Le Lac des Cygnes, dans la version de Youri Grigorovitch, était diffusé dans les cinémas en direct du Bolchoï ce dimanche 25 janvier. Dans les rôles-titres, une distribution de premier choix, avec l’illustre Svetlana Zakharova et Denis Rodkin. Troisième direct du plateau historique de Moscou de cette saison 2014-2015, troisième ballet chorégraphié par Grigorovitch et premier direct pour ma part (faute de disponibilités les derniers dimanches après-midis). Un voyage en compagnie du Prince Siegfried, au son de l’intemporelle musique de Tchaïkovski.

Vu, revu et encore revu, Le Lac des Cygnes est l’un de ses grands ballets classiques indémodables, que, selon les versions, on ne se lasse pas de voir et connu de tous ! Pas étonnant que la salle de cinéma soit complète en ce dimanche après-midi pluvieux ! Dans sa version, le chorégraphe Yuri Grigorovitch s’est concentré sur le personnage du Prince Siegfried, jeune homme en passe d’accéder au trône, qui échappe le temps d’un rêve à ses responsabilités naissantes. C’est d’ailleurs lui qui entre en scène le premier, à l’occasion d’une diagonale spectaculaire. Au fil des deux actes et des quatre tableaux, on verra ce personnage jeune et téméraire évoluer : du pas de trois avec ses « amies », jusqu’à la quête de l’amour absolu, symbolisée par le cygne blanc, à la tromperie du cygne noir, jusqu’au final (qui n’a pu être donné dans cette version qu’au début des années 2000, les autorités russes surveillant de près les arguments des ballets à l’époque de Staline). Pour cette captation, c’est Denis Rodkin qui incarne le Prince. Le danseur marque par la propreté de sa danse et ses belles élévations. Son interprétation est juste, il conte l’histoire et l’évolution de ce jeune homme de manière lisible et intelligible. A ses côtés, Svetlana Zakharova, la « star » de la compagnie (et de cette retransmission), interprète le double-rôle du Cygne blanc et du Cygne Noir. Si la ballerine n’a pas toujours été ma favorite parmi les étoiles féminines du Bolchoï, je dois bien avouer qu’elle était impériale dans ce rôle. La danseuse a livré une interprétation majestueuse et de haut niveau, dévoilant une technique impressionnante et maîtrisant impeccablement la dualité du personnage. L’adage du deuxième tableau, tout en suspension, est un beau moment de poésie, même si ce cygne blanc manque d’un soupçon de lyrisme. Le pas de deux du cygne noir reste quant à lui l’un des instants les plus forts de cette captation, où les deux partenaires sont à l’unisson. 

Aux côtés des deux solistes, Artemy Belyakov, est très convaincant dans le rôle du Mauvais Génie, qui, au fil de l’oeuvre, se dessine peu à peu comme l’alter ego du Prince. Igor Tsirvko ravit en bouffon avec son humour et ses sauts époustouflants. N’oublions également pas les danses des fiancées au deuxième acte dont les variations étaient au départ de simples danses de caractères que Grigorovitch a remis sur pointes. Coup de coeur notamment pour la napolitaine, dansée avec grâce et finesse.
Outre son argument, cette production se distingue également par ses décors et sa mise en scène. Les teintes automnales du Palais contrastent avec la pureté du Lac et de ses cygnes. Les danseuses du Bolchoï évoluent en harmonie sur ce lac. Elles forment de belles lignes et de beaux ensembles. Un régal.
Au final, une très belle production, et une partition qu’on ne se lasse pas d’entendre encore et toujours.

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