Laetitia Pujol (Garance) et Mathieu Ganio (Baptiste)

Joyeuses retrouvailles en ce vendredi 29 mai avec les Enfants du Paradis du danseur et chorégraphe José Martinez. Retrouvailles avec les funambules, les saltimbanques, les malfrats et tous ces personnages frivoles qui ont peuplé le Paris du début du XIXeme siècle dans ce lieu célèbre, plus connu sous le nom de Boulevard du Crime.

Créé en 2008, Les Enfants du Paradis est une adaptation du film éponyme de Marcel Carné. Un monument du cinéma dont les personnages de Baptiste, Garance, Lacenaire, Frederick Lemaître et les dialogues écrits par Jacques Prévert sont devenus légendaires. Une remontée dans le temps, une virée dans un Paris fantasmé, entre scènes de foule populaires et instants plus intimistes, le tout dans un univers poétique.

Une idée audacieuse, qui séduit, notamment par sa scénographie originale et intelligente avec son principe du théâtre dans le théâtre, ses effets de lumière et ses décors qui s’enchevêtrent, et par l’utilisation judicieuse des espaces publics de Garnier. José Martinez a suivi la trame du film, le premier acte s’assimilant à la première époque et le second à la deuxième partie du film. Un ballet exigeant sur le plan de l’interprétation et riche en pantomime. Le Danseur étoile s’était entouré à la création d’interprètes de grande envergure pour des rôles taillés sur mesure. En cela, difficile d’effacer les souvenirs impérissables de la Garance d’Isabelle Ciaravola, sa gouaille et sa ressemblance frappante avec l’actrice Arletty… Il serait pour autant dommage de rester dans le passé et de ne pas pousser la porte de Garnier pour se laisser envahir une fois de plus par la bonne humeur contagieuse de ces Enfants du Paradis.


La représentation du 29 mai réunissait bon nombre d’interprètes des précédentes saisons (2008 et 2011) comme Mathieu Ganio, créateur du rôle de Baptiste, Vincent Chaillet en Lacenaire, Muriel Zusperreguy en Nathalie, Karl Parquette en Frédérick Lemaître, accompagné de la ravissante ballerine Nolwenn Daniel.
Le premier acte illustre ainsi la première époque, lorsque sur le boulevard du crime, le clown Baptiste, grâce à son mime, innocente Garance, accusée à tord d’avoir volé une montre… « Je m’appelle Garance, c’est l’nom d’une fleur ». Cette réplique bien connue, c’est celle que justement l’héroïne lance à Baptiste après cette première rencontre. Notre fleur du soir, c’est Laetitia Pujol. Même si elle n’est pas vraiment réputée pour avoir cette « gouaille », la danseuse a ce petit quelque chose qui fait qu’on la regarde en scène. Elle interprète une Garance sincère, fragile par moment mais aussi sûre d’elle. Séductrice au « Rouge Gorge », elle danse avec sincérité et sait troubler Baptiste lors de leur premier tête à tête. Doux rêveur, Mathieu Ganio est un clown triste attachant. Son mime a mûrit et est plus affirmé. Le danseur est à la fois drôle et poétique lorsqu’il innocente Garance. Son interprétation est affinée, et embellie par sa belle danse ample et souple.
Vincent Chaillet est de son côté parfait dans le rôle du dandy assassin. Il compose un personnage noir, cynique et fascine par la finesse de ses déplacements. Muriel Zusperreguy est une Nathalie touchante, et l’on a mal au cœur pour elle lorsque Baptiste la délaisse. N’oublions pas la Madame Hermine survoltée de Stéphanie Romberg et la prestance du Comte de Benjamin Pech (autrefois Lacenaire).
Nolwenn Daniel, Karl Paquette et Charlotte Ranson


Les Enfants du Paradis, c’est aussi le « ballet dans le ballet ». À l’entracte, direction le Grand Escalier pour une représentation d’Othelloavec la belle Charlotte Ranson, sensuelle Desdemone et Karl Paquette en Frédérick Lemaître.
Puis, retour dans la salle de spectacle pour la répétition de Robert Macaire menée par Béatrice Martel. La musique reprend et les ballerines vêtues des tutus en noir et blanc d’Agnès Letestu entrent en scène. Héloïse Bourdon, Marine Ganio, Eléonore Guerineau sont de la partie. Frédérick Lemaître (Karl Paquette) et sa ballerine (Nolwenn Daniel) les rejoignent rapidement. À quelques jours de ses adieux, la danseuse est radieuse, elle enchaine pirouettes et prouesses avec dynamisme et virtuosité. Difficile de réaliser qu’elle tire sa révérence dans quelques jours à peine (le 4 juin pour rappel). La danseuse est mise en valeur par Karl Paquette, très en forme et toujours aussi bon partenaire.
Vincent Chaillet (Lacenaire)


Le second acte se poursuit. Deuxième époque, quelques années plus tard. Baptiste et Nathalie sont parents d’un petit garçon, Garance vit avec le Comte, sans grande conviction… Au théâtre, elle apercevra Baptiste et tout basculera à nouveau. Ultime moment d’amour Garance et Baptiste, le dernier pas de deux est un beau moment. Une dernière scène d’amour avant le départ de Garance, qui prend la fuite, insaisissable, au milieu de la foule enjouée, laissant Baptiste, seul en scène, désemparé.

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