Le 19 décembre 1998,  j’assistais à ma première représentation à l’Opéra. La Bayadère avec Nicolas Le Riche dans le rôle de Solor. Le 9 juillet 2014, j’étais présente pour la soirée d’adieux – ou plutôt d’au revoir – de cet artiste à l’Opéra Garnier. Retour sur cette belle soirée, émouvante et intense.

Nicolas Le Riche saluant une dernière fois son public.

Une soirée de gala retraçant les grands moments de sa carrière, c’est ce que Nicolas Le Riche a souhaité. Une soirée mettant à l’honneur Roland Petit, Maurice Béjart, Rudolf Noureev et Mats Ek. Des chorégraphes et des rencontres qui ont marqué sa carrière d’étoile, des personnalités avec lesquelles il a travaillé, grandi, évolué. Cette soirée en trois temps, avec ses moments plus intenses, laissera un beau souvenir dans les mémoires des nombreux spectateurs venus célébrer une toute dernière fois Nicolas Le Riche, sa générosité, sa soif et sa joie de danser.

En guise d’entrée en matière, la soirée s’est ouverte avec Mathieu Chedid. Un duo, furtif pas de deux, entre l’étoile et le chanteur. Une chanson, « Où aller ? » qui dans son contexte prend tout son sens. La mise en scène est simpliste. Du fond de la scène, Nicolas Le Riche esquisse des mouvements, et s’empare peu à peu de la scène de Garnier. La chorégraphie pourrait paraître presque banale, mais elle ne l’est pas. Classique, puis plus contemporaine, on reconnaît de temps à autre des pas extraits des grands rôles que le danseur a interprété tout le long de sa carrière.

Saluts de la soirée de gala

La suite laisse place à la danse et à un extrait des Forains de Roland Petit. Moment symbolique, le danseur revient en scène avec les élèves de l’école de danse pour l’ouverture du ballet de Roland Petit. Le rideau du chapiteau installé, le danseur viendra lui même annoncé le nom du jeune Francesco qui a dansé avec panache la variation du tambour du Bal des cadets, l’un des premiers rôles de soliste que Nicolas Le Riche a tenu alors qu’il était encore à l’Ecole de danse. Les jeunes élèves sont rapidement chassés par les sarrasins et les danseurs du tableau de Raymonda de Noureev. Cet extrait, si peu dansé, était le seul bémol de cette soirée. peu de danse était présente dans cet extrait. Les variations des solistes, les étoiles Dorothée Gilbert et Stéphane Bullion, ont été retirées. Les étoiles n’étant pas en grande forme, ce sont plus les demi-solistes qui ont fait preuve de dynamisme avec notamment les charismatiques Aubane Philbert et Allister Madin, suivis de Daphné Gestin et Yann Saïz.
Après une courte pause, retour dans l’ambiance du début du XXième siècle et des ballets russes avec l’Après-midi d’un faune de Nijinski. Un rôle dans lequel le félin Nicolas Le Riche s’est s’y souvent illustré. Ce soir là, le faune était interprété par Jérémie Bélingard (de retour sur la scène de Garnier) au côté de la séduisante Eve Grinsztajn.

Eléonora Abbagnato et Nicolas Le Riche

C’est après l’entracte que la soirée a décollé, lorsque le rideau s’est ouvert sur Nicolas Le Riche et sa salopette dans le décor du Jeune homme et la mort. Même en l’ayant vu plusieurs fois, on ne peut se lasser de cette pièce emblématique que Roland Petit a confié lui-même au danseur Étoile. Et à chaque fois, l’émotion est aussi forte, intense. Comment le regard ne peut-il pas être captivé par l’énergie que dégage le danseur, par cette puissance, cette présence scénique incroyable et cette tension qui émanent de cette pièce. En déséquilibre, il bondit, vole, se raccroche à la table. Eléonora Abbagnato est là également. Elle incarne la mort. Séductrice fatale. Cette prestation du jeune homme restera à nouveau gravée dans les mémoires avec deux artistes au sommet. Une ovation accueille, plus que méritée, accueille les deux interprètes à la fin de la pièce.

Sylvie Guillem et Nicolas Le Riche

La troisième et ultime partie s’est ouverte avec le pas de deux de la porte extrait d’Appartement de Mats Ek. Un moment légendaire puisque pour l’occasion Nicolas Le Riche avait convié Sylvie Guillem. Les deux interprètes se retrouvaient pour le pas de deux de la porte, deux êtres qui se cherchent, se retrouvent, puis se cherchent à nouveau. Un autre grand moment de cette soirée.
Après le discours bien orchestré de Guillaume Galienne, un extrait de Caligula, chorégraphié par Nicolas Le Riche lui-même était présenté. Audric Bézard s’est illustré dans le rôle du cheval Incitatus, aux côtés de Mathieu Ganio dans le rôle de Caligula. Dommage que le danseur étoile n’ait pas eu un peu plus à danser.

Josua Hoffalt, Nicolas Le Riche et Karl Paquette après le Boléro

Cette soirée s’est terminée en apothéose avec le Boléro de Maurice Béjart. La toute première fois que j’ai vu ce Boléro avec Nicolas Le Riche je suis restée scotchée, presque tétanisée, transportée… Ce mercredi 9 juillet, c’est une autre émotion qui m’a gagnée. Par ce Boléro, Nicolas le Riche transmettait ce qu’il avait de plus cher : ce bonheur de danser, cette sincérité. Le Boléro du 9 juillet restera dans les mémoires car il prenait une signification toute particulière. Personne n’oubliera ce sourire irradiant la scène qu’affichait le danseur jusque dans les derniers mouvements. Un beau cadeau d’au revoir. 
Le boléro s’est bien entendu terminé sur une ovation de trente minutes, avec le Palais Garnier debout, ne se lassant pas d’applaudir et de célébrer le danseur étoile. Des « Nicolas, Nicolas »fusaient de part et d’autre de la salle. Un bel hommage, une belle fête pour célébrer ce grand artiste. Entre paillettes et confettis, parmi les moments émouvants de cette soirée, on se souviendra de Claude Bessy, venue en scène saluer l’artiste, puis prendre Sylvie Guillem dans ses bras.
Applaudissements chaleureux pour Nicolas Le Riche

Une page qui se ferme. Rendez-vous au mois de novembre au théâtre des Champs-Elysées pour la carte blanche.

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