Du 4 au 27 juillet, le ballet de l’Opéra de Vienne fait escale à Paris pour la 9ème édition du festival Les Etés de la danse. L’occasion de découvrir une compagnie, dirigée aujourd’hui par l’ex-Etoile de l’Opéra de Paris, Manuel Legris, et de découvrir de nouveaux talents et de nouvelles pièces. Pour ouvrir le festival, pourquoi ne pas se laisser tenter par une soirée hommage à Noureev?

La compagnie du ballet de Vienne
Cette année dans le cadre du festival les Etés de la danse, le ballet de l’Opéra de Vienne a pris ses quartiers à Paris, plus précisément au Théâtre du Châtelet, avec à son bord, Manuel Legris comme Directeur artistique depuis 2010. Le festival s’ouvrait le 4 juillet dernier avec une soirée Hommage à Noureev, à l’occasion des 20 ans de sa disparition et des 75 ans de son anniversaire. Samedi 6 juillet, la troisième et dernière représentation de ce gala a eu lieu.Pour rendre hommage au grand danseur qu’était Noureev, Manuel Legris a concocté un programme assez intéressant, pertinent. pas de reprises inintéressantes et d’enchaînement des ballets, mais  Manuel Legris s’est plongé dans les années que le danseur russe, qui est devenu citoyen autrichien en 1982, a passé là-bas. Une rue à Vienne porte d’ailleurs son nom. 

Plusieurs pièces composaient ce gala, offrant au public 2h30 de danse. Des pièces que l’on voit peu à Paris comme Laurencia, des pièces que Noureev a dansé ou recréé lorsqu’il était à Vienne. La première partie s’avère être moins palpitante, même si la soirée commence plutôt bien avec le pas de six de Laurencia, dans lequel on retrouve la jeune française Camille de Bellefon, récemment engagée dans le corps de ballet viennois. Cet extrait nous plonge dans une ambiance hispanique, au coeur des danses de caractères espagnoles. Après ce passage festif, les vingt-trois minutes de Before Nightfall du chorégraphe Nils Christe sont un peu longues, malgré un bon début et un bel investissement des danseurs. De belles silhouettes, de beaux enchaînements, mais la flamme ne prend pas. Le pas de deux de l’acte II de la Chauve Souris de Roland Petit nous donne l’occasion de découvrir une danseuse hors-pair. Une danseuse si gracieuse que l’on pourrait rester là, à la contempler, à la regarder danser sans se lasser. Sans aucun doute, la révélation de la soirée. Son nom : Olga Esina. Son rôle : donner une autre dimension à ce pas de deux, aux côtés d’un partenaire, Vladimir Shishov, plus en retrait. Avant l’entracte, une reprise de The vertiginous Thrill of exactitude de Forsythe, qui entraîne les danseurs dans un enchaînement d’équilibres et de déséquilibres. Au final, un ensemble pas si homogène, avec des danseurs, pas complètement à leur aise. Les garçons s’en sortent bien mais les filles sont à la peine. Le pas de deux du deuxième acte de La Belle au bois dormant clôture cette première partie, Maria Yakovleva est une Aurore affichant une belle technique mais au visage fermé, quant à son partenaire Robert Gadbullin, il s’en sort plutôt bien en Prince Désirée. La première partie de cet hommage prend fin.

La deuxième partie s’ouvre avec le pas de deux extrait de Rubis, chorégraphié par Georges Balanchine, avec une Nina Polakova piquante et mutine, bien soutenue par son partenaire Mihail Sosnovschi. S’ensuit un extrait inédit à Paris du Lac des cygnes dans la version Noureev de 1964 : le pas de cinq. On reconnaît la musique du Tchaïkovski pas de deux (chor. Balanchine) et des extraits musicaux de l’acte III du ballet. Une bonne initiative, un extrait intéressant d’une version encore méconnue avec un intérêt supplémentaire : découvrir des solistes, Vladimir Shishov, mais aussi des danseuses qui se démarquent comme Ionna Avraam et Natasha Mair. L’un de mes moments favoris de cette soirée reste la présentation (encore une fois inédite dans la capitale) du pas de deux de Black cake. Ce duo de danseurs aura réussi à convaincre le public. Irina Tsymbal et Eno Peci se livrent à un duel pendant 4 minutes, brisant les codes des danses de salon. Ambiance plus survoltée pour Le corsaire, certainement le pas de deux qui aura le plus déchaîné le public au cours de cette soirée. On sait toutefois que l’on se trouve dans une ambiance « gala » lorsque les personnes autour tapent des mains en continu, même si certes les performantes techniques et les aptitudes physiques de Denys Cherevychko impressionnent et ne laissent pas indifférents. Maria Yakovleva semble de son côté plus à l’aise dans ce pas de deux que dans celui de la Belle au Bois dormant, moins stricte et plus ouverte. La soirée se terminait avec Bach Suite III de Neumeier. Un beau morceau pour terminer en beauté ce gala, avec des danseurs fascinants. L’occasion de retrouver la soliste Olga Esina dans l’Aria. Un moment doux et poétique, dans un autre temps.
Une soirée qui se termine sous les applaudissements d’un public visiblement convaincu, et avec de nombreux rappels. Les deux danseurs du pas de deux du Corsaire sont certainement les plus applaudis, même si pour ma part, ma préférence va au Bach Suite III et à Olga Esina, une danseuse à ne pas manquer au cours de cette escale parisienne!  Le ballet de Vienne reste à Paris jusqu’au 27 juillet. 
A venir, la soirée mixte, avec au programme quatre pièces inédites à Paris et Don Quichotte dans la version Noureev. 
A noter que la salle n’était pas complète samedi soir et que, selon les ouvreuses du Théâtre, les places pour la soirée mixte (dès le 9 juillet) partent plutôt bien tandis que la salle se remplit moins vite pour Don Quichotte (une envie de programme inédit ou une indigestion après la série parisienne de cet hiver?) Pourtant, les costumes dans la version présentée par Vienne seront les originaux, créés par Georgiadis. N’hésitez pas à les découvrir, cette compagnie vaut le détour.
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