Du 21 février au 13 mars dernier, le ballet de l’Opéra présentait un programme consacré à deux chorégraphes féminines mettant en lumière le destin tragique de deux femmes. Retour sur la représentation du 22 février dernier en matinée, avec la deuxième distribution.

Laetitia Pujol et Pierre-Arthur Raveau


Fall River Legendde la chorégraphe Agnès de Mille ouvrait cette soirée contemporaine. Si je ne regrette pas d’avoir vu cette matinée, c’est certainement pour cette pièce qui relate un fait divers. Celle-ci met en effet en scène le meurtre à coups de hâche du père et de la belle-mère de Lizzie, une jeune fille américaine. Elle s’ouvre à l’heure de la potence, alors que le danseur Sébastien Bertaud annonce avec un certain aplomb la condamnation de la jeune femme. Dans le rôle principal lors de cette matinée, Laetitia Pujol. La danseuse Etoile s’est avérée être touchante dans le rôle, incarnant un personnage complexe, torturé et sincère. Son partenariat avec le jeune Pierre-Arthur Raveau, qui incarnait le pasteur avec lequel Lizzie découvre le sentiment amoureux et qui la soutient jusqu’au verdict final, était très intéressant. Le danseur fait preuve d’une grande maturité.
Même si le ballet paraît vieilli, on aime ce contraste entre les danses américaines dans lesquels on ne peut que remarquer la gracieuse et lumineuse Léonore Baulac, aux scènes plus sombres, psychotiques où Lizzie nous entraîne dans son esprit torturé et meurtri, entre flash back et réalité, jusqu’à ce que l’on découvre la robe immaculée de sang de la jeune accusée. Alors que la mise en scène de la pièce intrigue au départ, quelques longueurs apparaissent peu à peu, malgré le bon vouloir des danseurs. Un ballet qu’il faut avoir vu au moins une fois.
Eléonora Abbagnato et Stéphane Bullion


Vingt minutes et un entracte plus tard, Mademoiselle Julie de Brigit Cullberg nous plonge dans une autre ambiance, non dénuée d’humour. Après les décors sombres d’Agnès de Mille, place aux couleurs acidulées de la chorégraphe suédoise. Mais si vous pensiez avoir échappé à la noirceur du ballet précédent, détrompez-vous ! Une fois de plus l’argument de la chorégraphe et mère de Mats Ek, met en exergue le destin tragique d’une jeune aristocrate. Eléonora Abbagnato incarne avec élégance et fermeté la fameuse Mademoiselle Julie. Même si je trouvais que l’interprétation de la danseuse s’assimilait plus à une courtisane qu’à une châtelaine, la danseuse étoile est bien plus à son aise et en confiance ici qu’en décembre dans le rôle titre de La belle au bois dormant. Et on ressort plutôt jaloux de ses longues jambes ! A ses côtés, Stéphane Bullion change de registre, il délaisse les ténèbres au profit du cabotinage et fait sourire en ivrogne. Le rôle de Jean lui va vraiment bien. Coup de cœur également pour Ninon Raux, loin d’être en retrait, qui campe un personnage à la personnalité singulière. Jolie prestation également de la cuisinière de Stéphanie Romberg. Sans oublier, Yann Saïz et son élégance indétronable dans le rôle du fiancé de l’aristocrate déchue. 
Au final, une matinée intéressante avec de belles découvertes. Les autres distributions semblaient aussi fort intéressantes, notamment le duo formé par Aurélie Dupont et Nicolas Le Riche mais aussi Eve Grinsztajn, qui interprétait également le rôle de Mademoiselle Julie.

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