La saison chorégraphique 2013-2014 touche à sa fin. L’occasion de revenir sur les moments forts de cette année, ponctuée par de nombreux évènements danse. Entre grandes émotions, révélations, regrets, « flop »… comme chaque année, le bilan est assez hétérogène. Il faut dire que cette saison s’annonçait particulière pour le ballet de l’Opéra de Paris, avec pas moins de trois soirées d’adieux d’Etoile programmées (et pas n’importe quelles Etoiles). Entre les soirées renvoyées aux oubliettes, les souvenirs impérissables qui resteront à jamais gravés dans nos vies de balletomanes, voici un bilan personnel (non exhaustif) de ces douze derniers mois.
Isabelle Ciaravola lors de ses adieux en février dernier


Parmi les plus beaux instants de cette saison, s’il y a une date qui restera gravée dans les mémoires de nombreux balletomanes, c’est bien la soirée d’adieux d’Isabelle Ciaravola le 28 février dernier. Aux côtés d’Hervé Moreau, cette interprète hors-pair nous a tour à tour fait rêver, émus et bouleversés. C’est une Etoile (avec un E majuscule) au sommet, qui a tiré sa révérence ce soir-là. Un dernier salut dans le rôle dans lequel elle a été nommée quatre ans plus tôt. Les vingt minutes d’acclamation qui ont suivies cette représentation étaient amplement méritées. Une soirée touchante, sincère et émouvante avec un public fidèle venu en grande masse spécialement pour rendre hommage à cette belle artiste. Un des plus beaux instants de cette saison. Pour ma part, cette grande artiste aura à tout jamais marqué des rôles comme Tatiana, Marguerite Gautier (La dame aux Camélias, Neumeier), Manon (L’Histoire de Manon, MacMillan) et je garderai un souvenir fort de chacune de ses apparitions.


Revenons à présent aux grands classiques avec la reprise tant attendue (depuis neuf ans quand même) de La Belle au bois dormant à Bastille. Avec ses décors fastueux, grandioses et la partition féérique de Tchaïkovsky, qui pouvait résister au charme du ballet des ballets ? Une production qui nous a fait passer de belles fêtes de fin d’année. L’adage à la rose vibrant d’Amandine Albisson lors de sa
prise de rôle réussie le 21 décembre dernier ou encore la variation du lente au deuxième acte du prince de Mathieu Ganio. Enfin, scotchée par la prestation de Myriam Ould Braham et Mathias Heymann dans les rôles titres (vue en retransmission) ou encore la merveilleuse fée d’Eve Grinsztajn.
Du côté du néoclassique, n’oublions pas la dernière série du plus romantique des ballets : La Dame aux Camélias de Neumeier, programmé à l’automne. Une série marquée par les adieux de l’Etoile Agnès Letestu à l’occasion d’une magnifique représentation. Touchante et tellement vraie, ce rôle collait à la peau de la danseuse. Entourée par une distribution de haute volée avec Stéphane Bullion en Armand Duval et la fantastique Eve Grinsztajn en impitoyable Manon, Agnès Letestu était Marguerite jusqu’au bout des ongles, jusqu’à la fin du troisième acte, avant de recevoir une ovation de la part d’un public plus que conquis. La dernière étoile repérée par Noureev s’en est allée.
Agnès Letestu lors de ses adieux à l’automne dernier


Moment médiatique de cette saison, la création Daphnis et Chloé de Benjamin Millepied. Que ce soient Aurélie Dupont et Hervé Moreau ou Laëtita Pujol et Mathieu Ganio, plutôt enthousiasmant avec de beaux instants chorégraphiques, mise en valeur du corps de ballet exploitant intelligemment les personnalités de chacun. Souvenir fort de la générale où la prestation de François Alu dans le rôle du pirate Briaxys m’aura laissée sans voix. Dommage que le Palais de Cristalde Balanchine, programmé en première partie, était en demi-teinte.
D’autres moments de poésies et de découvertes ont ponctué cette saison chorégraphique. Une pensée pour la jolie reprise de Dances at a gathering de Jérôme Robbins : un moment de poésie rare et une redécouverte de ce ballet qui m’avait moins convaincue deux ans plus tôt. De beaux souvenirs avec le danseur en brun de Mathieu Ganio, ou encore les prestations d’Aurélie Dupont, Ludmila Pagliero. Une série marquée par les adieux à la scène de Christophe Duquenne, très beau danseur qui aura lui aussi laissé de beaux souvenirs.
Dans un autre style, la découverte de Notre-Dame de Paris de Roland Petit ces dernières semaines (malgré les costumes extravagants, pensée particulière pour Phoebus). Regret tout de même de n’avoir pu assister à la dernière représentation de Nicolas Le Riche en Quasimodo. A l’automne, le Doux mensonges de Kylian aura réussi à me transporter dans un tout autres univers, doux souvenir (contrairement à la création de Teshigawara qui m’aura plutôt laissée de marbre en première partie de soirée).
Enfin, belle découverte du tandem Fall River Legend (avec une Laetitia Pujol purement convaincante et un partenariat intéressant avec Pierre-Arthur Raveau) et du style Birgit Culberg avec Mademoiselle Julie.
Hors Opéra de Paris, le Marco Spada remonté par Pierre Lacotte pour le ballet du Bolchoï m’aura particulièrement enthousiasmée (comme quoi, même un ballet au cinéma peut arriver à vous transporter). Manuel Legris et Olga Esina auront lors du Gala dédié au danseur fait rire le Palais des Congrès dans le pas de deux extrait de la Chauve-Souris de Roland Petit. De leur côté, Marianela Nunez et Thiago Soares ont enflammé la salle avec leur prestation dans Don Quichotte
Coup de cœur également pour le Swan Lake de Dada Masilo. Enfin mention spéciale à la compagnie du San Francisco Ballet pour leur tournée parisienne à l’occasion des Etés de la danse : découverte de belles personnalités comme Maria Kotchekova ou Sofiane Sylve. Un plaisir également de revoir Mathilde Froustey, complètement épanouie, sur la scène du Théâtre du Châtelet.
Nicolas Le Riche entouré de Karl Paquette et Josua Hoffalt après le Boléro le 9 juillet dernier.


En guise de « clap de fin », cette saison chorégraphique se sera clôturée en beauté avec la dernière révérence de Nicolas Le Riche et sa soirée d’adieux du 9 juillet dernier. Parmi les moments forts de cette soirée, citons le Jeune Homme et la Mort avec un Nicolas Le Roche survolté et une Eléonora Abbagnato envivrante. Le duo Sylvie Guillem/ Nicolas Le Riche, reformé pour l’occasion. En guise de final, le dernier Boléro restera indéniablement un pur moment avec un Nicolas Le Riche emportant tout sur son passage. Un véritable hymne à la danse.
Cette dernière soirée à Garnier a incontestablement marqué la fin d’une ère et une page s’est définitivement tournée. A voir à présent ce que nous réserve l’avenir…
Entre un premier poste en province, une nouvelle vie, quelques barrières se sont dressées sur mon chemin cette année pour assister à l’intégralité des représentations du ballet de l’Opéra ou dans d’autres théâtre. Mais le bilan est loin d’être désastreux, avec au final la possibilité de venir voir la quasi-totalité de la saison (avec de temps en temps deux distributions par série). Dans les autres théâtres, le bilan affiché est moins glorieux, faute de temps. Mais l’année prochaine sera à coup sûr rythmée par les allers et retours dans la capitale, toujours à l’affût de nombreux spectacles, de nouvelles découvertes et de représentations mémorables, telle une balletomane insatiable. Parce qu’une vie sans voir de ballets manquerait tellement de piment…

Pour la suite des évènements, rendez-vous en septembre.
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