En ce dimanche 12 mai, les cinémas Gaumont-Pathé retransmettaient le Roméo et Juliette de Youri Grigorovitch, en direct depuis la scène du Bolchoï. 

Pour ma part, c’est la première fois que je me laisse convier dans un cinéma pour un ballet. Premier argument : le prix. Vingt-quatre euros une place de cinéma, quand on connaît le prix d’une place pour un ballet. Deuxième raison : les dates, tombant à chaque fois lors d’un weekend prolongé ou d’une fête quelconque. Mais cette fois-ci, je me suis laissée tentée, pas de pont du 8 mai et puis Moscou, ce n’est pas non plus la porte à côté. Il faut croire que plusieurs personnes ont fait le même choix puisque la salle du cinéma est pleine : moyenne d’âge, le troisième âge, mais les plus jeunes (passionnés et passionnées aussi bien que les plus petits (certainement des jeunes danseuses) sont présents. 

Anna Nikulina et Alexander Volchkov
(c) Damir Yusupov / Bolchoï Theatre
L’ambiance dans une salle de cinéma est très différente , on surprend de temps à autre le ronflement de sa vieille voisine qui visiblement n’a pas eu le temps de faire sa sieste avant. Ce que l’on aime dans ce genre de représentations : c’est voir l’envers du décor, c’est-à-dire, avoir une vue des coulisses, voir les danseurs s’échauffer, se préparer. Lors de mon tout premier spectacle à l’Opéra, il y a quelques années déjà, je me suis retrouvée dans les coulisses, juste avant le troisième acte de La Bayadère et c’est assez magique de voir toutes les ombres arriver une à une et se préparer. On se sent comme une petite souris guettant le moindre mouvement.
La version de Roméo et Juliette présentée cet après-midi est celle de Youri Grigorovitch. Créée en 1979 en Russie. Remontée en 2010 et allégée puisque plus de quarante-cinq minutes du ballet ont été coupées, ce ballet a été réduit à deux actes et n’a rien à voir avec ce que l’on peut voir jusqu’à présent, que ce soit dans le découpage, les décors ou la mise en scène. Ce qui peut surprendre au départ, c’est ce décor, qui justement, est très réduit. Un grand rideau rouge couvre le fond de la scène et se déploit pour laisser paraître une deuxième partie. Côté costumes, peu d’extravagances, pas de flamboyance, seuls les costumes des solistes, et les belles robes de Juliette, sortent du lot. 

(c) Damir Yusupov / Bolchoï Theatre
Juliette était incarnée par Anna Nikulina, soliste du Bochoï. La danseuse semble être faite pour le rôle. Elle a le physique de ces danseuses russes, totalement longilignes, avec ces longues jambes interminables. Elle a le physique, bien évidemment la technique, mais elle sait aussi interpréter le rôle difficile qu’est celui de Juliette. Elle passe de cette enfant, insouciante et naïve, qui pense plutôt à jouer avec sa nourrice, à cette jeune femme, plutôt mûre pour son âge, jusqu’à l’issue tragique. 
Alexander Volchkov, vu en 2011 dans Don Quichotte à Garnier, était notre Roméo du jour avec cette fois des cheveux plus court lui conférant une allure juvénile. Le couple formé avecc Juliette est tendre et les deux danseurs sont bien assortis. Son Roméo est attendrissant, romantique mais peut-être lui manque-t-il une petite étincelle pour encore plus soulever les coeurs ?
Bravo au danseur Mikhail Lobukhin qui incarnait Tybalt. Celui-ci est doté d’une présence scénique très forte. Son personnage respire la haine. Il a la fougue, une énergie galvanisante, et livre une belle prestation. Deuxième coup de coeur pour le danseur jouant Pâris. Une danse pleine de finesse et d’élégance, du charisme, de la noblesse et un physique de jeune premier. Un danseur que l’on imagine aisément en Roméo.
Au final, une belle représentation. Le tableau final avec les deux amants étendus l’un sur l’autre après un dernier moment ensemble déchirant. De beaux instants, des mises en scènes et des tableaux intéressants. Quelques longueurs de temps à autre, mais aussi des racourcis. Pour ma part, ma préférence va à la version de Noureev et à sa mise en scène plus théâtrale.
Cette retransmission clôturait la saison 2012-2013 de Gaumont-Pathé. Un beau spectacle dont les spectateurs sont visiblement sortis ravis.

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