Retour sur la représentation de La Belle au bois dormant du samedi 7 décembre 2013 qui réunissait dans les rôles principaux les Etoiles Eléonora Abbagnato et Mathieu Ganio, entourés d’un impeccable corps de ballet, nous transportant sur la partition féérique de Tchaikovsky.

On appelle souvent La Belle au bois dormant, le « ballet des ballets ». Il faut bien avouer que ce ballet en trois actes est un véritable morceau de bravoure pour les danseurs, et un vrai délice pour les yeux. Rien qu’en le voyant sur scène on se laisse transporter par la beauté des décors fastueux, ces costumes splendides, la musique féérique et enchanteresse. Un pur bonheur pour les amateurs de danse classique avec cette chorégraphie, très académique, et ces nombreux divertissements qui nous enchantent les uns après les autres. Trois heures de spectacle, trois actes de toute beauté. Un vrai marathon pour les solistes.  


Dans le rôle d’Aurore samedi soir, Eléonora Abbagnato. Une princesse un peu en retrait, dont la fraîcheur et l’innocence manquaient au premier acte. Au contraire, c’est une danseuse crispée qui est entrée en scène. Particulièrement tendue si bien que lors de l’adage à la rose – passage clé de la Belle, lorsque les quatre prétendants s’avancent les uns après les autres pour offrir une rose à la jeune fille en fleur – la Belle a bien failli tomber. Heureusement que le quatrième Prince est arrivé à temps pour éviter la chute. Et mention spéciale à Audric Bézard, l’un des quatre princes, qui dansait le rôle titre l’après-midi. L’adage à la rose a sans aucun doute perdu en émotions. A noter que pour cette reprise ce sont des roses jaunes et non de couleur rose pâle que les princes offrent à Aurore, drôle de choix. Peu à peu, la confiance est revenue crescendo pour la suite du ballet, avec quelques accrocs techniques à nouveau dans la scène de la vision. La danseuse semblait plus à l’aise dans le dernier pas de deux. Dommage pour Eléonora Abbagnato qui possède des qualités indéniables, mais est restée prisonnière de son stress.

Espérons que la confiance revienne au cours des prochaines représentations.

Eléonora Abbagnato et Mathieu Ganio

Si la présence d’Eléonora Abbagnato dans le rôle d’Aurore pouvait laisser perplexe, il est clair que celle de Mathieu Ganio dans le rôle du Prince Désiré l’était beaucoup moins. Le danseur Etoile avait eu l’occasion de se mesurer au « ballet des ballets » à l’occasion de la dernière reprise en 2004, alors qu’il venait à peine d’être nommé Etoile. Presque douze ans plus tard, il interprète à nouveau le rôle titre, avec la maturité en plus. Le danseur livre un prince Désiré, vrai, sensible et mélancolique. Un rôle qu’il a travaillé pour lui donner plus de consistance et d’épaisseur comme il l’expliquait dans Le Figaro ces derniers jours. Le prince Désiré qui entre en scène au second acte à l’issue de la partie de chasse est tout sauf niais, il est tout simplement seul. C’est avec brio qu’il passe les trois variations de ce deuxième acte dont celle de huit minutes, qui en fait l’une des variations les plus longues du répertoire. Huit minutes de mélancolie, de poésie, d’une grande maîtrise technique, d’une grande précision. Une qualité de danse d’une rare beauté. Mathieu Ganio est un danseur noble, raffiné et élégant. Il transmet une émotion sincère, et nous ferait presque ressentir la solitude de Désirée.

Avec tout ce travail et ce talent, on en est presque déçu de ne pas sentir cet alchimie avec sa partenaire et de ne pas voir les deux danseurs « exploser » en scène et nous communiquer cette énergie galvanisante. Le pas de deux du mariage manquait de ce petit truc en plus, d’autant plus qu’il s’agit du dernier divertissement du ballet avant le final qui réunit tous les danseurs. Un petit « couac » technique dans les portés poissons. Dommage car il y avait un fort potentiel et deux beaux artistes en scène.
Myriam Ould Braham et Mathias Heymann

Si La belle au bois dormant est autant considérée comme un grand ballet, c’est aussi pour sa succession de divertissements. Lors du prologue, élément prépondérant du ballet qui porte l’argument du ballet, les fées ont enchaîné les unes après les autres les pas avec précision. On admire la douceur et la délicatesse d’Héloïse Bourdon, la belle présence scénique d’Amandine Albisson, la vivacité d’Aubane Philbert et de Lydie Vareilhes, la fée canari virevoltante de Charline Giezendanner, la fée violente, très caractérielle de Sabrina Mallem. Et, pour courronner le tout, la virtuosité d’Eve Grinsztajn. Des variations académiques qui finissent dans une coda animée.Le troisième acte, mariage d’Aurore et du Prince Désiré, est l’un des moments d’apothéose du ballet. Parmi les moments phares, le pas de deux de l’Oiseau bleu. Samedi soir, il était interprété par les Etoiles Myriam Ould Braham et Mathias Heymann. Un couple qui a brillé par sa virtuosité et par l’alchimie qui s’en dégage. Myriam Ould Braham est une exquise et délicieuse Princesse Florine, délicate et raffinée. Mathias Heymann est bondissant, jouant de ses bras pour nous laisser imaginer cet oiseau bleu volant dans les airs. Les Chats, campés par la pétillante Lydie Vareilhes et le sournois Allister Madin, ont enthousiasmé et su tirer les rires des petits comme des plus grands. Les Pierres précieuses se sont défaits des difficultés techniques et mention spéciale à Yannick Bittencourtet à Sae Eun Park. Autres interprétations « coup de coeur », Marie-Solène Boulet très maternelle Fée des Lilas et Stéphane Romberg, Fée Carabosse de caractère. 


Mais, que serait un grand ballet sans le corps de ballet ? Samedi soir, les ensembles étaient impeccables comme si la chorégraphie, pourtant peu évidente, de la Belle était ancrée en eux. Les valses sont musicales, mélodieuses et les danseurs, parés de leurs plus beaux costumes, ensemble, dégageant une énergie électrisante. Ils nous transportent dans cette féérie. Le tableau du château et de sa cour endormi est plus que féérique, tandis que la barque éclairée par cette lumière bleutée nous emmène dans un tout autre univers. 
Au final, malgré des solistes moins affirmés, une représentation de toute beauté. Toutefois, qui bouderait le plaisir de voir cette Belle et qui resterait insensible à toute cette mise en scène ?
Un seule envie, y retourner !

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