Retour au Palais Garnier ce samedi 5 octobre pour la reprise de La Dame aux Camélias avec dans les rôles principaux Laëtitia Pujol (Marguerite Gautier), Mathieu Ganio (Armand Duval), accompagnés de Myriam Ould Braham (Manon Lescault), Fabien Révillion (Des Grieux) d’Andrey Klemm (Monsieur Duval, père d’Armand), Mélanie Hurel (Prudence), Laurent Novis (Le Duc), Adrien Bodet (Le comte de N.).

Laëtitia Pujol (Marguerite Gautier) et Mathieu Ganio (Armand Duval)
Depuis le 21 septembre dernier, La Dame aux Camélias est à l’affiche du ballet de l’Opéra de Paris. Inutile de dire que j’avais hâte de retrouver le ballet de John Neumeier. Cette oeuvre m’a convaincu dès la première fois que je l’ai vu en 2008, aussi bien du point de la chorégraphie, de la scénographie que des costumes. Sur les airs de Chopin, je me suis laissée prendre par l’histoire de Marguerite et d’Armand et j’en redemande à chaque reprise. 
Samedi soir, Laëtitia Pujol et Mathieu Ganio interprétaient les rôles des deux amants. Cette représentation marquait la prise de rôle de Laëtitia Pujol qui incarnait pour la première fois la Dame aux camélias. Si j’étais sceptique au départ à la découverte des distributions, une amie m’avait rappelé sa prestation lors de la série de Roméo et Juliette en 2011 (déjà aux côtés de Mathieu Ganio), tandis qu’une autre amie me rappelait également que Marguerite et Juliette sont loin d’être les mêmes rôles. Soit. Pour autant, j’avais vraiment envie de découvrir cette distribution.
Il est vrai que la Marguerite de Laëtitia Pujol désoriente un peu lors du premier acte. Elle efface le côté semi-mondaine du personnage de Marguerite, accentuant plus sur sa condition de « femme de petite vertu ». Sa danse est incisive, vive, voire presque trop violente dans ces premières variations, que ce soit au Théâtre des Variétés lorsqu’elle se trouve face à Manon et Des Grieux, incarnés par Myriam Ould Braham et Fabien Revillion, tous deux bien assortis et formant un beau duo, ou lors des trois scènes de bal, où elle malmène le malheureux Duc, rôle dans lesquel Adrien Bodet excelle toujours. Cette interprétation ne donne pas le même ressenti du pas de deux de ce premier acte, la déclaration d’amour d’Armand à Marguerite, qui petit à petit se rend compte qu’elle succombe au charme du jeune homme. Il est un peu moins émouvant malgré des portés absolument bien maîtrisés et malgré un Mathieu Ganio toujours aussi convaincant dans le rôle d’Armand. Le danseur Etoile maîtrise chaque pas et sait décliner la palette d’émotions de son personnage. Eperdument amoureux, bouleversé, en colère… Il sait convaincre et transmettre chacune de ces émotions au public. Le couple principal est bien accompagné par Christophe Duquenne, Gaston Rieux, et Mélanie Hurel, Prudence Duvernoy, qui forment un duo vifs et attachant qui offrent toujours une belle prestation lors de la partie de campagne du deuxième acte, avec en prime les applaudissements et les rires du public.
Au fil de ce second acte, les choses prennent une tournure différente et le couple prend son envol. Laëtitia Pujol se révèle de plus en plus convaincante. Sa Marguerite est douce, légère et romantique. Le deuxième pas de deux, le plus romantique des trois, est attendrissant, plongeant dans l’intimité des deux amants. Les portés sont aériens et fluides malgré la difficulté. Ils donnent littéralement l’impression que la danseuse Etoile vole dans les airs. Il faut dire que cette dernière est en bonne compagnie. Son partenaire, Mathieu Ganio, n’est autre que l’un des meilleurs Armand de la compagnie. Un rôle que le danseur Etoile connaît bien et qui lui va comme un gant.  Son Armand est attachant et bouleversant. Sa technique frise la perfection, il maîtrise chaque pas et nous plonge dans cette histoire.  Dommage que Laëtitia Pujol soit une fois de plus un peu vive face au Père d’Armand Duval, incarné par l’inflexible Andrey Klemm. Une confrontation où le père d’Armand ressortira vainqueur, mais dont Marguerite ne sortira pas indemne. S’ensuit la confrontation avec Manon cette fois-ci, vision cauchemardesque de Marguerite. La présence de Myriam Ould Braham dans ce passage est indéniable, elle est impériale. Ce deuxième acte se clôture avec la scène de la lettre, lorsque Armand découvre la tromperie de Marguerite, scène bouleversante où l’on ressent la détresse d’Armand.
Au troisième acte, Laëtitia Pujol est une Marguerite en fin de vie, qui ne peut plus cacher sa maladie. Hantée sans cesse par le spectre de Manon, qui vient lui rappeler son destin. La mort est inévitable. Moment fort de ce troisième acte, le black pas de deux, ultimes retrouvailles pour Marguerite et Armand. La tension est présente, les portés sont somptueux et les deux danseurs nous font vivre ce moment avec intensité. Ils terminent à l’unisson sur les dernière notes de la Ballade de Chopin. Ils sont émouvants La danseuse Etoile est à nouveau touchante lorsqu’au bal, elle ouvre l’enveloppe qu’Armand lui a donné contenant les billets. Un bal au cours duquel Charlotte Ranson, qui incarne Olympia ce soir, est rayonnante et mutine à souhait.
Les dernières scènes de la Dame aux Camélias sont toujours particulièrement émouvantes. Tandis qu’Armand découvre mot après mot la vérité, à l’arrière de la scène, on aperçoit Marguerite, très affaiblie, écrire ses confessions. On retrouve cette même Marguerite, le teint livide, complètement perdue et à la recherche de son bonheur perdu au Théâtre des Variétés. Elle retournera une dernière fois écrire ses confessions sur son bureau, toujours hantée par le spectre de Manon. Le rideau tombe sur une Marguerite à terre, et un Armand totalement bouleversé.
Malgré un début un peu déroutant, les deux danseurs ont peu à peu planté le décor pour raconter l’histoire tragique de cette dame aux camélias et de son amant, offrant une prestation et une interprétation touchantes et émouvantes.
A la sortie, on se demande encore : mais pourquoi on ne se lasse pas de cette Dame aux Camélias ? Pourquoi a-t-on encore envie d’y retourner ? Quelques pistes de réflexion? Ces effets de scène, cette chorégraphie, très théâtrale, ses trois pas de deux, aussi beaux les uns que les autres et chacun de plus en plus intense, cette multitude de portés aériens et vertigineux, ces interprètes apportant chacun leur valeur ajoutée au ballet… Le tout accompagné par le romantisme de la musique de Chopin. C’est certainement pour toutes ces raisons que l’on ne se lasse pas de voir La Dame aux Camélias.
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