Délaissons le vaisseau Bastille et ses contes de fées un instant pour se replonger au XVIIième et XVIIIième siècle dans l’ambiance du Parc, et promenons-nous le long de la carte du tendre en compagnie d’Isabelle Ciaravola et Stéphane Bullion. Le 21 décembre dernier, les deux Etoiles incarnaient les rôles principaux dans la pièce de Preljocaj.

Isabelle Ciaravola et Stéphane Bullion
(c) Blog Une Saison à l’Opéra

Si le Parc n’est pas la pièce que je préfère, pour de multiples raisons : par la longueur de certains passages ou par les interventions ininterrompues des jardiniers par exemple. Au contraire, d’autres me transportent littéralement. Certains passages sont d’une telle intensité qu’ils arrivent à m’émouvoir. En tête, les pas de deux du premier et du deuxième acte. « Résistance » et « Abandon » sont à la fois captivants et émouvants, décrivant subtilement l’évolution d’une relation amoureuse entre deux êtres. L’ultime pas de deux, pourtant stéréotypé – tellement il est connu et a été repris – arrive à provoquer des frissons. Il faut bien avouer que les artistes du soir dégagent une énergie galvanisante, ils sont entiers, au service de la chorégraphie. Isabelle Ciaravola est à la fois délicate et libertine. Elle est en osmose avec Stéphane Bullion. Elle se dévoile peu à peu, se prenant au jeu de l’amour, à cette époque de libertinage. Stéphane Bullion lui répond, tente une approche. Elle résiste. A contrecoeur ? La suite se termine dans cette envolée finale, où le danseur, en déséquilibre total, envoie valser sa partenaire le temps d’un baiser mythique et interminable. Le tout sur du Mozart. 

Un autre aspect très réussi de ce Parc, la scénographie. Décors, enchaînements des tableaux, transitions etc., tout est bien orchestré. Le petit « plus  » vient encore quand la chorégraphie est servie par de belles personnalités du corps de ballet. Yann Saïz est tout particulièrement impressionnant. Très charismatique, le danseur dégage une forte présence. Idem pour Sébastien Bertaud, très à son aise dans le style. Dans l’ensemble, tous les danseurs se prennent à ce jeu de l’amour et du hasard. Que ce soit au cours du premier tableau, lorsque les jeunes femmes en tenue d’homme viennent provoquer les hommes, ou lors de cette partie de « chaises musicales », tous semblent prendre beaucoup de plaisir en scène et le communiquent au public. Ensemble, ils portent le couple principal. Et le public se balade avec eux le long de cette carte du tendre et suit avec délectation les mystères de ces liaisons dangereuses.

Et oui, entre les interventions de ces quatre jardiniers – et ces musiques enregistrées stridentes interrompant les concertos de Mozart – la magie parvient tout de même à opérer dans ce Parc.

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