Depuis le 30 juin dernier, le ballet de l’Opéra de Paris reprend Notre-Dame de Paris de Roland Petit. Porté disparu des programmations depuis 2001, le ballet fait en cette fin de saison son retour sur la scène de Bastille. Alors que cette série est marquée par les adieux de Nicolas Le Riche, retour sur la distribution réunissant Stéphane Bullion (Quasimodo), Audric Bezard (Frollo) et Florian Magnenet (Phoebus) autour de la belle Esmeralda, campée par Alice Renavand.

Saluts de Notre-Dame de Paris



Ballet aux couleurs flamboyantes, à la scénographie – certes datée mais impressionnante par sa grandeur et par l’ingéniosité des décors de René Allio-, Notre-Dame de Paris mêle danse, théâtre et musique autour de la partition de Maurice JarreRoland Petit y condense en une heure et demie l’histoire du roman phare de Victor Hugo. Dans le Paris du Moyen-Âge, des abords de la Cathédrale au fin fond de la Cour des Miracles, le chorégraphe réunit les quatre personnages principaux, à savoir Esmeralda, Quasimodo, Frollo et Phoebus. 
Pour cette matinée du 5 juillet, les protagonistes – respectivement Alice Renavand, Stéphane Bullion, Audric Bezard et Florian Magnenet – ont formé un quatuor homogène équilibré, incarnant des personnages à l’interprétation intéressante et bien dosée. 
Alice Renavand est une Esmeralda voluptueuse, séductrice et charnelle. Personnage central, elle a cette façon d’intéragir différemment chaque personnage, d’apporter des nuances dans son jeu, créant ainsi une alchimie différente avec chacun d’entre-eux. Elle est attachante avec Quasimodo, séductrice avec Phoebus, mal à l’aise avec Frollo, puis terrorisée lors de la scène du cauchemar. 
Stéphane Bullion est quant à lui un Quasimodo convaincant. Personnage torturé, ces gestes contraints révèlent sa soumissions aux ordres de Frollo. Il exécute cette succession de mouvements saccadés dans cette enveloppe difforme, son épaule relevée et prend peu à peu conscience de combien il a été berné et manipulé. Il sauve alors la belle gitane des griffes du peuple. Dans le costume de l’affreux, il dégage une sensibilité. Son personnage en est attachant. Son pas de deux, très tendre, avec Esmeralada est l’un des plus beaux instants de cette représentation.
De son côté, Audric Bezard et sa silhouette longiligne interprètent le personnage torturé et glacial de Frollo. Le danseur y fait ressortir toute la noirceur et la complexité du personnage. Cette tension et ce désir de la chair, qui le hantent, émanent de ces mouvements à la fois impeccable et amples, contrastant avec les mouvements saccadés et la perte de contrôle de cette main, qui lui échappe brusquement et tourne dans tous les sens. Une interprétation fine et une très belle prestation ! Quant à Florian Magnenet, il tient plutôt bien le rôle du beau gosse à la perruque blonde et au costume quelque peu ridicule. Le séducteur qu’il incarne ne résiste pas au charme d’Esmeralda. Une note d’humour supplémentaire aurait parfait son jeu d’acteur. 


MAIS ce qui fait sans aucun doute la force de ce ballet sont les ensembles de danseurs avec ses mouvements frénétiques à l’unisson. Il faut dire que pour cette série le corps de ballet est très en forme. La fête des fous est une bonne entrée en matière avec un Hugo Vigliotti spectaculaire et bondissant. Vêtus de leurs costumes colorés (signés Yves Saint Laurent), censés rappeler les vitraux de Notre-Dame, les danseurs exécutent les mouvements à la mesure près. Une synchronisation totale. Une belle énergie. De la fête des fous, on passe à l’ambiance inquiétante de la cour des miracles, jusqu’à l’ultime condamnation d’Esmeralda. Telle une pièce maîtresse, le corps de ballet est l’une des forces de ce ballet.  La scène du procès de l’attaque de la cathédrale sont des tableaux qui restent gravés dans les mémoires. Forts et intenses, tels des scènes de films, ils sont en osmose totale avec la musique. Ce ballet est construit tel un scénario, bien ficelé. Quand certains tableaux prêtent à sourir (pensez aux petits soldats), d’autres vous émeuvent. Illustration avec la scène finale où Quasimodo étrangle Frollo alors qu’Esmeralda vient d’être condamnée. Les derniers instants du ballet où Quasimodo tient le corps inanimé et si léger de la gitane est si belle qu’elle en devient particulièrement émouvante. Une fin tragique, un tableau poignant.

 

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