Qui dit un weekend à Vienne dit forcément une représentation au célèbre Wienner Staatsoper. Entre deux chocolats chauds, retour sur une représentation de Roméo et Juliette dans la version de John Cranko avec les danseurs du ballet de Vienne.

Quand on propose à une balletomane de se rendre à Vienne pour le travail, il est évident que dans les minutes qui suivent elle se connectera sur le site du Wiener Staatsoper pour connaître la programmation (avant même de connaître le sujet et le thème du congrès qu’on lui propose de couvrir d’ailleurs). Et il faut bien l’avouer, la balletomane est encore plus motivée quand il s’agit de faire de nouvelles découvertes! Voilà comment je me suis retrouvée à arpenter les rues de la capitale autrichienne le temps d’un weekend, en faisant un large détour par son mythique opéra.  
Ce dimanche 9 novembre, Roméo et Juliette de John Cranko était à l’affiche de l’Opéra de Vienne. Une occasion de découvrir la version de ce chorégraphe, célèbre pour son Onéguine.

Au centre de cette capitale d’arts et culture qu’est Vienne siège le Wiener Staatsoper. Cette opéra s’impose par son architecture et son histoire (bien amoché lors de la seconde guerre mondiale, la salle de spectacle a été entièrement refaite). Ce temple des arts que sont l’opéra et le ballet (sans oublier les récitals, le bal annuel et les quelques opérettes) est aujourd’hui dirigé par le français Dominique Meyer (ex-directeur du Théâtre des Champs-Élysées à Paris). Il abrite également le Wiener Staatsballet, avec à sa tête depuis 2010 le danseur Étoile Manuel Legris. En 2013, à l’occasion du festival les Étés de la danse, la troupe avait présenté Don Quichotte au Châtelet. Pour ma part, j’avais assisté au gala d’ouverture rendant hommage à Rudolf Noureev. Mais, difficile de porter un jugement sur une soirée rythmée par des pas de deux, pas de trois et courts extraits de ballets. Ce weekend viennois fût l’occasion de découvrir cette belle compagnie, à domicile. 
Histoire connue de tous, Roméo et Juliette fait parti de ces grands classiques que l’on ne se lasse pas de regarder. Qui ne connaît pas (par cœur) la partition (sublime) de Prokofiev? Jusqu’à présent, j’avais eu l’occasion de voir les chorégraphies de Noureev (1985) et de MacMillan (). Celle de Cranko m’était encore inédite. Bien que créée à la moitié du XXeme siècle, cette production ne semble pas avoir pris une ride. C’est la démonstration parfaite du talent de John Cranko pour les ballets narratifs. Son Onéguine est une merveille, son Roméo et Juliette l’est tout autant. La scénographie, la chorégraphie, les décors, tout est lisible, en accord avec l’œuvre de Shakespeare. Du point de vue de la chorégraphie, on perçoit bien le style de Cranko, avec ses pas de deux passionnés et ces portés virtuoses. Les scènes du corps de ballet sont dynamiques, et forment de beaux ensembles. Côté danseurs, Maria Yakovleva est une Juliette exquise. L’évolution de son personnage est perceptible tout au long du ballet : de la jeune adolescente, à peine sortie de l’enfance, à la jeune femme troublée et éperdument amoureuse de Roméo, jusqu’au drame final. Pas de sur-interprétation, tout est juste et bien dosé. Elle est expressive et dévoile une jolie palette de sentiments, de la douceur, beaucoup de passion, jusqu’au déchirement total. Le public parisien avait pu découvrir cette soliste dans Don Quichotte à Bastille en décembre 2012 et lors de la tournée du ballet de Vienne en juillet 2013. (Inverser) après des rôles plus virtuose, ce fût l’occasion de la découvrir dans un ballet plus dramatique. La danseuse se distingue également par sa technique sans faille, elle est légère et semble voler dans les bras de son partenaire. 
Robert Gabdullin est un Roméo touchant et attachant. Un grand romantique et un bel amoureux transi. 
Les deux danseurs forment un très beau duo, fort bien assorti. Ensemble, ils ont fait vivre au public deux beaux pas de deux fluides, intenses et chargés en émotion. Ils irradient dans celui du balcon au premier acte, et celui de la chambre de Juliette au début du troisième. Coup de cœur également pour le facétieux Mercutio  de Richard Szabo. Ses variations étaient à la fois pleines d’humour et virtuoses. Kirill Kourlaev campait quand à lui un Tybalt à la fois autoritaire et charismatique. 
Mention spéciale également au corps de ballet et à son énergie, des scènes de batailles à l’épée aux fêtes de village, ainsi qu’aux autres solistes, notamment à Dagmar Kronberger, qui incarnait Lady Capulet, poignante et déchirante lors de la scène de la mort de Tybalt, ce qui reflète bien l’ambiguïté de sa relation avec le cousin de Juliette.  
Maria Yakovleva et Robert Gabdullin

En résumé, une belle découverte de cette version de Cranko. Même si je garde une préférence pour la version scénarisée de Noureev, ce fût une agréable soirée avec des solistes touchants, des danseurs plein d’énergie. Maria Yakovleva est une très belle Juliette. Une belle compagnie qui a reçu des applaudissements bien nourris de la part d’une salle comble, visiblement conquise.
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