Retour sur la soirée Balanchine / Millepied du jeudi 29 mai avec le Palais de Cristal et l’impériale Agnès Letestu, suivie d’une distribution exaltante de la deuxième distribution de Daphnis et Chloé.
Saluts du Palais de Cristal
Au fil des distributions et des représentations, le Palais de Cristal de George Balanchine n’a pas la même allure. Les quatre mouvements qui composent la Symphonie en Ut de Bizet sont plus ou moins longs. Deux raisons à cela : les solistes et le corps de ballet en demi-teinte (avec la présence de nombreuses surnuméraires et élèves de l’Ecole de danse venues en rescousse au ballet). Malgré tout, le Palais de Cristal et sa rigueur académique conservent leur charme grâce à l’élégance et au raffinement d’Agnès Letestu, invitée à l’occasion de cette série. La danseuse étoile, qui avait fait ses adieux en début de saison, montre l’étendue de son talent et sa présence (indiscutable) sur scène dans ce romantique deuxième mouvement. Dommage que son partenaire, Vincent Chaillet, ne la mette pas plus en valeur. Les tours sur pointes en demi-pliés en ont pâtit. Autre belle surprise de cette soirée, le troisième mouvement avec la ravissante Héloïse Bourdon. Dans ce mouvement redoutable, dû en partie à la rapidité de la musique, il arriven que les danseurs ne soient plus en mesure. Ce jeudi, Héloïse Bourdon s’est montrée musicale et rayonnante en scène. Son partenaire, Audric Bezard, était loin d’être en reste. Amandine Albisson et Josua Hoffalt ont dansé l’Allegro avec caractère et entrain. Malgré leur solide technique, ce premier mouvement manquait de piquant et était un peu longuet sur la fin. Dans le quatrième mouvement, Valentine Colasante et Alessio Carbone se retrouvaient avant d’être rejoints sur scène par l’ensemble des danseurs pour un final « scintillant ».
Agnès Letestu et Vincent Chaillet

Amandine Albisson et Josua Hoffalt

Héloïse Bourdon

Avec Daphnis et Chloé, Benjamin Millepied signe sa troisième création pour le ballet de l’Opéra de Paris. Ce ballet captive par l’adéquation entre la chorégraphie, dans laquelle on retrouve les influences américaines, la scénographie de Daniel Buren et la musique de Ravel. Le chorégraphe et futur directeur du ballet avait prévenu. Il adapterait ses chorégraphies en fonction des danseurs, de leur personnalité et de leurs propositions. L’effet est visible avec la seconde distribution de cette création réunissant Laëtitia Pujol et Mathieu Ganio. Les deux Étoiles nous transportent dans leur univers. 
Laetita Pujol (Chloé), Mathieu Ganio (Daphnis)
et Léonore Baulac (Lycenion)
L’histoire de leur Daphnis et Chloé est palpable et on se laisse guider le long de la partition de Ravel. Leur danse est plus expressive et plus exaltée. Les sensations et émotions sont sensiblement différentes du couple formé par Aurélie Dupont et Hervé Moreau. Il faut dire que depuis quelques saisons, ce couple se retrouve souvent en scène (Roméo et Juliette et La Dame aux Camélias entre autres) et fonctionne plutôt bien. Laetitia Pujol a tendance à extérioriser ses sentiments et à apporter beaucoup de nuances à sa danse. Quant à Mathieu Ganio, avec son air juvénile, il offre une danse élégante et pure. Son interprétation est toujours juste et au plus près du personnage.  Ils donnent une énergie nouvelle au pas de deux du lever du jour. Bien entendu, l’amour naissant de ces jeunes tourtereaux est remis en question par des éléments perturbateurs. D’abord Dorcon, incarné par un Marc Moreau très en forme, qui s’entiche de Chloé. Lycenion interprétée ce soir là par Léonore Baulac (qui remplaçait Eve Grinsztajn) s’attaquera quant à elle Daphnis. Le pas de deux Daphnis/Lycenion de ce jeudi 29 mai restera d’ailleurs en mémoire, avec une Léonore Baulac se révélant être une séductrice redoutable. Bryaxis s’en mêlera aussi et viendra enlever Chloé. Dans ce rôle, Pierre-Arthur Raveau fait ressortir la noirceur de son personnage. Il livre une prestation différente de François Alu mais pas moins inintéressante. Enfin, n’oublions pas les gracieuses nymphes et les lumineuses Amélie Joannides, Marine Ganio, Lydie Vareilhes. L’un des moments doux et poétique de cette pièce étant lorsque les nymphes redonnent vie à Daphnis, étendu sur la scène. Autre beau moment, lorsque les danseurs reviennent tous en scène, dans un final haut en couleur, insufflant une énergie nouvelle.
Saluts de Daphnis et Chloé
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