Après les garçons mercredi, c’était au tour des danseuses du ballet de l’Opéra National de Paris de s’élancer ce samedi 6 décembre sur la scène du Palais Garnier pour le concours annuel de promotion. Dix-huit quadrilles, onze coryphées et six sujets se sont présentées. Retour classe par classe sur cette deuxième journée de concours.
Laura Hecquet, promue Première danseuse à l’issue du Concours de promotion
Photo : Sébastien Mathé


Classe des Quadrilles
1. Ida Viikinkoski
2. Jennifer Visocchi
Cinq postes étaient à pourvoir pour les quadrilles, mais le jury – n’ayant pas réussi à se mettre d’accord – en a décidé autrement et seulement deux postes ont été pourvus. Un coup dur pour ces danseuses talentueuses et nombreuses à se présenter hier matin dans l’espoir de progresser dans la hiérarchie du ballet.
Il faut dire que globalement le niveau de cette classe était très homogène et qu’aucune des dix-huit candidates n’a réellement dominé le concours. Même si, il y a eu de très belles prestations (et de haut niveau !). Les candidates avaient pour variation imposée la première variation du pas de trois du premier acte du Lac des cygnes. Les candidates se sont bien sorties des difficultés techniques, mis à part la dernière diagonale où il y a eu quelques accrocs.
Ida Viikinkoski
Photo : Sébastien Mathé
Ida Viikinkoski et Jennifer Visocchi sont les deux heureuses élues de ce concours. Dans l’ensemble, Ida Viikinkoski a fait un beau parcours. Pour son tout premier concours, elle avait choisi la variation du Printemps, extraite de The Four Seasons de Jérôme Robbins. La jeune danseuse s’est révélée très musicale et a dévoilé une jolie personnalité. Dans un tout autre genre, après une variation imposée du même niveau que les autres candidates, Jennifer Visocchi a convaincu le jury avec un choix original : Grand Pas de Twila Tharp (présenté l’an dernier par Lydie Vareilhes). Là aussi, la danseuse a montré son sens de l’artistique. Un choix qui a payé.
Jennifer Viscocchi
Photo : Sébastien Mathé


Pincement au cœur en revanche pour la jeune Alice Catonnet qui a fait elle aussi un beau concours et qui a tout donné dans la variation du Grand pas classique de Gorsky.  Pensée également pour Amélie Joannidès, jolie danseuse lumineuse et solaire, qui alliait légèreté et finesse, dans la variation lente du Corsaire. Une fois de plus, Leïla Dilhac a réalisé un beau concours. L’an dernier, son interprétation de la variation de l’Acte II de Manon m’avait marquée, cette année encore elle s’est distinguée avec la variation de la danseuse en vert extraite de Dances at a gathering de Robbins.
On peut également citer Camille de Bellefon qui a eu le cran de présenter une des variations d’Arepo, rarement choisie au concours de promotion, et de l’interpréter avec brio. A retenir également, la jolie prestation de Lucie Fenwick, à qui le style de Forsythe va si bien.
Classe des Coryphées
1. Léonore Baulac
2. Hannah O’Neill
3. Letizia Galloni
4. Laurène Lévy
5. Fanny Gorse
6. Marion Barbeau
Sans surprise, Léonore Baulac et Hannah O’Neill, les deux grandes favorites sont promues au rang de Sujet.
Pourtant, la variation imposée, celle de Gamzatti à l’acte II de La Bayadère aura donné du fil à retordre aux candidates avec des difficultés techniques qui en auront déstabilisées plus d’une (même les favorites !).
Léonore Baulac
Photo : Sébastien Mathé
Classée première, Léonore Baulac n’a peut-être pas fait le plus beau concours mais s’est sortie honorablement de sa variation imposée et de sa libre, la variation du Printemps, extraite de The Four Seasons de Robbins. La danseuse qui possède un charisme évident et une âme de soliste est logiquement promue, notamment après une année artistiquement très riche entre Daphnis et Chloé de Millepied et sa récente prise de rôle dans Casse-Noisettela semaine dernière.
En deuxième position, Hannah O’Neill a elle aussi réalisé un beau concours. Malgré une petite chute dans la variation imposée (qui a largement surpris l’audience) dansée avec panache, la danseuse a offert au public une bouffée d’oxygène avec La nuit de Walpurgis de Balanchine. Un très beau moment de ce concours où la danseuse a une fois de plus montrer l’étendue de sa personnalité artistique.
Hannah O’Neill
Photo : Sébastien Mathé


Concernant les autres candidates, Marion Barbeau s’est aussi bien distinguée dans son imposée et dans sa variation libre. Elle avait choisi Bhakti de Maurice Béjart, qu’elle a bien interprétée et dans laquelle elle a révélé une certaine autorité. Letizia Galloni a incarné elle aussi une belle Gamzatti, et s’est sortie des difficultés techniques de la variation extraite du Tchaïkovski Pas de deux. Aubane Philbert, danseuse très charismatique, a livré une jolie interprétation du deuxième acte de la variation de Nikiya dans La Bayadère.
Classe des Sujets
1. Laura Hecquet
2. Héloïse Bourdon
3. Sae Eun Park
4. Caroline Robert
5. Marine Ganio
6. Charline Giezendanner
Sans aucun doute, le concours le plus enthousiasmant de cette journée avec de fortes personnalités se détachant dans cette classe.
Le trio de tête formé par Laura Hecquet, Héloïse Bourdon et Sae Eun Park a largement dominé, et incontestablement Héloïse Bourdon (mon coup de cœur de la journée) est la danseuse qui s’en est largement le mieux tirée. Son cygne noir était magnifique, la danseuse y était séductrice et vénéneuse, dévoilant un beau travail de bras. Dans les Mirages de Lifar, où complètement habitée, elle a transporté le public dans un autre temps et nous a fait sortir quelques minutes de l’esprit du concours. Deux prestations transcendantes.
Laura Hecquet s’est également imposée dans la variation du cygne noir, se déjouant des difficultés techniques et mettant en avant ce côté séducteur. Pour sa variation libre, elle avait choisi The Four Seasons de Robbins et la variation de l’automne. Egalement un très joli moment et une variation parfaitement maîtrisée.
En troisième position, Sae Eun Park était impressionnante techniquement dans la variation du Cygne noir. Mais il manquait encore un petit quelque chose du côté de l’interprétation. En revanche, la jeune danseuse a agréablement surpris dans sa variation libre en incarnant une Nikiya très humaine et en faisant ressortir les facettes du personnage.
A signaler également, la très jolie prestation de Marine Ganio, beau cygne noir et très musicale dans sa variation extraite d’Other Dances de Robbins.
Au final, Laura Hecquet est promue Première danseuse. Une très belle récompense pour cette talentueuse danseuse, à la fois dotée d’une technique solide et d’une âme de soliste, et qui mérite amplement ce titre.
Pour autant, cette promotion semble plus se baser sur l’ensemble de la carrière de la danseuse que sur les prestations du jour. Dommage qu’il n’y avait pas eu deux places à pourvoir ce samedi.
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