Du 8 au 12 juin, Samuel Murez présente Désordres avec le groupe 3e étage. Cet artiste a le sens du théâtre et de la mise en scène. Il a plus d’un tour dans son sac pour mettre en scène ses solistes et danseurs du ballet de l’Opéra parmi lesquels Ludmila Pagliero, François Alu, Niccolo Balossini, Mathieu Botto, Léonore Baulac, Takeru Coste, Laura Hecquet, Jérémy-Loup Quer, Fabien Révillion, Lydie Vareilhes et Hugo Vigliotti. 3e étage nous entraîne dans les valses infernales de « Désordres ».

Crédits : 3e étage



Désordres est un spectacle qui mêle virtuosité et humour avec des personnages emblématiques des chorégraphies de Samuel Murez qui vont apparaître, disparaître, se dédoubler… Samuel Murez a le don, la facilité de mêler les genres, avec beaucoup de subtilité.
C’est le maître de cérémonie en personne qui vient ouvrir le spectacle dans son habit de magicien. Le « Trickness » mène la danse et entraîne autour de lui les différents personnages de son spectacle. S’ensuit un morceau de bravoure exécuté à merveille par les danseurs François Alu, Fabien Révillon et Mathieu Botto, accompagnés par Laura Hecquet et Léonore Baulac. Dans cette valse infernale, les danseurs enchaînent des combinaisons de pas empruntées au langage classique aussi complexes les unes que les autres avec une facilité déconcertante. On reste ébahi devant cette technique, cette virtuosité, la maîtrise du langage du corps. La mise en scène avec ces jeux de lumière particulièrement bien orchestrés qui s’accordent avec la bande son. C’est intelligemment pensé. L’ensemble créé toute une atmosphère, une mise en scène dont Samuel Murez a le secret. Il est vraiment doté d’un grand sens théâtral.
L’adage de Mephisto avec Laura Hecquet et Jérémy-Loup Quer transporte dans un autre univers, plus calme, mais tout aussi captivant et enivrant que les précédents.
Ces moments plus profonds sont alternés avec des tableaux plus humoristiques comme la danse des livres avec une  Lydie Vareilhes électrique. Les danseurs transmettent leurs émotions aux spectateurs non seulement par la danse, mais aussi par leurs expressions, révélant leurs grandes capacités d’interprètes. Cette capacité à incarner une personnalité toute autre et de changer complètement de registre. Certains personnages sont retrouvés quelques années plus tard, comme dans Thirst. C’est ça le propre de Désordres, c’est de faire apparaître les personnages, les laisser vieillir, évoluer, grandir, mûrir. Des moments plus profonds, une atmosphère plus intense sur la célèbre partition de Beethoven. L’ingénieux Me2nous mène à l’entracte avec un Hugo Vigliotti tout simplement extraordinaire.
On prend plaisir à regarder ces différentes personnalités du ballet de l’Opéra « hors les murs » et les laisser s’exprimer librement en scène, s’émerveiller devant tant de talents.
Samuel Murez nous fait voyager dans des univers différents et nous fait ressentir une palette d’émotion. Parmi mes coups de cœur, Processes of intricacy, avec deux danseurs en tenue de répétition évoluant en scène. Ludmila Pagliero et Takeru Coste s’exécutent dans un pas de deux à la fois technique et complexe, plongeant le spectateur dans l’intimité du studio et écoutant le souffle du duo. Ce dernier peut entendre la voix du répétiteur, indiquant les placements et réglant les éclairages. Certains spectateurs semblent perdus dans ce désordre. « Se sont-ils trompés ? s’interroge l’un d’entre eux. Non, c’est fait exprès » souffle une dame.  C’est impressionnant de voir comment les mouvements des corps des deux danseurs s’accordent. C’est très esthétique. Autre grand moment, Quatre. Quatre danseurs qui s’amusent à séduire le public via des enchaînements de pas aussi virtuoses les uns que les autres. Cette pièce mêle humour et prouesses techniques. Les danseurs s’amusent, pratiquent l’autodérision attirent les convoitises du public, un public qui répond et visiblement prêt à élire son préféré. Hugo Vigliotti est encore une fois extraordinaire, François Alu explose, Mathieu Botto se démarque à son tour, puis Fabien Révillion bondit.

Un autre tableau réunit à nouveau l’ensemble du groupe. Tous reviennent en scène les uns après les autres dans ce « Désordres ». De temps à autre, l’allure nonchalante des personnages de Me2 avec les mains et les bras qui flânent le long du cœur, apparaissent entre ou pendant les tabeaux. Ils se démultiplient à la fin du spectacle pour donner Me9. A un instant, tous ensemble, puis en solo et enfin en duo, pour finalement se retrouver dans une dernière ronde et finir sous les bravos d’un public plus que conquis. A la fin, en guise de rappel, le groupe reprend Premier cauchemar, présenté en février 2013 à l’occasion des soirées Jeunes danseurs. Une pièce bien pensée dans laquelle brille à nouveau le facétieux Hugo Vigliotti.
Tous les danseurs de 3e étage contribuent au succès de ce spectacle, brillamment mis en scène, des moments poétiques, mêlant différentes registres, de l’absurde à l’ironique, qui font rire, frappant, c’est poignant.
Vivement la suite.


A lire sur le même sujet