Alors qu’en ce moment même la belle Evgenia Obrastova et Mathias Heymann incarnent les personnages de la Sylphide et James sur la scène du Palais Garnier, retour sur la Première de samedi soir qui réunissait les étoiles Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio dans les rôles principaux.
Mathieu Ganio (James) et Dorothée Gilbert (La Sylphide)
Ballet romantique par excellence, La Sylphide vous entraîne dans les forêts ecossaises brumeuses et fantastiques. Ce ballet crée en 1832 sur la scène de l’Opéra avec Marie Taglioni dans le rôle principal a, malgré son fort succès, rapidement disparu de la scène parisienne. Il fût remonté plus tard par Pierre Lacotte en 1972. Premier ballet romantique, où le public parisien a pu découvrir la magie de l’acte blanc. La Sylphide nous entraîne dans les contrées écossaises, à la veille du mariage de James et Effie. La dernière reprise datait de 2004, neuf ans après, une nouvelle série est à l’affiche sur la scène du Palais Garnier, pour notre plus grand plaisir.
La Sylphide c’est un savant mélange d’un univers réel, avec un premier acte, et d’un univers complètement onirique, l’acte blanc, au cours duquel des êtres évanescents, les sylphides, volent dans les airs. A l’occasion de cette première représentation de cette série 2013, Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio incarnaient respectivement les personnages de la Sylphide et James. Ils étaient notamment accompagnés de Mélanie Hurel, Effie, la jeune fiancée de James, tandis que nous retrouvions Muriel Zusperreguy et Emmanuel Thibault dans le pas de deux des Ecossais.
Le premier acte s’ouvre sur une chaumière en Ecosse. James, beau jeune homme, dort paisiblement dans son fauteuil. A ses côtés, telle une apparition, veille un être féérique, une Sylphide. Nous sommes à la veille du mariage de James. Le lendemain, ce dernier est supposé prendre sa fiancée, Effie, pour épouse. Mais, le songe de cette Sylphide, cet être féérique sorti tout droit de son imagination lui fera remettre en question son engagement, jusqu’à s’enfuir pour rejoindre l’être fantastique. 
Dorothée Gilbert est une Sylphide délicate, peut-être encore un peu trop terrienne au départ. Mais cette allure disparaît au fil de ce premier acte pour laisser place à un être éthéré, un songe directement issu des pensées de James. La danseuse Etoile surprend agréablement dans le rôle, laissant entrevoir une maîtrise des pas et un beau travail de pointe. A ses côtés, Mathieu Ganio est tout simplement surprenant. Le rôle de James lui sied à merveille. Techniquement, tout passe, sans le moindre accroc. Aérien, léger et gracieux, il semble parfois rester comme en apesanteur. Le danseur avait pourtant dansé le rôle en 2004 pour la dernière fois, on dirait presque qu’il a continué à le danser sans interruption. 
A leurs côtés, Mélanie Hurel est une Effie à la fois piquante et attendrissante. Gracieuse, elle paraît très à son aise dans un rôle qu’elle a déjà eu l’occasion de danser par le passé. Souriante, sa danse est vive et précise. On aurait presque un peu de peine de la voir délaissée le jour de son mariage, avant que Gurn ne se précipite sur elle pour lui déclarer sa flamme.
Divertissement de ce premier acte, le pas de deux des écossais est dansé par Muriel Zusperreguy et Emmanuel Thibault. Tous deux étaient bien coordonnés, souriants, et à leur aise pour livrer un pas de deux en bonne et due forme. Au cours de ce premier acte, on ne peut s’empêcher de remarquer les personnalités du corps de ballet, qui tour à tour s’engagent dans ces danses écossaises. Parmi eux, François Alu, Mathilde Froustey, Allister Madin ou encore Laura Hecquet, Eléonore Guérineau (et bien d’autres). Stéphane Phavorin, incarne la sorcière, celle qui prévoit l’annulation du mariage de James et Effie et qui donnera le fâcheux voile, un danseur avec toujours autant d’allure et toujours aussi talentueux dans ce genre de rôle de caractère.
Dorothée Gilbert (La Sylphide)
Le deuxième acte s’ouvre sur un tout autre univers. Une forêt brumeuse où rapidement des sylphides traversent la scène, dans les airs. Cet acte blanc est bien orchestré, avec des Sylphides à la pose impeccable. De beaux ensembles dansant à l’unisson, donnant encore plus de frissons. Un bel acte blanc, digne des ballets romantiques. Dorothée Gilbert est une Sylphide plus délicate et légère au cours de ce deuxième acte,  adoucissant les traits de son visage. Une figure fantastique de plus en plus éthérée, qui semble ne pas exister. Celle que l’on voyait plus « terrienne » au départ nous donne l’illusion de n’être qu’une apparition, une simple invention sortie tout droit de l’esprit tourmenté de James. Un James toujours incarné par un Mathieu Ganio une fois de plus impressionnant -presque bluffant- devant tant de maîtrise et de légèreté. Les entrechats sont impeccables et réalisés avec une facilité presque déconcertante. Le rôle de James est décidément fait pour lui. Côté interprétation, le danseur est touchant et attendrissant. Un James perdu, désillusionné quand il réalise l’erreur d’avoir voulu emprisonner cet être féérique. Autour des deux héros, le corps de ballet est impeccable. Parmi les trois sylphides, s’illustrent avec la douce Laura Hecquet et Amandine Albisson, qui, à la vue de cette première représentation, promet déjà d’être une Sylphide délicate. Un bon présage pour ses deux représentations à venir.
Au final, un beau spectacle que l’on prend beaucoup de plaisir à revoir, nous plongeant dans un tout autre univers. Le James de Mathieu Ganio semble tout simplement incontournable, d’autres distributions s’enchaînent jusqu’au 15 juillet prochain avec notamment la venue d’Evgenia Obratsova, Etoile du Bolchoï aux côtés de Mathias Heymann, Amandine Albisson et Yannick Bittencourt mais bien d’autres encore. Une Sylphide à voir (et à revoir).

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