Passer une journée entière au Palais Garnier, cela ne se refuse guère. Surtout lorsqu’il s’agit d’assister au concours annuel de promotion du corps de ballet de l’Opéra de Paris. Les garçons s’étaient déjà lancés sur cette même scène le mercredi 6 novembre, place maintenant aux filles du corps de ballet !

C’est ainsi que samedi matin, j’ai retrouvé l’ambiance de cette journée si particulière, au cours de laquelle les danseuses présentaient tour à tour leurs variations imposées, puis les libres choisies. Retrouver l’ambiance du concours de promotion, c’est retrouver la sonnette qui annonce le passage de chaque danseuse, le silence après chaque prestation, les toussotements complices, l’orchestre vide réservé au banc des jurys, tandis que les danseurs de la compagnie sont installés au balcon. Le concours de promotion, c’est un beau cocktail d’émotions, une journée immanquable et à laquelle rêve d’assister chaque passionné(e) de ballet. Vous ne pouvez que remercier votre amie complice qui vous a déniché une place de très bonne qualité !

Mais, revenons à cette journée (avec quelques commentaires tout personnels)…

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10h : début du concours des quadrilles.

1 –  Hannah O’Neil (promue)
2 – Léonore Baulac (promue)
3 – Leïla Dilhac
4 – Jenifer Visocchi
6 – Alice Catonnet

Dix-huit candidates, aussi téméraires et talentueuses les unes que les autres, se sont confrontées à la dure variation du pas de deux de Célébration, chorégraphié par Pierre Lacotte à l’occasion du Tricentenaire de l’école de danse. Une variation purement technique à la fin redoutable. Il en fallait de la ténacité et de la volonté pour se lancer, mais les quadrilles ne se sont pas laissées impressionner, loin de là ! Les statistiques des danseuses ayant terminé la variation sans accroc sont faibles, ce qui était prévisible vu la difficulté et l’enjeu de cette journée, avec une dose de stress et une tension plus qu’à son comble. Parmi les danseuses qui, à mon œil de passionnée, se sont démarquées le long de cette imposée par leur danse et leur présence en scène, on retrouvait (citées sans aucun ordre de préférence) Hanna O’Neil, Amélie Joannidès, Laura Bachman, Léonore Baulac, Jenifer Visocchi, Alice Catonnet et Claire Gandolfi.
Dix-huit variations de Célébration plus tard, place aux libres. Coups de coeur pour la variation de L’histoire de Manon de Leïla Dilhac, la variation de l’été de Macmillan lumineuse et mélodieuse d’Amélie Joannidès , la Nikiya de Claire Gandolfi, l’audacieuse Gamzatti d’Hannah O’Neil, l’Esmeralda caractérielle de Jenifer Visocchi, le Boléro extrait de la Coppélia de Bart de Laura Bachman qui a su y montrer tout son tempérament et enfin l’extrait d’In the middle, somewhat elevated de Léonore Baulac,très investie, dans Forsythe, qui a bien montré qu’elle en voulait. Jenifer Visocchi a présente une belle Esmeralda, au fort tempérament. Enfin, Alice Catonnet était une jolie Dulcinée dans la variation de la vision (Acte II – Don Quichotte), un bon espoir pour la compagnie d’autant plus qu’il s’agissait de son premier concours de promotion.

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12h : Classe des coryphées

1- Sae Eun Park (promue)
Aucune majorité ne s’étant dégagée à l’issue de la délibération du jury pour la deuxième place, le classement n’a pas été effectué au-delà de la première place.

Drôle de choix que la variation de la Flûte pour l’imposée des Coryphées, qui globalement s’en sont toutes bien sorties. En faisant un pas dans la hiérarchie, l’atmosphère du concours est différente. Une impression de plus de mâturité et des prestations plus homogènes entre les danseuses. Dans la variation imposée, Sae Eun Park est largement au dessus du lot, mais Letizia Galloni, Aubane Philbert, Charlotte Ranson et Marion Barbeau ont aussi livré de belles « Flûte ».
Dans le choix des libres, Sae Eun Park avait opté pour la variation de l’automne de The four seasons de Robbins. Une variation excellente, vivante et maîtrisée techniquement. Elle a la technique, mais cette danseuse possède l’artistique et donne de l’âme à sa danse. Elle a littéralement survolé tout le concours et s’est classée première, sans surprise. Cette jeune danseuse, qui connaît une ascension fulgurante dans le corps de ballet, est à suivre de près. Elle a notamment reçu le Prix Carpeaux 2013.
Parmi les autres « libres », Charlotte Ranson a proposé une belle variation de l’Elue du Sacre du printemps de Béjart. Autre coup de cœur  pour Lydie Vareilhes et sont Grand pas de Twyla Tharp. Un choix très intéressant qui met en avant la personnalité, la vivacité et le tempérament d’artiste de cette danseuse.
Dommage que Marion Barbeau, qui est une belle danseuse, ait fait le choix de la variation du Grand Pas Classique deGvovsky. Belle variation de concours, mais qui tranchait moins avec la libre et mettait moins en avant la personnalité de la danseuse. On n’oublie pas non plus la variation de l’Acte III de Raymonda, autrement dénommée variation de la claque, proposée par Julianne Mathis, une belle claque !

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14h40 : Classe des sujets

1 – Amandine Albisson (promue)
2 – Laura Hecquet
3 – Aurélia Bellet
4 – Charline Giezendanner
5 – Héloïse Bourdon
6 – Sabrina Mallem

Classe attendue pour cette journée, le Palais Garnier était d’ailleurs plus rempli que le matin même. Dix sujets pour un poste unique de Première danseuse. Ce sont des solistes qui se sont présentés en scène. Amandine Albisson est promue Première danseuse. Une promotion logique, vu sa saison précédente (avec pas moins de quatre représentations de La Sylphide pour rappel). Cette danseuse a un témpérament de soliste : elle a du caractère, une technique solide, de belles lignes et elle a déjà prouvé qu’elle savait donner de la consistance à ses rôles. Amandine Albisson était donc attendue au tournant et a réalisé globalement un concours équilibré. Pour la partie libre, elle avait choisie la variation de Nikiya du IIème acte de La Bayadère. Elle dansera La Belle au bois dormant le 21 décembre prochain et devrait incarner une Aurore très intéressante.
Sara Kora Dayanova a également fait un beau concours, avec une belle présence et belle prestance, aussi bien dans son imposée que sur la libre (variation de l’Ombre, extraite des mirages de Lifar. Idem Pour Laura Hecquet, qui dégage une aura, presque impérial. Mais n’est-ce pas trop tard pour ces deux danseuses, avec l’arrivée de jeunes talents, qui montent à grande vitesse dans la compagnie ? Héloïse Bourdon a également réalisé un beau concours très équilibré, avec un doux et joli Other Dances (2ème variation) de Robbins.
Charline Giezendanner était également en forme samedi, très vive dans sa variation libre (variation du printemps de The four seasons de Robbins) qui lui correspondait vraiment bien. Pour finir, Sabrina Mallem incarnait également une Esméralda très sensuelle.

Globalement une bonne journée, sans mauvaise surprises et sans scandal, un concours de promotion presque « banal », sans grande injustice. Mais, un vrai régal pour les yeux !

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