Une semaine après la Première, retour sur la représentation de L’Histoire de Manon du 20 avril dernier. Chorégraphié par le britannique Kenneth MacMillan sur la partition du compositeur français Jules Massenet, ce ballet en trois actes s’inspire directement du roman de l’Abbé Prévost. Le chorégraphe a choisi ici de transposer l’action dans le Paris de 1789, et raconte l’ascension de la jeune Manon, son amour pour Des Grieux, son penchant pour le luxe, l’argent et les hommes, jusqu’à son destin tragique dans les marais en Louisiane. Entrée au répertoire du ballet de l’Opéra de Paris au début des années 90, cette œuvre narrative exige force d’interprétation, maîtrise technique avec des portés vertigineux, mais elle demande surtout de s’imprégner du style MacMillan, car, pour rappel, le ballet a été spécialement créé pour la compagnie du Royal Ballet à Londres.
Laetitia Pujol et Mathieu Ganio lors des saluts


Trois ans après la dernière reprise, cette première représentation de la série réunissait dans les rôles principaux Laetitia Pujol et Mathieu Ganio. Déjà associés dans d’autres ballets (Roméo et Juliette, Le Lac des Cygnes de Noureev, La dame aux Camélias et plus récemment le Chant de la Terre de Neumeier), les deux danseurs forment un duo attachant dont le partenariat fonctionne plutôt bien. Laetitia Pujol, qui faisait sa prise de rôle, n’était pas forcément la Manon Lescaut la plus attendue. Son interprétation est intéressante, sa Manon est encore une femme-enfant au premier acte encore naïve puis de plus en plus féminine, quand elle prend conscience de son pouvoir de séduction, notamment lors du trio avec Monsieur de G.M et son frère Lescaut. Il lui manque encore ce soupçon de séduction pour atteindre cet effet magnétique lorsque au deuxième tableau, dans le salon de Madame, elle plonge telle une sirène et passe de bras en bras parmi les danseurs. Au troisième acte, elle débarque en Louisianne, totalement affaiblie et épuisée, jusqu’à cette dure séquence du gêolier où Des Grieux viendra la sauver jusqu’à la fin tragique et le dernier pas de deux dans les marais.
Mathieu Ganio campe un élégant Des Grieux, éperdument amoureux. Aucun doute, le rôle, qu’il avait déjà interprété en 2012 aux côtés d’Isabelle Ciaravola, lui est taillé sur mesure ! Son Des Grieux a tout pour plaire, une danse noble, des variations de qualité et une interprétation émouvante, encore plus peaufinée et ajustée qu’il y a trois ans, avec un jeu très lisible. Il n’y qu’à suivre son regard, lorsqu’une fois que lui et Manon se sont enfuis de l’hôtel particulier de Madame, quand son visage se ferme dès qu’il fixe le bracelet que Monsieur de GM a offert à Manon. Le danseur monte en puissance tout au long du ballet et est à son summum lors de la  variation dans le bureau du Geôlier. Le pas de deux final (et sa très réussie mise en scène) est bouleversant, avec un Des Grieux touchant pleurant sa bien-aimée.
Stéphane Bullion, Laetitia Pujol, Mathieu Ganio et Alice Renavand


Le frère de Manon, Lescaut, était incarné par un excellent Stéphane Bullion, noir et cynique à souhait. On se souviendra longtemps de cette variation de l’ivrogne. A ses côtés, Alice Renavand est également très à son aise et endosse parfaitement le rôle de la maîtresse. Elle y est piquante et sensuelle. Mention spéciale également au Monsieur de G.M interprété par un Benjamin Pech, parfait dans le rôle du vieux vicieux. Sans oublier le terrifiant Geôlier d’Aurélien Houette.
Petites réserves en revanche quant au corps de ballet. Malgré les courtisanes piquantes de Marine Ganio et d’Eléonore Guérineau, et l’audacieux chef des brigands d’Allister Madin, les scènes du corps de ballet manquent d’audace et restent trop lisses (notamment au premier acte). Les ensembles se dérident un peu lors du second tableau, dans le salon de Madame. A noter, Hugo Marchand qui sort du lot parmi les trois gentilshommes, et que certains auront le plaisir de découvrir en Des Grieux le 20 mai prochain.
Saluts du 20 avril


D’autres Manon se succèderont sur la scène du Palais Garnier, Ludmila Pagliero et Josua Hoffalt, Eléonora Abbagnato et Florian Magnenet, Dorothée Gilbert et Hugo Marchand ainsi qu’Aurélie Dupont et l’italien Roberto Bolle, invité spécialement pour les adieux de la danseuse étoile.
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