Samedi 12 octobre. 16h. Amphithéâtre Bastille. Première rencontre de la saison en vue de la soirée Teshigawara/ Brown/ Kylian, qui débutera le 31 octobre prochain. Au programme, une répétition en intimité avec le chorégraphe Japonais Saburo Teshigawara et l’Etoile Nicolas Le Riche, danseurs et traducteur pour cette séance.

Format inédit pour cette rencontre, qui s’est déroulée en trois temps. Pour commencer, Saburo Teshigawara nous a expliqué la genèse de son travail, comment il procède au début des répétitions avec les danseurs. Le chorégraphe japonais qualifie la première partie de ce travail de « Labwork ». Il commence à donner les indications au danseur qui s’exécute et se laisse porter par la voix du chorégraphe. Ses bras, ses jambes bougent au rythme de la voix de S. Teshigawara. Quelques minutes plus tard, le danseur Etoile nous explique les intentions du chorégraphe. C’est de cette manière que les danseurs ont commencé à travailler avec le chorégraphe. Prendre conscience du poids du coeur, de l’espace entre les doigts, de la portée de chaque mouvement. En réalité, ce que recherche Saburo c’est la fraîcheur du mouvement. « Il n’est pas question de faire travailler la mémoire, mais plutôt de rechercher les issues possibles à chaque mouvement », explique Nicolas Le Riche. Un travail différent pour les danseurs. « C’est un challenge et une vraie mise à nu. On est face à l’incertain », ajoute le danseur Etoile.
La fraîcheur du mouvement
Après ces premières explications, le danseur nous présente ce que lui et Saburo ont concocté en studio le matin même. La musique commence et Nicolas Le Riche s’élance. Ce dernier a une facilité de se mouvoir totalement fascinante, embellissant le moindre mouvement qui prend une toute autre portée. Il bouge et traverse la scène de l’amphithéâtre, dans la continuité du mouvement, qui sont d’une incroyable fluidité, tout comme si le danseur se laissait dérivé et suivaient les rythmes de la musique en y accordant les mouvements de son corps. Sa variation terminée, ce sont les applaudissements du public, visiblement fascinés qui l’accueillent. 
Le danseur nous explique alors comment le chorégraphe procède en studio pour mettre au point cette pièce. « Au début des répétitions, nous avons travaillé sur le lâcher prise. Nous nous sommes vite rendus compte que nous tournions en rond », décrit-il. Les danseurs avaient tendance à faire appel à leur mémoire, et qu’ils avaient peu d’issues aux mouvements qu’ils faisaient. Cette forme de travail leur permet d’appréhender le mouvement d’une façon différente. Lors de cette séance de travail, Saburo Teshigawara a longuement répété que le corps est un « objet scientifique », avec une quantité folle de possibilités à étudier, dont certaines n’ont pas encore été explorées. Cette façon de concevoir la chorégraphie offre aux danseurs de nouvelles possibilités. C’est comme un nouvel outil de travail où les mouvements sont plus ouverts. 
Face à l’incertain
Cette répétition se clôture par une série de questions/réponses avec le public, intrigué par le travail de Teshigawara. L’occasion pour Nicolas Le Riche d’exprimer l’intérêt de ce travail, en insistant sur le fait que la liberté n’est pas facile à acquérir pour les danseurs. « Elle doit s’organiser, de la même manière que le travail sur le rythme et l’espace ». Il confie qu’il arrive à se laisser totalement porter par la musique, et insiste sur le fait que le chorégraphe n’accepte pas que les danseurs se reposent sur leur mémoire. Cela évite « l’effet prisonnier du mouvement » et permet de se poser d’autres questions : « que se passe-t-il si j’utilise ce flux d’énergie pour faire cette rotation ? ». Saburo Teshigawara explique ce dont il a besoin pour créer, de tout sauf de la danse. Il s’appuie sur des gestes, une parole, une musique, un fait etc. Après une dernière question, la rencontre se termine, sous les applaudissements du public.


Au final, un moment assez inédit, passionnant et enrichissant. Avant de partir, Nicolas Le Riche précise qu’il ne faudra pas s’attendre à voir la même chose deux soirs de suite. Une création qui reste encore obscure pour le public (et qui d’après Brigitte Lefèvre ne porte toujours pas de nom ). Le danseur sera accompagné par les Etoiles Aurélie Dupont et Jérémie Bélingard. Ils assureront toutes les représentations du 31 octobre au 14 novembre 2013.
>>Les distributions pour la soirée Teshigawar / Brown / Kylian : ici
>>Réservations : site de l’Opéra de Paris

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