Avec un peu de retard, retour sur la représentation de Casse-Noisette qui réunissait les étoiles Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio le samedi 29 novembre dernier dans les rôles titres. Une Clara resplendissante et un élégant prince pour nous plonger dans la magie des fêtes de fin d’année.
Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio le 29 novembre dernier
Après les jeunes danseurs, place aux étoiles confirmées. Les rôles de Clara et le double rôle de Drosselmeyer et du Prince, Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio les connaissent plutôt bien. La première a été nommée Etoile le 24 novembre 2007 sur ce ballet, les deux ont déjà dansé ensemble en 2009. Cinq ans plus tard, les deux étoiles se glissent toujours aussi bien dans la peau des deux personnages, ce qui met encore plus en avant la relecture freudienne de Noureev. Ensemble, ils nous transportent dans ce conte de Noël. Plus complices que jamais, les deux Etoiles nous livrent toujours une aussi belle représentation, avec un partenariat qui prend encore plus d’ampleur et donne encore plus de vie et d’expression aux personnages qu’ils incarnent.

Dorothée Gilbert se prête vraiment bien au rôle de Clara. Elle possède cette allure juvénile au premier acte, et incarne cette jeune fille à l’aube de l’adolescence. La petite Clara couve des yeux son parrain qui lui offre son Casse-Noisette. On aime son travail du haut du corps, son travail de pointes, la précision de ses gestes et le mouvement qui s’étend jusqu’au bout de ses doigts. Mathieu Ganio, son partenaire, interprète le double rôle du prince et de Drosselmeyer. Au premier acte, il interprète le parrain de Clara, à la démarche claudiquante, et lui donne ce côté énigmatique et troublant. Il est à la fois bienveillant envers sa nièce à laquelle il offre le fameux casse-noisette. Un pauvre jouet qui aura bien des soucis entre le frère chahuteur Fritz, campé par Daniel Stockes, très convaincant dans le rôle, qui n’hésite pas à faire enrager sa sœur et à briser le cadeau en deux, et les enfants chamailleurs. Mais Drosselmeyer veille, et répare le casse-noisette, renforçant l’émerveillement et ce sentiment ambigu qu’éprouve Clara pour son parrain. Puis, les invités prendront congé, et Clara s’endormira paisiblement… mais pas pour longtemps ! Les petits rats s’attaqueront au sapin de Noël et aux cadeaux, avant de se jeter sur le jouet que tient Clara entre ses bras. C’est alors son casse-noisette, qui prend soudainement vie, qui viendra la délivrer du Roi des rats, après une bataille animée entre petits soldats et petits rats. Un tableau toujours bien mené par les élèves de l’école de danse, si attachants dans leurs costumes, et qui, il faut le souligner, assurent le show !
Mais ce n’est que le début d’un long voyage pour Clara. Une fois la bataille terminée, le Prince entre en scène. Ce premier pas de deux marque l’éveil au sentiment amoureux. Clara est intimidée, puis se laisse porter par son prince et part à la découverte du royaume des neiges. Difficile de ne pas se laisser convaincre par l’élégant Prince de Mathieu Ganio, danseur noble par excellence mais aussi par sa belle qualité de danse. Un très beau pas de deux où les deux étoiles sont à l’unisson, bravant les difficultés techniques. La valse des flocons clôture ce premier acte enchanteur, avec des danseuses toujours aussi légères et aériennes. Sans oublier, les sauts remarquables de Letizia Galloni.

Passé le deuxième pas de deux, où Dorothée Gilbert s’envole littéralement dans les bras de son partenaire, le deuxième acte de Casse-Noisette paraît toujours un peu long. Moins rythmé, le tableau du royaume des songes casse la dynamique insufflée au premier acte. Les divertissements prennent vite le dessus, où Clara intègre dans son rêve de Clara les différents membres de sa famille. Danses espagnoles, mirlitons, chinois entrent en scène. Stéphanie Romberg et Yann Chailloux s’imposent dans la danse arabe. La pastorale clôture les divertissements. Elle est formée par un beau trio avec l’excellent Florimond Lorieux, qui brave avec une facilité déconcertante les difficultés techniques, la charismatique Aubane Philbert et la pétillante Lydie Vareilhes. Suit ensuite le bal, animé par la joie de danser des danseurs du ballet avant les premières notes du grand pas de deux final. Moment de beauté et de virtuosité, il est sans conteste Ce moment est sans conteste l’un des plus beaux passages de ce deuxième acte. Dorothée Gilbert s’est transformée en cette femme et irradie en scène. Mathieu Ganio, avec son allure princière, est,parfaitement en accord avec elle. Leur partenariat fonctionne vraiment bien et une forte complicité se dégage entre les deux danseurs. Les deux Etoiles semblent se comprendre uniquement par le regard, ce qui fait que leur danse s’accorde naturellement. Impeccable variation en solo pour Mathieu Ganio, puis variation réussie de « la fée dragée » pour Dorothée Gilbert avant un final éclatant.

Le rêve touchera bientôt à sa fin et Clara se réveillera dans son fauteuil, entourée de sa famille, son casse-noisette blotti contre elle. Mais Drosselmeyer est déjà parti, Clara se lance à sa poursuite, mais impossible de retrouver son cher parrain, caché quelques mètres plus loin. Le rideau se ferme sur une Clara encore toute émerveillée, assise sous le porche de sa maison avec sa Casse-Noisette et laisse chacun interpréter ce rêve à sa façon…

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