Dimanche 30 mars avait lieu la dernière retransmission au cinéma en direct du plateau du Théâtre du Bolchoï. Pour cette dernière de la saison 2013-2014, le ballet présentait Marco Spada, ballet chorégraphié à l’origine par Joseph Mazillier et remonté par Pierre Lacotte.


Marco Spada ou La fille du bandit est dansé pour la première fois sur la scène de l’Opéra de Paris le 1er avril 1857. Chorégraphié par Joseph Mazillier, également chorégraphe du célèbre Paquita, il tombe aux oubliettes avant d’être remonté par Pierre Lacotte en 1973, avec dans les rôles principaux Ghyslaine Thesmar et Rudolf Noureev. En novembre 2013, c’est au répertoire du Bolchoï que le ballet pantomime fait son entrée.
S’il y avait bien une retransmission en direct du Bolchoï à ne pas rater cette saison, c’est bien celle de Marco Spada. Annoncé en janvier dernier suite à un changement de planning, le ballet l’Age d’or étant initialement prévu. Le ballet nous conte l’histoire du bandit Marco Spada, de sa fille Angela, de la marquise Sampietri, du Prince Frederici et du Comte Pepinelli. Et pour incarner ces héros, le ballet du Bolchoï a aligné une série d’Etoiles et de solistes impressionnante avec le virtuose David Hallberg dans le rôle titre, l’exquise Evgenia Obratsova, l’élégante Alina Somova et les excellents Semyon Chudin et Igor Tsvirko.
Qui ne peut résister au charme du Marco Spada de David Hallbberg ? Le danseur est incontestablement le héros de cette représentation. Il possède cette technique et cette prestance. Il impressionne par sa virtuosité avec des sauts, des réceptions propres et une petite batterie vive, caractéristique de l’école française. Le danseur a étudié un an à l’école de danse de l’Opéra de Paris et, lorsqu’il a été interviewé par Katerina Novikova, il a avoué que l’enseignement reçu l’a bien aidé pour intégrer et digérer la succession de petits pas rapides et précis. Car il faut bien le dire (soyons chauvin) Marco Spada est un ballet typiquement français : que ce soit dans la technique avec ses pas rapides, ses battus et enchaînements virtuoses, sans oublier cet art de la pantomime. Outre la technique, David Hallberg campe un personnage complexe, à la fois bandit et homme de la haute-société. David Hallberg a précisé lors de son interview qu’en novembre il s’était plus concentré sur les pas, pour bien effectuer les enchaînements. Maintenant qu’il les maîtrise, il s’est focalisé sur l’interprétation et la double facette de son personnage. A ses côtés, Evgenia Obraztsova incarne la féminine Angela, éperdument amoureuse du Prince Frederici. Avec son charme, sa délicatesse et sa technique, cette belle danseuse apporte beaucoup au rôle et est bien assortie à David Hallberg. Une belle complicité émane des deux danseurs, le lien père-fille est plus que crédible. Quant à Olga Smirnova, elle incarne avec beaucoup de classe et d’élégance la marquise Sampietri. Dotée d’une technique classique merveilleuse, la danseuse se distingue par sa danse, qui, du moindre dégagé au moindre port de bras, est plus que raffinée. Semyon Chudin qui campe le Prince Frederici impressionne par sa technique et son élégance. Lui aussi réussit ses variations avec brio. Tandis qu’Igor Tsvirko montre de beaux talents de comédien dans le rôle du Comte Pepinelli.
Sans oublier un corps de ballet impeccable : les danseurs sont ensemble, les lignes sont des lignes, le tout sans fausse note. Et surtout, ces danseurs semblent s’amuser et, même à travers l’écran, on sent leur joie de danser. Ce corps de ballet vibre à l’unisson, ce qui donne encore plus de rayonnement aux solistes en scène et encore plus d’étoffe au ballet. N’omettons pas de parler des jeunes danseurs interprétant le pas de deux des fiancés au premier acte avec les talentueux Anastasia Stashkevitch et Viacheslav Lopatin qui nous régalent d’un beau divertissement. C’est la première fois qu’un ballet retransmis en direct au cinéma me fascine et me passionne autant. Un beau ballet que l’on aimerait bien voir en France. Entre cette succession de divertissements, de pas de deux et de variations, la danse classique est à l’honneur. Un régal pour les yeux.

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