Thesmar, Laurent Hilaire, l’un de des grands partenaires sont présents.

C’est une Etoile hors normes, au parcours atypique et à la volonté de fer qui tire sa révérence. Elle s’en va car ne voulait pas qu’un jour son public lui dise que « c’était mieux avant ». Cette facilité déconcertante avec laquelle elle danse et esquisse le moindre mouvement rend cette dernière phrase aberrante, tant elle paraît éternelle. Il n’y aura qu’un seul regret, ne pas l’avoir vu (ou du moins que via des témoignages vidéos) étinceler dans les grands rôles classiques. En attendant, bonne route Madame Guillem !