Benjamin Millepied a annoncé le mercredi 4 février dernier sa première saison pour le ballet de l’Opéra de Paris. Avec neuf nouveautés chorégraphiques, cette  programmation 2015-2016 s’inscrit dans un projet de six ans. Pour le nouveau directeur du ballet, l’important es de « mettre l’art chorégraphique à la hauteur des partitions ». Trois grands classiques, du Balanchine, du Robbins, de nouveaux chorégraphes et l’arrivée de William Forsythe en temps que chorégraphe résident de l’Opéra de Paris sont au programme.

Une saison aux tendances américaines

Ce n’est pas une surprise. Pour sa première programmation à la tête du ballet de l’Opéra de Paris, Benjamin Millepied avait annoncé qu’il rendrait hommage à ses grands maîtres, les chorégraphes George Balanchine et Jérôme Robbins, dont il a été l’interprète lorsqu’il dansait au New-York City Ballet. Mais ce qui intéresse le directeur, à la tête aujourd’hui de 154 danseurs, c’est de « pousser leur technique avec des chorégraphes d’aujourd’hui ». C’est ainsi que Christopher Wheeldon, Justin Peck et Alexei Ratmansky (pour ne citer qu’eux) seront à l’affiche la saison prochaine, lors de cinq soirées mixtes.

Polyphonia de Christopher Wheeldon avec le NYCB

Soirée Robbins/Millepied/Balanchine.
Révélée à l’occasion du Monde Festival en septembre dernier, cette soirée se compose de deux ballets de Robbins et de Balanchine ainsi que d’une création de Millepied ouvrira la saison 15-16 au Palais Garnier. Ce sera l’occasion de découvrir The dreamer de Jérôme Robbins, portée sur la narration. Thème et Variations de George Balanchine, qui implique rigueur et virtuosité aux danseurs, sera repris. Quant à la création de Benjamin Millepied, elle sera chorégraphiée sur la partition de Nico Muhly. Le directeur a confié lors de la présentation de la saison qu’il s’agira d’un ballet sur pointes inspiré des danses du XVIIème siècle, à l’époque de Louis XIV.
Cette soirée sera présentée du 22 septembre au 11 octobre à Garnier (le 22 septembre étant une avant-première réservée au moins de 28 ans, la première aura lieu le vendredi 25 septembre).

Soirée Christopher Wheeldon/ Wayne McGregor / Pina Bausch.
Placée en l’honneur du compositeur français Pierre Boulez qui fête cette année ses 90 ans, cette soirée marque l’entrée au répertoire de Polyphonia de Christopher Wheeldon, ballet déjà présent au répertoire d’un bon nombre de compagnies. Wayne McGregor relèvera quant à lui le défi de créer sur une partition de Pierre Boulez. Genus avait impressionné en 2007 à sa création par cette nouvelle façon de faire travailler les danseurs, l’Anatomie de la sensation (repris en juin 2015) avait surpris, mais globalement le chorégraphe britannique a réalisé un beau travail avec le Royal Ballet. Benjamin Millepied fait confiance au « bon goût » du chorégraphe et à son intelligence pour bien s’entourer. Enfin, le mythique Sacre du Printemps de Pina Bausch clôturera la soirée. « Le plus beau Sacre » selon Millepied, un monument de la danse pour moi.
La soirée sera présentée à Garnier du 1er au 31 décembre 2015.

Le Sacre du Printemps de Pina Bausch

Soirée Jérôme Bel / Jérôme Robbins.
C’est le retour de Jérôme Bel à l’Opéra, après le solo Véronique Doisneau en 2004. Cette création précèdera le ballet Les variations Goldberg de Robbins (musique de Bach), qui fera son entrée au répertoire du ballet. Une heure de danse pure avec une première partie mettant en exergue le corps de ballet, et une seconde réservée aux Etoiles.
La soirée sera présentée à Garnier du 5 au 20 février 2016.

Soirée Alexei Ratmansky / George Balanchine / Jerôme Robbins / Justin Peck.
Trois entrées au répertoire pour cette soirée, dont Seven Sonatas d’Alexei Ratmansky (le chorégraphe de Psyché) et Duo concertant de Balanchine. L’attraction de cette soirée est l’arrivée de l’américain Justin Peck, qui vient de présenter Rodeo avec le New-York City Ballet. In Creases, sur une musique de Philip Glass, fera ainsi son entrée au répertoire. Benjamin Millepied avait évoqué le nom du chorégraphe dans plusieurs interviews, ce n’est pas une grande surprise de voir son nom à l’affiche de la prochaine saison.
Cette soirée sera également l’occasion de revoir Other Dances de Robbins.
La soirée sera présentée à Garnier du 25 mars au 5 avril 2016.

Soirée Justin Peck / George Balanchine.


Outre l’entrée au répertoire de Brahms-Schönberg Quartet de Balanchine, cette soirée sera l’occasion de voir la première création de Justin Peck sur le concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur de Francis Poulenc. Une création à laquelle le nouveau directeur de la compagnie tient particulièrement. « Avoir deux pianos dans la fosse d’orchestre n’est pas possible dans toutes les compagnies, alors qu’à l’Opéra de Paris, entre Garnier et Bastille, tout est possible », a-t-il expliqué.
La soirée sera présentée à Bastille du 2 au 15 juillet 2016.

Trois grands classiques
La Bayadère et Roméo et Juliette dans la chorégraphie de Noureev seront présentés la saison prochaine. Ce sera également le retour de Giselle, après cinq ans d’absence.

Les ombres de la Bayadère

La Bayadère, Rudolf Noureev.
Les fêtes de fin d’année seront l’occasion de retrouver les temples indiens avec le trio phare formé par Nikiya, Solor et Gamzatti. On ne présente plus la Bayadère, qui est sans conteste l’un des plus beaux ballets classiques remonté par Noureev. Avec vingt-trois représensations Cette reprise sera certainement l’occasion de découvrir de jeunes espoirs de la compagnie dans les rôles titres.
Le grand ballet sera présenté du 17 novembre au 31 décembre 2015.

Roméo et Juliette, Rudolf Noureev.
Tout comme La Bayadère, la version de Roméo et Juliette de Noureev vaut le détour rien que pour sa mise en scène et sa chorégraphie. Une jolie production qui sera une fois de plus l’occasion de voir de nouvelles têtes dans les rôles principaux, la majorité des étoiles ayant participé à sa dernière reprise au printemps 2011 étant à présent à la retraite.
Le ballet sera présenté du 19 mars au 16 avril 2016.

Giselle, Jean Coralli / Jules Perrot.
Le plus romantique des ballets classiques fera son grand retour sur la scène de Garnier après cinq ans d’absence. Attendu par de nombreux balletomanes, ce ballet est sans conteste l’un des grands classiques à ne pas manquer l’an prochain.
Le ballet sera présenté du 27 mai au 14 juin 2016.

Giselle, lors de la dernière reprise en 2009.


Autres soirées : des retours, des créations, innovation

20 danseurs pour le XXème siècle.Investir les espaces publics du Palais Garnier, c’est l’une des missions que s’est donné Benjamin Millepied. Boris Charmatz, directeur du centre chorégrahique national de Rennes, présentera ainsi sa première création pour le ballet de l’Opéra, une pièce constituée de solos qui mobilisera l’ensemble de la compagnie.
Cette création sera présentée du 22 septembre au 11 octobre 2015.

Soirée Anne Teresa de Keersmaeker.
A l’automne, la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker présentera deux chorégraphies encore inédites à l’Opéra : Quatuor n°4 et Die Grosse Fuge. Ces deux pièces ont été créés avant Rain, qui avait été repris à l’automne dernier par le ballet de l’Opéra.
Cette soirée ATDK sera présentée du 21 octobre au 8 novembre 2015.

Soirée Maguy Marin.
Après vingt ans d’absence, la chorégraphe est de retour au Palais Garnier avec une nouvelle création Les applaudissements ne se mangent pas.
La soirée sera présentée du 25 avril au 3 mai 2016.

Soirée Tchaïkovsky
Le nouveau directeur avait annoncé son intention de mettre au point des soirées mêlant opéra et ballet. Cette soirée Tchaïkosky en est la parfaite illustration, preuve que Stéphane Lissner et Benjamin Millepied travaillent en étroite collaboration. Comme à la création en 1982, le dernier Opéra Iolenta de Tchaïkosky sera présenté juste avant Casse-Noisette. Spécialement pour cette production, cinq chorégraphes se partageront la création de la chorégraphie. Pita, Cherkaoui, Lock, Scarlett et Millepied règleront la chorégraphie.
Cette soirée sera présentée du 7 mars au 1er avril 2016.

William Forsythe, artiste résident.

Surprise de cette nouvelle saison, William Forsythe qui avait précédemment annoncé quitté la direction de sa compagnie, devient artiste résident du ballet de l’Opéra de Paris. Il participera notamment à l’Académie chorégraphique mise en place par Benjamin Millepied, pour aider les talents du corps de ballet à se lancer en tant que chorégraphe.
Une soirée dédiée à William Forsythe sera présentée en fin de saison. Approximate Sonata et Of any if and (entrée au répertoire) sont au programme, de même qu’une création du chorégraphe rendant hommage au ballet romantique.
Cette soirée sera présentée du 4 au 16 juillet 2016.


Compagnies invitées

– L’English National Ballet de Tamara Rojo viendra avec sa production du Corsaire au Palais Garnier du 21 au 26 juin 2016.

– La Batsheva Dance Company sera à l’affiche du 5 au 9 janvier 2016 à Garnier.

– La compagnie Rosas d’Anne Teresa de Keersmaeker se produira au Centre Pompidou du 26 février au 6 mars 2016.


Les « Nouveautés »

Un Gala d’ouverture inaugurera le 24 septembre 2015. Un évènement typiquement américain, réservé aux membres de l’Arop. Il sera composé du Défilé du ballet, de Thème et Variations de Balanchine et de la création de Benjamin Millepied.

Autre changement de programme, le Défilé qui s’ouvrait sur la marche des Troyens de Berlioz s’effectuera à présent sur la musique de Wagner (entrée des invités de Tannhäuser). Second changement, le Défilé ne sera présenté la saison prochaine qu’à l’occasion du gala, qui risque de ne pas être accessible à tous. Institution pour de nombreux balletomanes qui aiment venir applaudir leurs danseurs favoris, il est fort dommage de réserver le Défilé (même s’il s’y prête forcément) uniquement aux évènements mondains.

Des « avant-premières » seront réservées au moins de 28 ans dès la rentrée. Le système sera mis en place pour 13 spectacles : 5 ballets et 8 opéras.

Au final, une saison pas si surprenante, la majorité des chorégraphes américains ayant été déjà évoqués il y a quelque temps lors d’interviews. Beaucoup de soirées mixtes (overdose à venir?), mais beaucoup de découvertes, trois grands classiques également au programme, il y aura du choix et de la diversité. Concernant les compagnies invitées, mis à part la venue de l’ENB, les deux autres choix surprennent. Ils s’apparentent plus à la programmation habituelle du théâtre de la Ville. Mais gros bémol, l’augmentation des prix plus que perceptible sur le ballet. En 2006, on pouvait aller voir Giselle sur les strapontins dans l’orchestre. En 2016, la troisième catégorie sera accessible dès 60 euros. Aucun commentaire sur la catégorie optima qui envahit de plus en plus l’orchestre.

Enfin, Benjamin Millepied n’a jamais caché son attirance pour le cinéma et la réalisation. De nouveaux portraits des 17 Etoiles ont été mis en ligne depuis le 4 février dernier sur le site de la nouvelle saison.

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